Anna Karénine de Léon Tolstoï

«Chaque fois que Vronski lui adressait la parole, un éclair passait dans les yeux d’Anna, un sourire entrouvrait ses lèvres ; et, si désireuse qu’elle parût de la refouler, son allégresse éclatait en signes manifestes. « Et lui ? » pensa Kitty. Elle le regarda et fut épouvantée, car le visage de Vronski reflétait comme un miroir l’exaltation qu’elle venait de lire sur celui d’Anna.»

Première phrase : Toutes les familles heureuses se ressemblent ; les familles malheureuses le sont chacune à leur façon. 

Edition : Le livre de Poche

Nombre de pages : 1021

Mon avis : 

Et voilà que je me lance maintenant dans la littérature russe, et que je me demande comment j’ai pu en rester éloignée si longtemps étant donné la fascination que j’ai pour ce pays. Et je ne commence pas par n’importe quel auteur, j’ai décidé il y a de cela quelques semaines de m’attaquer à un livre du grand Monsieur qu’est ce cher Léon (après plus de deux semaines en sa compagnie je me permets de l’appeler pas son petit nom, qui est en plus si joli), j’ai nommé Anna Karénine.

Je dois dire que j’appréhendais un peu ma lecture malgré l’enthousiasme débordant d’une amie avec qui j’ai énormément de goûts en commun. Pour moi, Tolstoï c’était : des phrases de trois pages à la Proust, des descriptions à n’en plus finir, des réflexions psychologiques incompréhensibles. Bref, un auteur qui m’aurait été totalement hermétique ! Et bien non, du tout. Il y a énormément de dialogues, le style est parfaitement accessible et le point de vue intérieur que l’on a souvent permet de vraiment bien connaître les personnages et de s’attacher (ou pas) à eux de manière aisée.

Les points de vue sont multiples et permettent une connaissance approfondie de presque tous les personnages qui sont également très nombreux. Nous avons donc une certaine omniscience sur la vie de tous ces personnages qui sont plus ou moins liés.

Tolstoï a fait très fort avec ses personnages. Il n’y en a pas un que je n’ai pas détesté à un moment du livre pour finalement revenir sur mon jugement ensuite. Leurs aventures nous prennent tellement à coeur, nous sommes tellement proche d’eux, que c’est impossible de leur rester indifférent.

L’amitié, l’amour, la rivalité, la famille et sa structure, la politique, l’agriculture, la religion, l’adultère sont autant de thèmes présents dans ce long roman.

L’amitié entre Lévine et Stépane, deux personnages que j’ai particulièrement appréciés (complètement adoré pour être franche) est très forte et belle, leurs différences fortes nombreuses se complètent à merveille et c’est ça qui fait de leur amitié un délice. Le caractère si charismatique, la prestance de Stépane et son petit côté pas sage m’ont totalement fait chaviré, et l’intelligence, la manière de parler, le caractère retiré du monde et un peu mystérieux de Lévine m’ont fait fondre. Lorsque les deux personnages étaient ensemble, c’était un régal !

Autre personnage important masculin de l’histoire : Vronsky, pour lequel j’ai eu un peu de mal au début, je le trouvais égoïste, superficiel et il n’était pas spécialement intéressant, mais forcément, Monsieur Tolstoï arrive à nous le faire aimer ensuite. Quel grand monsieur ce Tolstoï !

Passons aux personnages féminins. Dolly est celle qui m’a le plus touchée, et son caractère doux est très apaisant. Le personnage éponyme, par contre, je ne l’ai que rarement aimé dans le roman, elle évolue dans l’excès et ce n’est pas ce qui me plaît. Autre personnage important : Kitty que je ne supportais pas au début du roman à cause de son côté très petite fille, devient une femme attentionnée, un peu naïve mais charmante.

Cette évolution des personnages est un des grands points forts du roman, on ne reste jamais fixé sur notre opinion du départ et les maintes péripéties auxquelles ils sont confrontées nous montrent un grand nombre de facettes de leur caractère et nous offre d’eux une connaissance complète.

Autre point fort : l’ambiance. Malgré mon aversion pour le froid en général je rêve d’aller en Russie (paradoxale, moi ? Si peu.), donc suivre cette nuée de personnages dans les rues glacées de Moscou, les bals de St Petersbourg, découvrir la campagne qui s’endort et s’éveille… et même passer un petit moment en Italie, c’est enchantant !

Mais ce monde argenté, la noblesse russe est décrite de manière très critique par Tolstoï grâce à une fine ironie dont l’on se délecte. Elle montre bien que le souci de l’apparence peut conduire au drame, dans cette société où tout passe par le paraître.

Et cette dénonciation est d’autant plus forte grâce à l’opposition que Tolstoï met en place à travers les deux couples majeurs de ce roman. D’un côté on blâme Anna de son comportement parfois enfantin, capricieux et refusant de voir la vérité en face, de l’autre : son irrespect des conventions sociales et son émancipation face aux normes imposées font notre admiration. Tolstoï nous fait voir différentes facettes de l’adultère : la culpabilité d’Anna face à son fils mais son incapacité à vivre sans amour et passion.

La religion, en plus du mariage, est également remise en cause (les deux sont liés d’ailleurs) à travers les doutes de Lévine. La dernière partie du livre met bien en exergue toutes les questions métaphysiques qu’il se pose et la philosophie qui en ressort.

Je finirai sur la structure du livre très astucieuse : les chapitres sont très courts et voir les numéros de ceux-ci donne l’impression d’avancer (ce qui est assez réconfortant dans un pavé comme celui-ci). De plus, ils alternent souvent différentes histoires selon les personnages. Donc si on aime pas un personnage ou que quelques passages paraissent un peu long, on continue quand même d’avancer en se régalant par avance des aventures qui arriveront à nos favoris dans quelques pages.

Donc pour conclure, je suis tombée sous le charme de l’écriture et de la psychologie qui se dégage des personnages mais il m’arrivait d’en avoir assez de certains personnages et de leurs histoires. (Pour évidemment les aimer encore plus après.) Et je vais maintenant pouvoir relire pour la énième fois L’élégance du hérisson et saisir tous les passages qui font référence à Anna Karénine (et peut-être même enfin écrire un avis sur cette perle qui arbore une place dont il peut être fier sur mon podium de livre).

Oh et petit aparté, une nouvelle adaptation sort le 5 décembre avec un casting appétissant, donc c’est une bonne raison de le lire avant d’aller le voir au cinéma ! Et quant à moi, j’irai le voir sans aucun doute parce qu’outre le fait que j’aime beaucoup comparer les livres et les films, je ne veux pas louper des costumes pareils !

(Et en vrai j’ai lu ce livre au édition de la Pléiade mais comme il y avait un autre roman avec, je vous mets la plus jolie édition possible !)