Théâtre : Le joueur d’échec de Stefan Zweig, adapté par Yves Kerboul

            Mercredi soir j’ai été voir l’adaptation théâtrale du Joueur d’échec de Zweig adapté par Yves Kerboul et joué par André Salzet au théâtre du Lucernaire. C’est un théâtre où j’avais toujours voulu aller sans trouver le temps pour le faire, mais maintenant que je ne travaille pas loin, je compte bien en profiter ! Leur programmation est toujours très intéressante et de plus le lieu est très agréable, en plus de plusieurs petites salles, il y a également un cinéma, un café, une librairie avec un peu de neuf et beaucoup d’occasion, un café-restaurant… Bref, un bel endroit plein de vie où l’on trouve toujours quelque chose à faire.

            J’étais assez curieuse de voir comment une pièce de Zweig pouvait être adaptée au théâtre car ce qui me touche le plus chez cet auteur c’est sa manière de décrire les sentiments, comment il construit ses personnages et les inscrit dans un contexte qui permet d’exacerber un sentiment et de l’analyser par ce prisme. J’ai donc pris ma place sans m’être renseignée sur la pièce auparavant.

            Pour un rapide speech de la nouvelle, le narrateur embarque sur un bateau où se trouvent le meilleur joueur d’échec au monde et un autre homme qui va se révéler très doué malgré le fait qu’il n’ait « pas touché un échiquier depuis plus de vingt ans ». Monsieur B., prisonnier des allemands pendant la guerre a appris à jouer aux échecs grâce à un manuel subtilisé, et cela deviendra une folle passion. Le joueur d’échec c’est donc l’histoire de cette captivité mais aussi d’un affrontement entre deux hommes…  Ou peut-être, plutôt, entre un homme et son passé.

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            Je m’attendais à une réelle adaptation, avec changement du texte romanesque pour un texte théâtral au sens propre, avec plusieurs comédiens, etc. Et je voyais difficilement comment de cette manière serait restituée la finesse d’analyse de Zweig. Et effectivement, cela aurait été vraiment compliqué. Il y a donc uniquement un comédien, qui a appris le texte en entier et qui va le faire vivre, et ça pendant plus d’une heure, sans aucune sortie de scène.

            Quatre personnages prennent la parole dans ce livre, le narrateur, Czentovic le champion d’échec, Monsieur B. et un écossais, qui n’a pas un rôle très important. Pour chaque personnage le comédien adopte une posture spécifique, une manière de se déplacer, un masque sur son visage. Il y a un vrai travail sur le corps qui est vraiment intéressant à observer et fascinant, rien que grâce à ça on voit que le personnage change de rôle alors qu’il n’a pas encore parlé. En plus de ça évidemment la voix est différente selon chaque personnage, certains ont des accents d’autres une prononciation particulière, etc. La diction est vraiment parfaite, les blancs calculés, le suspense qu’on ressent à la lecture est vraiment bien rendu. Au niveau du comédien même, j’ai eu du mal à fixer ses traits car il semble vraiment différent à chaque rôle, on oublie quand il change de rôle qu’il était un autre la seconde d’avant, et c’est assez incroyable à voir.

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            Les jeux de lumières sont également très importants, la pièce n’ayant aucun décor excepté une chaise, ceux-ci réussissent à recréer les différents lieux de la nouvelle : la chambre/cellule de Monsieur B. durant son emprisonnement représenté par un cercle de lumière fixe, le pont du bateau grâce à une lumière froide, le fumoir où est le jeu d’échec ayant une lumière plus chaude. Ce sont vraiment les détails qui font la puissance de cette représentation qui pourrait, à première vue, paraître simpliste.

            En conclusion, un vrai coup de cœur et une redécouverte de ce texte qui m’avait déjà beaucoup plu lorsque je l’avais lu il y a quelques années, et qui me pousse à aller au théâtre plus souvent !

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C’est lundi que lisez-vous ? #1

Histoire de garder un peu animé le blog, un petit récapitulatif de mes lectures. Je vais reprendre le rendez-vous initié par Mallou et repris par Galleane qui consiste à répondre à 3 petites questions.

 

Qu’ai-je lu la semaine dernière ? 

Aurélien de Louis Aragon. J’étais sur ce petit pavé depuis le début de l’année et malgré le temps mis à le lire j’ai beaucoup aimé. C’est la première fois que je lisais du Aragon et je dois dire que son style m’a beaucoup plu, tout en suggestions et en nuances. On nous présente un canevas de personnages tous ayant une psychologie vraiment intéressante et développée, qui vont évoluer dans le Paris mondain de l’après-guerre. La guerre est d’ailleurs un thème qui revient souvent puisqu’il a beaucoup marqué le personnage éponyme. Mais Aurélien est avant tout un magnifique roman d’amour qui ne tombe pas dans le cliché grâce à sa multitude de détails qui créent le récit, aux différentes influences d’Aragon qui se croisent et aux nombreux rebondissements toujours placés dans des scènes clés hors du temps. Je l’ai principalement lu dans le métro et c’était vraiment agréable de pouvoir visualiser les lieux parisiens dont le roman est truffé, ça crée une complicité qui place la lecture dans une sorte de cocon et d’intimité avec les personnages. Je l’ai lu dans le cadre de mes cours et je le conseille vivement ! D’ailleurs si certains sont intéressés, je peux envoyer mon cours à la fin du semestre avec plaisir, par contre forcément il spoile !

 

Que suis-je en train de lire en ce moment ?

Chez soi, une odyssée de l’espace domestique de Mona Chollet. Un essai sur le thème de la maison, de l’espace à soi, sur l’accès aux logements, sur le fait d’être casanier, sur la conciliation entre sa vie en dehors de chez soi et sa vie domestique, sur la place de la femme dans ce logement… Sur plein de sujets qui concernent notre chez nous. Sujet assez original et écrit par une auteure dont j’avais déjà apprécié Beauté Fatale, les nouveaux visages d’une aliénation féminine mais pour l’instant je suis mitigée. Je trouve les idées développées vraiment intéressantes et parfois très originales mais l’auteur s’appuie beaucoup sur sa propre vie notamment pour les deux premiers chapitres. Cependant le chapitre que je viens de lire sur l’accès au logement, un chapitre plus économique que les deux premiers, était vraiment passionnant donc j’ai hâte de le continuer.

Que vais-je lire ensuite ?
Bon je pense que ça va être la question que je zapperai souvent, je ne prévois jamais mes lectures en avance car elles dépendent beaucoup de mon esprit du moment, de l’humeur où m’a laissée ma lecture, du temps que j’ai devant moi, etc. J’adore ce moment un peu indécis après une lecture où tous les possibles livresques me sont ouverts, tous les univers et les genres. Depuis quelques temps je lis pas mal de contemporain en tous cas, à voir si ça sera toujours le cas après mon essai !
Et vous que lisez-vous ? Très bonne semaine !

Il était une ville de Thomas B. Reverdy

Il était une ville - Reverdy

Ici, les maisons ne valent plus rien et les gens s’en vont, en les abandonnant purement et simplement ; la ville est en lambeaux. Nous sommes à Detroit en 2008 et une blague circule : que le dernier qui parte éteigne la lumière. On dirait que c’est arrivé. C’est dans cette ville menacée de faillite qu’Eugène, un jeune ingénieur français, débarque pour superviser un projet automobile. C’est dans un de ces quartiers désertés que grandit Charlie, Charlie qui vient, à l’instar de centaines d’enfants, de disparaître. Mais pour aller où, bon Dieu, se demande l’inspecteur Brown chargé de l’enquête. C’est là, aussi, qu’Eugène rencontrera Candice, la serveuse au sourire brillant et rouge. Et que Gloria, la grand-mère de Charlie, déploiera tout ce qui lui reste d’amour pour le retrouver.Thomas B. Reverdy nous emmène dans une ville mythique des États-Unis devenue fantôme et met en scène des vies d’aujourd’hui, dans un monde que la crise a voué à l’abandon. Avec une poésie et une sensibilité rares, il nous raconte ce qu’est l’amour au temps des catastrophes.

Première phrase : « Ça l’avait traversé comme une illumination, dès ses premiers jours à Detroit. »

Édition : Flammarion 

Mon avis : 

J’ai lu ce livre dans le cadre d’un de mes cours d’édition où on devait présenter un des livres sélectionnés pour les grands prix littéraires d’octobre/novembre, on a donc choisi celui-ci avec mon groupe et on a tous les trois autant aimé !

Nous arrivons à Détroit en même tant qu’Eugène un ingénieur français qui a été envoyé par l’Entreprise pour superviser le lancement d’un projet révolutionnaire pour l’automobile. On découvre la ville en même temps que lui, et c’est dans un décor assez particulier que l’auteur plante son histoire : maisons abandonnées, portes murées, écoles fermées et silence dans les rues. Ce qui déjà promet un bon potentiel !

C’est un récit assez difficile à qualifier, je dirai que c’est une sorte de fresque sociale du Détroit de 2008, c’est-à-dire en pleine crise économique. Cependant on retrouve aussi un peu les codes du policier grâce au personnage enquêteur et à un certain mystère que l’auteur laisse planer sur la ville et ses personnages. Il y a également une intrigue amoureuse mais seulement suggérée, ce qui est très agréable et permet de ne pas tomber dans le cliché.

Ce roman est le dernier d’un cycle de trois qui se passent chacun dans un lieu dévasté : le Ground Zero et Fukushima pour les précédents (Les évaporés et L’envers du monde), que j’ai très envie de lire ! Thomas B. Reverdy explore à travers ces romans des thèmes qui lui sont chers comme le souvenir, la disparition, l’absence mais aussi l’enfance, l’amitié et l’amour grâce des personnages qui pourraient être chacun de nous : la serveuse du bar Candice, l’ingénieur français Eugène, l’enfant intrépide et fugueur Charlie, sa grand-mère inquiète Gloria, l’inspecteur de police Brown qui continue de faire son métier malgré le manque de moyen…

Autant de voix qui font de ce livre un roman choral, où à travers les voix qui s’alternent au fil des chapitres, se dévoile la ville de Détroit, personnage essentiel du livre. C’est cette ville fascinante qui relie tous les personnages et qui va influencer leur vie, et donc ce roman. On ressent vraiment bien l’atmosphère de Détroit grâce à la plume poétique de l’auteur qui se lit vraiment bien, les chapitres sont courts donc on a un rythme assez rapide mais qui réussi quand-même à rendre compte de ce lieu si particulier.

L’histoire de plusieurs personnages, mais à travers eux c’est également la ville de Détroit qui se révèle. La crise s’installe et touche particulièrement ce lieu qui va subir un fort déclin tout au long du roman, symbole d’un monde qui s’effondre et d’un capitalisme qui montre ses failles. Thomas B. Reverdy apporte un regard très humain, grâce à sa galerie de personnages, sur la crise économique de 2008 qui a particulièrement touché cette ville, il montre les conséquences directes de choses parfois abstraites à travers ces destins croisés qui m’ont personnellement captivée. 

Bilan livresque de 2015

Pendant l’année 2015 j’ai pu lire 43 livres soit 18581 pages ce qui est un bon bilan pour moi. Mais ce dont je suis le plus contente c’est la diversité qu’il y a dans ces livres : classiques, poésie, contemporain, jeunesse, SFFF, théâtre… Ça manque juste un peu d’essais ! Pendant cette année j’ai pu renouer avec certains de mes auteurs adorés, en découvrir d’autres, être surprise par certains… Revenons sur les livres qui m’ont marquée.

J’ai continué ma découverte de Romain Gary, plus je côtoie cet auteur, plus je l’aime ! Pour tout dire, j’envisage même la possibilité de faire mon mémoire de master en rapport avec lui, je laisse ça mûrir jusqu’en septembre prochain ! J’ai lu cette année Les enchanteurs et La promesse de l’Aube, dans le premier on suit un enchanteur et son père qui combattent la Réalité sur près de 200 ans, le second est autobiographique et centré sur la relation si particulière entre l’auteur et sa mère. J’ai préféré celui-ci mais il faut dire que j’ai un faible pour les autobiographies et le ton qu’emploie Gary pour parler de lui-même, une prétention ironique chargée d’auto dérision, est plein de charme et d’humour. Et c’est grâce à ce style si particulier que Gary arrive à faire de sa vie un véritable roman et des gens qui l’entourent des personnages hors du commun. En premier lieu sa mère, femme de caractère, pleine d’ambition pour son fils et jamais à court de ressource, totalement fantasque par sa démesure mais terriblement attachante. On suit leurs vies de la naissance de Romain Gary en actuelle Lituanie, à la fin de la seconde guerre mondiale, 400 pages où se dévoile tout l’amour d’une mère hors du commun.

L’année a commencé avec des lectures classiques sur le thème des « visages d’Eros » que j’étudiais dans mon cours de littérature comparée. J’ai donc pu découvrir Goethe, Garcia Marquès et Laclos que je devais lire depuis un moment. Ma préférence a été sans aucun doute à L’amour aux temps du choléra, j’en garde le souvenir d’un livre qui fait voyager, qui a une atmosphère vraiment particulière faite d’enchantement, de volupté et d’un arrière-goût un peu amer. Les trois protagonistes sont vraiment intéressants et parfois même surprenants, la narration non-linéaire renverse l’idée que l’on pouvait se faire d’eux au départ et c’est un point que j’ai beaucoup apprécié, j’aime être surprise dans mes lectures ! J’ai bien aimé Les liaisons dangereuses mais c’est surtout l’étude qu’on en a faite qui m’a beaucoup intéressée, par contre Les souffrances du jeune Werther n’ont pas trouvées grâce à mes yeux, mais je ne suis pas une grande fan des héros romantiques…

Niveau jeunesse/young adult j’ai fait connaissance avec l’auteure Rainbow Rowell qui a su faire battre mon cœur de midinette avec Attachements et Fangirl, avec une préférence pour le deuxième. Outre la romance qui est plus surprenante qu’on pourrait le croire au début du roman, l’auteure aborde à chaque fois des thèmes variés et intéressants : la gémellité, l’univers des fan-fiction, l’entrée à la fac et les attentes qu’on peut en avoir… Le tout avec justesse, tendresse mais aussi beaucoup d’humour. Cat est une héroïne vraiment attachante et on avale les nombreuses pages du livre avec délice ! J’ai également lu La bibliothèque des cœurs cabossés de Katarina Bivald, une trame narrative pas forcément surprenante mais l’évocation de nombreux classiques de la littérature m’a beaucoup plu et l’auteure pose des problèmes intéressants sur les choix qu’on peut faire et le courage qui doit les accompagner. Mais en bref, c’est surtout un livre qui fait du bien au moral !

En SF j’ai enfin découvert le fameux livre d’Alain Damasio, La horde du contrevent qui m’a tenue en haleine grâce à une intrigue complexe et passionnante, aux personnages nombreux et ayant chacun leur particularité. On s’attache beaucoup à eux et on apprend à les connaître grâce au style qui change en fonction du personnage, ils ont chacun leur manière de raconter les choses, de les voir, et ce mode de narration un peu complexe à suivre au début est vraiment intéressant, il permet de voir le même évènement de différent point de vue et surtout de mieux cerner les personnages sans passer par de longues explications et en étant plus subtile.
Et en fantasy j’ai fini la saga de L’Assassin Royal de Robin Hobb, commencée il y a bien quatre ans, j’ai avalé les six tomes qui me manquaient pendant l’été, je ne vais pas trop en parler vu que je spoilerai la moitié de la série mais j’ai adoré retrouver les intrigues politiques de Castercelf et les nombreux personnages qui peuplent cette ville.

Et pour finir le contemporain ! J’ai fait une bonne moisson cette année, entre découverte ou redécouverte de certains auteurs.
Muriel Barbery a sorti son troisième livre La vie des elfes que j’attendais avec impatience et qui ne m’a pas déçu même s’il est complètement différent de L’élégance du hérisson. On nage dans une ambiance féérique à la limite de l’onirisme. On connaît finalement très peu les personnages, on n’a pas leur psychologie entière mais juste des esquisses qui vont à l’essentiel. C’est surtout l’atmosphère qui est très particulière, j’avais l’impression d’être en suspension quand je lisais. Tout est dessiné de manière à peine appuyé, on suit les mots en se laissant emporter et sans se poser de questions. L’écriture est magnifique, je pense que c’est un roman à lire à voix haute pour vraiment s’immerger dans cette campagne farouche entourée d’une certaine magie sombre et de beaucoup de mystères.

J’ai aussi redécouvert Catherine Cusset, je n’avais pas trop aimé Indigo mais Un brillant avenir a eu plus de succès. Il s’étale sur plusieurs années, nous suivons l’histoire d’Hélène en alternant des chapitres biographiques qui racontent son histoire et des chapitres plus actuels, de nombreux thèmes sont abordés à travers cette femme forte qui a émigré aux États-Unis avec son mari et son fils : le deuil, la religion, l’éducation, l’indépendance des enfants… Je ne saurai pas vous le résumer brièvement, surtout qu’une partie du plaisir vient de la découverte de l’histoire d’Hélène, mais je vous le conseille vivement !

Dans les découvertes : Joël Dicker et Thomas B. Reverdy. J’ai enfin lu La vérité sur l’affaire Harry Québert du premier, je l’ai commencé sans trop savoir de quoi ça parlait et j’ai beaucoup aimé. Cela faisait longtemps que je n’avais pas été prise dans un roman comme ça, l’envie de savoir ce qu’il va se passer, lire quelques pages même si ce n’est que deux dès qu’on en a l’occasion… Ce thriller est assez original puisqu’il détourne un peu les codes du genre, déjà il s’étale sur 850 pages, ensuite la temporalité est assez large et le récit ne suit pas une ligne chronologique, on fait des bonds dans le passé, les points de vue sont variés et présenté très subjectivement sans trop de mise à distance donc on a du mal à démêler le vrai du faux. Il y a des réflexions intéressantes sur l’écriture, sur les relations, la vie dans les petites villes, mais surtout j’ai admiré les renversements de situation que l’auteur mène d’une main de maître ! Bon je suis un peu nulle pour trouver la fin des livres, là j’en imaginais une qui me plaisait déjà bien mais l’auteur réussit à aller encore plus loin et j’ai beaucoup aimé être surprise comme ça. J’ai eu la suite à noël, Le livre de Baltimore, j’espère qu’il sera aussi bien.

Pour le second, Il était une ville de Thomas B. Reverdy, je pense en faire une chronique dans la semaine, elle est déjà en partie préparée donc ça devrait aller vite.

Sur ce, bon week-end à tous, je vous laisse avec le nouveau single d’un groupe que j’affectionne, The Jezabels :

Quelques nouvelles…

Ça fait déjà quelques mois que je ne passe plus par ici mais la nouvelle année et un changement de rythme (un stage au lieu de la fac) me font pointer le bout de mon nez. J’aimerais reprendre ce blog mais de manière un peu plus diversifiée, il y aura toujours de la littérature évidemment mais j’aimerai également y parler de mes autres centres d’intérêts comme la cuisine, les voyages, le monde du livre, pourquoi pas quelques expositions, en bref des choses qui me touchent et que j’aimerais faire connaître.

Pour la littérature je pensais faire quelques petits récaps par semaine, une sorte de « C’est Lundi, que lisez-vous ? » (idée piquée à Anou, j’espère que tu ne m’en voudras pas !) mais sûrement adapté de manière plus libre, et vous proposer à la fin de chaque mois de choisir un livre en particulier sur lequel je ferai une chronique. J’aimerais également faire des présentations de librairies que j’apprécie, d’auteurs ou pourquoi pas d’éditeurs.

En cuisine, je n’innove pas énormément, je pique beaucoup de recettes sur les blogs donc je pensais faire à chaque fin de mois une liste des recettes que j’aurais testées avec mon avis sur celles-ci, ce que j’ai enlevé ou rajouté par rapport à l’originale, mes photos (moins jolies que les initiales)… Ça sera un moyen de vous faire découvrir les blogs cuisine que je suis et dont j’aime bien m’inspirer !

Niveau voyage, j’avais déjà parlé de Prague il y a quelques temps et j’ai depuis eu la chance de visiter d’autres villes françaises ou étrangères (Lisbonne, Belfast, Lille, Nantes, bientôt Granville) et même si ce n’était que le temps d’un week-end ce sont des bols d’air qui font du bien et dont j’aimerai vous faire profiter. J’ai également comme projet de partir cet été pour un road-trip (en bus) au Canada et aux États-Unis donc si cela se fait je pourrais faire le point régulièrement sur l’avancée du projet.

Ensuite cela sera au gré de mes découvertes culturelles : films (j’ai vu Joy il y a quelques jours et je vous le conseille, une magnifique photographie et un beau destin de femme, et si ça peut vous convaincre Sita avec qui j’étais a également beaucoup aimé !), expositions, séries (Master of none :coeur:), un artiste particulier, etc.

Tout ça est encore assez flou pour moi et j’aurais peut-être d’autres idées mais j’espère réussir à concrétiser ces petits projets pendant cette nouvelle année. Pour me remettre en route je vous prépare un petit article avec mes livres et auteurs coup de cœur de 2015 (j’ai d’ailleurs mis à jour mes onglets PAL et livres lus !).

Très belle année à tous !

Soliloque sur la liseuse et les habitudes de lecture

La liseuse, qu’on l’adule ou qu’on la déteste elle ne laisse pas souvent indifférent et chacun aime énoncer son avis sur cette nouvelle manière de lire. Moi comprise ! J’ai acquis la Kobo Glo HD il y a peu et j’ai pensé que ça pourrait être intéressant de vous parler de mon ressenti. D’autant plus que je reviens de loin, lorsque j’en ai entendu parler pour la première fois j’y étais totalement opposée : « Un livre c’est du papier », « comment on peut lire la-dessus ?! », « En plus ça n’a même pas d’odeur »… Réaction un poil épidermique sûrement due à une peur que le livre papier disparaisse.

Cependant mon avis a évolué quand j’ai commencé mes études de lettres et d’édition. Je n’en voyais toujours pas l’utilité d’un point de vue personnel mais en tant que possible future éditrice je ne pouvais pas la rejeter totalement et il était intéressant de se pencher sur ce phénomène de manière plus objective. Par exemple voir la place que le livre numérique tenait réellement dans l’économie du livre (une petite place, seulement 4% du chiffre d’affaires des éditeurs), combien de personnes lisent sur numérique (15% en 2013 et 2014), et également qui lit de cette manière (principalement les grands lecteurs concernant la littérature). Bref, des données factuelles qui permettent de mieux appréhender et de comprendre ce qu’implique ou non le livre numérique.

Je vous invite à lire les rapports du SNE (Syndicat National de l’Edition) sur ces pratiques, c’est très instructif.

Revenons donc à mon cas personnel (qui correspond bien aux observations de l’enquête du SNE). J’ai admis l’année dernière que oui bon, certes ça pouvait être utile et je comprenais l’intérêt mais pour les autres et certainement pas pour moi. Et puis j’ai testé, j’ai lu un livre entier dessus et en anglais, sans tiquer. Révolution ! C’était super agréable, fluide, bref, nouvelle obsession du moment, il m’en fallait une. Ça tombait bien, c’était mon anniversaire bientôt, et j’ai donc choisi de prendre la Kobo Glo HD qui est sortie le 22 mai. C’était hors de question que je prenne la Kindle rapport à son obligation d’achat chez Amazon et mon avis négatif sur cette entreprise.

Ça fait donc moins d’un mois que je l’ai et je dois dire qu’elle s’est faite adopter très rapidement. Après on ne se refait pas, je suis sortie de la Fnac avec ma liseuse ET un livre papier, forcément.

La première lecture a été un peu difficile, j’avais tellement clamé haut et fort qu’une liseuse ne passerait jamais entre mes mains qu’il a fallu que je fasse un léger travail sur moi-même pour l’accepter. A l’excitation de la découverte se mêlait une gêne, une sorte de peur sur la possibilité que mes habitudes de lecture changent. Finalement je me suis aperçue que j’avais des manières de lire sur liseuse bien différentes de mes lectures papiers et que celles-ci se complétaient.

Déjà je lis des livres que je n’aurais pas lu autrement, la liseuse agit beaucoup plus comme un complément que comme un remplacement des livres papiers. Ça me permet de découvrir d’autres choses et d’accéder à des livres vers lesquels je n’aurais jamais été autrement. Par exemple je ne lisais presque plus de jeunesse parce que ça m’embêtait d’acheter un livre que je ne lirais qu’une seule fois et qui prendrait de la place dans ma bibliothèque déjà bien trop remplie. Je m’y suis remise un petit peu, ainsi qu’à la science-fiction qui se prête bien à la lecture numérique, après tout, il y a quelques années la liseuse tenait de la science-fiction… Et surtout l’achat de la liseuse était également un moyen de lire plus facilement en anglais. Bien que je n’aille pas chercher la signification de chaque mot sur lequel je bloque, le dictionnaire multilingue intégré à la liseuse est un élément bien pratique. J’ai également aussi envie de lire des ouvrages plus théoriques dessus, et je me dis que pour les étudiants faisant de la recherche la liseuse doit être bien pratique afin d’avoir tous ses livres et ses notes sur ceux-ci au même endroit.

A l’inverse je ne me vois absolument pas lire des livres classiques sur la liseuse. Un classique pour moi c’est un moment feutré, une sorte de refuge loin du monde d’aujourd’hui et tenir dans mes mains un objet électronique et non un livre papier me sortirait de ce monde. De plus je me dis que l’auteur n’a jamais envisagé d’être lu sur une liseuse/tablette et par conséquent le faire me donnerait un sentiment d’inconvenance, pour ne pas dire de trahison qui est un peu fort. De même, lire des livres de plus de 400/500 pages me semble difficile, j’aime voir que j’avance en sentant les pages lues devenir plus importantes que celles à lire, sentir le poids des pages passer de droite à gauche. Pourtant c’est bien plus pratique de transporter une petite liseuse qu’un livre de 600 pages, mais l’affect l’emporte parfois sur le raisonnable !

Pour ce qui est de l’avantage pratique, à savoir pas besoin d’emmener 15 milles livres en vacances, on prend sa liseuse et c’est tout, je ne suis pas encore fixée. Pour mes vacances de cet été je pense que j’aurai quand-même quelques livres papiers car je ne pense pas emmener ma liseuse à la plage, j’aurais bien trop peur de l’abîmer. Et surtout, je ne lis pas de tout dessus alors il me faudrait des alternatives selon mes envies de lecture du moment. Cependant pour un road trip et non des vacances plage/piscine/sieste c’est un vrai avantage.

Autre avantage auquel je n’avais pas spécialement pensé, la possibilité de réglages au niveau de la police et de sa taille permettrait aux personnes ayant des problèmes de vue d’avoir accès à un large catalogue de livres, ce qui est un point non négligeable.

Voilà pour mes réflexions sur ce mode de lecture qui côtoie le papier sans conflit, à vous de me donner vos avis ! Avez-vous une liseuse ? Pensez-vous en avoir une un jour ? Je suis curieuse de tout, n’hésitez pas à être bavard !

Les accoucheuses, tome 1 : La fierté d’Anne-Marie Sicotte

1845. Montréal s’étend au rythme des arrivées d’immigrants et des nombreuses naissances.
Léonie, sage-femme, accompagnée de sa fille Flavie, met ses talents et son savoir au service de toutes les mères, riches ou pauvres, mariées ou non. Esprit moderne, elle aspire à changer les mentalités : faire évoluer le statut des femmes, permettre à chacune d’entreprendre les études qu’elle souhaite.
Un nouveau monde se lève. Mais pour que les accoucheuses y obtiennent la reconnaissance qu’elles méritent, il leur faudra lutter avec fierté contre le poids de l’Église conservatrice et l’emprise corporatiste des médecins.

Édition : Pocket

Mon avis :

Me revoilà pour vous parler d’un livre lu il y a déjà quelques mois mais qui m’a beaucoup marquée. Nous plongeons dans le Montréal du milieu du XIXe siècle, en plein essai d’indépendance du Québec, en plein essor du pouvoir de l’église mais aussi de la corporation des médecins au dépit des sages femmes. C’est à elles que ce livre s’intéresse à travers les personnages de Léonie et Flavie, une mère et sa fille. La première est sage-femme depuis de nombreuses années, la seconde va commencer son apprentissage auprès de sa mère. Les deux femmes vont développer de grands projets en s’opposant à l’Église, aux médecins mais aussi à l’ensemble de la société bien pensante de l’époque.

C’est un livre plein de vitalité à l’image de Flavie qu’on suit principalement. Par elle on aborde le sujet des premiers émois adolescents, la découverte de son corps, et surtout ses questionnements sur la place de la femme dans la société de l’époque, qui sont bien à l’opposé de ce qu’elle souhaiterait pour sa vie future. Si l’approche un peu fleur bleue de temps en temps peut rebuter il me semble indispensable pour amener des sujets qui étaient difficilement traitables autrement. De plus les propos sont loin d’être dissimulés et sont parfois même cru, ce qui casse un peu le côté « amour de jeunesse » qui pourrait gêner certains. Mais personnellement j’ai beaucoup aimé, on se prend vraiment d’affection pour les personnages et donc ce qui leur arrive ne peut nous laisser indifférent.

On en apprend également beaucoup sur le métier de sage-femme à l’époque, les techniques connues d’accouchement, comment ce savoir se transmettait, etc… J’ai trouvé ça très intéressant de voir les techniques de l’époque par rapport à ce qu’on connait aujourd’hui. Les forceps venaient juste d’être inventés, les césariennes commençaient à faire leur apparition mais n’étaient pratiquées que par les médecins et non les sages femmes. On voit ainsi les différences entre les deux métiers, tant de conception que de pratique. Les écoles de médecine étaient réservées aux hommes et les femmes étaient très mal vues de l’Église si elles exerçaient comme sage-femme avant d’être mariée et même d’avoir accouché, car cela aurait pu les corrompre…

Il y a donc une forte critique de la religion, pas de la croyance elle-même mais de la manière dont les hommes de foi l’interprète à leur façon pour avoir une forte emprise sur leurs fidèles. À la religion qui détient un véritable pouvoir politique se mêlent les conflits entre les différents peuples qui vivent au Québec, le trop fort pouvoir de la couronne anglaise sur le Québec, etc… Je ne connaissais pas du tout cet épisode de l’Histoire et l’aperçu qu’offre ce livre donne envie d’en savoir plus.

Le livre ne manque pas de rebondissements, plusieurs « intrigues » se nouent, le livre se relance sans cesse, on découvre de nombreux personnages plus ou moins tolérants, plus ou moins agréables, dans leur temps ou pas, et c’est cette galerie riche et nuancée qui permet d’amener tant de thèmes différents.

Je l’ai lu il y a déjà quelques mois alors je n’irai pas dans les détails mais je vous le conseille vraiment, la langue est très fluide, peut-être même trop ? J’ai trouvé le style très contemporain par rapport à la période dans laquelle l’auteur nous plonge, mais une fois qu’on s’y est fait c’est un livre qui se dévore ! Étant écrit par une auteure québecoise on rencontre quelques expressions de là-bas et j’ai trouvé ça très agréable, ça nous plonge vraiment dans le lieu décrit. En tous cas, j’ai déjà acheté le tome 2 et dès que mes livres de cours seront fini, je me plonge dedans !

En vrac pour vous convaincre, les thèmes abordés : l’Histoire, la sexualité et sa découverte, la politique, l’indépendance du Québec, la médecine, l’obstétrique, le féminisme, la religion, le couple, l’importance de la communication…
Bonne lecture !