Théâtre : Le joueur d’échec de Stefan Zweig, adapté par Yves Kerboul

            Mercredi soir j’ai été voir l’adaptation théâtrale du Joueur d’échec de Zweig adapté par Yves Kerboul et joué par André Salzet au théâtre du Lucernaire. C’est un théâtre où j’avais toujours voulu aller sans trouver le temps pour le faire, mais maintenant que je ne travaille pas loin, je compte bien en profiter ! Leur programmation est toujours très intéressante et de plus le lieu est très agréable, en plus de plusieurs petites salles, il y a également un cinéma, un café, une librairie avec un peu de neuf et beaucoup d’occasion, un café-restaurant… Bref, un bel endroit plein de vie où l’on trouve toujours quelque chose à faire.

            J’étais assez curieuse de voir comment une pièce de Zweig pouvait être adaptée au théâtre car ce qui me touche le plus chez cet auteur c’est sa manière de décrire les sentiments, comment il construit ses personnages et les inscrit dans un contexte qui permet d’exacerber un sentiment et de l’analyser par ce prisme. J’ai donc pris ma place sans m’être renseignée sur la pièce auparavant.

            Pour un rapide speech de la nouvelle, le narrateur embarque sur un bateau où se trouvent le meilleur joueur d’échec au monde et un autre homme qui va se révéler très doué malgré le fait qu’il n’ait « pas touché un échiquier depuis plus de vingt ans ». Monsieur B., prisonnier des allemands pendant la guerre a appris à jouer aux échecs grâce à un manuel subtilisé, et cela deviendra une folle passion. Le joueur d’échec c’est donc l’histoire de cette captivité mais aussi d’un affrontement entre deux hommes…  Ou peut-être, plutôt, entre un homme et son passé.

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            Je m’attendais à une réelle adaptation, avec changement du texte romanesque pour un texte théâtral au sens propre, avec plusieurs comédiens, etc. Et je voyais difficilement comment de cette manière serait restituée la finesse d’analyse de Zweig. Et effectivement, cela aurait été vraiment compliqué. Il y a donc uniquement un comédien, qui a appris le texte en entier et qui va le faire vivre, et ça pendant plus d’une heure, sans aucune sortie de scène.

            Quatre personnages prennent la parole dans ce livre, le narrateur, Czentovic le champion d’échec, Monsieur B. et un écossais, qui n’a pas un rôle très important. Pour chaque personnage le comédien adopte une posture spécifique, une manière de se déplacer, un masque sur son visage. Il y a un vrai travail sur le corps qui est vraiment intéressant à observer et fascinant, rien que grâce à ça on voit que le personnage change de rôle alors qu’il n’a pas encore parlé. En plus de ça évidemment la voix est différente selon chaque personnage, certains ont des accents d’autres une prononciation particulière, etc. La diction est vraiment parfaite, les blancs calculés, le suspense qu’on ressent à la lecture est vraiment bien rendu. Au niveau du comédien même, j’ai eu du mal à fixer ses traits car il semble vraiment différent à chaque rôle, on oublie quand il change de rôle qu’il était un autre la seconde d’avant, et c’est assez incroyable à voir.

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            Les jeux de lumières sont également très importants, la pièce n’ayant aucun décor excepté une chaise, ceux-ci réussissent à recréer les différents lieux de la nouvelle : la chambre/cellule de Monsieur B. durant son emprisonnement représenté par un cercle de lumière fixe, le pont du bateau grâce à une lumière froide, le fumoir où est le jeu d’échec ayant une lumière plus chaude. Ce sont vraiment les détails qui font la puissance de cette représentation qui pourrait, à première vue, paraître simpliste.

            En conclusion, un vrai coup de cœur et une redécouverte de ce texte qui m’avait déjà beaucoup plu lorsque je l’avais lu il y a quelques années, et qui me pousse à aller au théâtre plus souvent !

Et quelquefois j’ai comme une grande idée de Ken Kesey

Alors que la grève installée à Wakonda étrangle cette petite ville forestière de l’Oregon, un clan de bûcherons, les Stampers, bravent l’autorité du syndicat, la vindicte populaire et la violence d’une nature à la beauté sans limite. Mené par Henry, le patriarche incontrôlable, et son fils, l’indestructible Hank, les Stampers serrent les rangs… Mais c’est sans compter sur le retour, après des années d’absence, de Lee, le cadet introverti et toujours plongé dans les livres, dont le seul dessein est d’assouvir une vengeance.

Première phrase : Dévalant le versant ouest de la chaîne côtière de l’Oregon… viens voir les cascades hystériques des affluents qui se mêlent aux eaux de la Wakonda Auga. (si c’est pas une super invitation ça…)

Édition : Monsieur Toussaint Louverture

Nombre de pages : 799

Mon avis :

Alors, petit paragraphe du départ du : pourquoi j’ai lu ce livre qui a priori n’avait pas grand-chose pour m’attirer mise à part sa jolie couverture ? Déjà, on m’a pas mal conseillée de le lire, il est selon la même personne « le meilleur livre qu’il a lu de sa vie », donc quand je l’ai vu à la bibliothèque, malgré ses 800 pages, je l’ai embarqué dans mon sac. Alors certes j’ai mis au moins deux mois à le lire, mais c’est à cause du travail, d’autres lectures, de la fac… Absolument pas parce qu’il ne m’a pas plu, bien au contraire.

D’habitude je fais à ce moment un rapide résumé de l’histoire à ma façon, mais cette fois-ci je n’en ferai rien, car je suis rentrée dans l’histoire sans en savoir plus que « c’est une histoire de bûcherons dans une bourgade où il pleut tout le temps ». Et si au début j’ai été un peu perdue, je m’y suis vite retrouvée. Donc je vais essayer de vous parler de ce livre grandiose sans trop en dire sur l’intrigue générale, mais seulement sur les personnages.

Les personnages, évoquons les donc plus en détails. Il y a tout d’abord la famille Stamper, qui aux premiers abords nous apparaît de manière plutôt désagréable car présentée par le village qui lui en veut. On comprend dans les quelques pages suivantes que ce qui nous est présenté là est la fin du roman, cependant c’est tellement énigmatique, que rien ne peut nous laisser présager ce qui va suivre, ou ce qui a précédé selon le point de vue.

Les Stampers sont une grande famille de bûcherons dont Henry a été le chef de l’exploitation, avant que son fils Hank reprenne la barre. Famille avec un fort passé, ils nous sont présentés comme des hommes forts, voyageurs et fiers. Le demi-frère de Hank, Lee qui habite en ville sera appelé car il manque des hommes sur l’exploitation pour finir le contrat en cours à temps. Une vieille rivalité existe entre ses deux frères, rivalité qui sera la clé du roman, ce sur quoi beaucoup de choses se basent. Elle instaure un climat de tension tranquille tout au long du livre, une sorte de routine mais dans laquelle un trouble de plus en plus grand s’installe. Cela aurait pu donner quelque chose de répétitif et ennuyeux, mais non. Ken Kesey sait captiver son lecteur grâce à plusieurs choses.

Tout d’abord la tension monte très lentement, voire de manière insidieuse mais on la sent quand même, on a envie de savoir ce qu’il va arriver, comment un tel roman peut se finir. Ensuite le style. Ah le style de Ken Kesey… Il aurait pu écrire n’importe quoi, rien que pour le style je l’aurai lu. Il casse les codes, il bouleverse le lecteur, le transporte d’un point de vue à un autre. On peut d’une phrase à l’autre changer de narrateurs, passer d’une première personne à une troisième personne de narration, le « je » n’est pas toujours le même (parfois Hank, parfois Lee, parfois Henry…), les pensées des personnages se croisent et se répondent… Et ce qui pourrait choquer si c’était mal fait passe ici comme une lettre à la poste, on se rend parfois compte de ces changements que quelques pages après qu’ils aient eu lieu. Ce style narratif si particulier est soutenu par des jeux de typographies : parenthèses, italique, guillemets ou non, majuscules… Bref une virtuosité hors du commun pour manier les mots (ce qui rend le roman parfois difficilement accessible, on peut être pas mal déstabilisé au début) et le maniement des esprits de ses personnages. Personnages qui constituent le dernier (bon l’avant dernier finalement) point d’accroche du roman dont je voulais vous parler.

Le fait que l’on soit presque forcément dans leur esprit à un moment à un autre nous rapproche d’eux, nous fait les comprendre, on les voit devenir réels sous nos yeux, on s’y attache, ils deviennent des personnes à part entière. Ce qui peut provoquer de fortes émotions quant au bout de 750 pages de connaissance l’auteur nous met au centre du tsunami émotionnel qui a lieu. Pleurs, colère, tristesse, compassion, empathie, fureur, rien ne m’aura été épargné pendant ma lecture, et je crois bien que c’est le livre pour lequel j’ai versé le plus de larmes tant de frustration et de colère que de tristesse. Mais ce n’était pas pour autant une « lecture éprouvante », je ne m’étais pas particulièrement identifié aux personnages, mais j’avais l’impression de les connaître, d’être un membre de la famille, silencieux et inactif, qui voyait tout ce qu’il se passait. Petits mots sur les personnages, les générations précédentes de la famille Stamper sont présentées au début du roman, on peut donc s’y perdre un peu, mais ce n’est pas grave, il faut continuer, tout se met en place progressivement et de manière très fluide.

Dernier point, la bourgade, Wakonda, et ses habitants. Ils font également partis des points de vue que l’on va avoir, des petites histoires qui se tissent au fur et à mesure des pages, et c’est très plaisant de sortir parfois de la maison des Stampers. D’une part ça nous sort de cette maison isolée à la tension parfois lourde, et d’autre part cela nous permet de voir comment les Stampers sont considérés. Le Snag, bar de la bourgade ou tout se passe constitue un lieu phare de ce roman et on s’y imaginait facilement l’ambiance grâce aux descriptions du barman.

Ce roman peut intéresser beaucoup de monde par les nombreux thèmes qu’il aborde comme le suicide, l’adultère, la famille, la mort et le deuil, les oppositions qu’il soulève entre ville et campagne, éducation et travail physique. Tous traités de manière intéressante et parfois très subtile, sans jugement et a priori.

Bref, jetez-vous sur ce pavé dès les grandes vacances (ou tout de suite), si je n’irai pas jusqu’à dire que c’est le meilleur livre que j’ai lu de ma vie, c’est de loin le style le plus inventif et maitrisé que j’ai pu lire, et puis sérieusement, qui peut résister à ce titre (sachant que la suite, parce qu’il est tiré d’une chanson, est « de me jeter dans la rivière ») et à cette couverture ?!

Et j’en profite pour remercier la maison d’édition Monsieur Toussaint Louverture qui a travaillé pendant huit ans sur ce titre avant de pouvoir le publier enfin en France (sorti en 1964 aux États-Unis !), ils ont fait un travail formidable et je vous encourage à aller voir leur site qui est une mine de trouvailles inattendues.

La Princesse de Clèves de Madame de La Fayette

La Princesse de Clèves - La Fayette

La Princesse de Clèves met en scène, à la cour du roi Henri II, un trio tragique : le duc de Nemours est épris de la princesse de Clèves, qui l’aime en retour, mais est adorée de son époux… Par refus de s’abandonner à une passion coupable, la princesse commet l’irréparable : elle avoue tout au prince. Et cet aveu central dont dépend l’issue du drame a fait couler beaucoup d’encre, ainsi que le résume la romancière Marie Darrieussecq : « Les premiers lecteurs de Mme de La Fayette, au XVIIe siècle, le jugèrent invraisemblable : quelle épouse pense devoir informer son mari de ses tentations adultères ? Au XVIIIe siècle, cet aveu, on l’a trouvé charmant. Au XIXe, immoral. Au XXe, idiot : mais quelle l’épouse donc, son bellâtre de cour ! Et au début du XXIe, on dit qu’il ne faut plus lire ce livre, mais c’est encore une autre histoire. »

Première phrase : La magnificence et la galanterie n’ont jamais paru en France avec tant d’éclat que dans les dernières années du règne de Henri second.

Edition : GF Flammarion

Nombre de pages : 362 pages

Mon avis :

La princesse de Clèves… Lorsque l’on en entend parler sa réputation de roman ennuyeux, plein de noms et d’intrigues de cour précède le roman en lui-même. Et à tort !

J’étais la première, ou en tous cas pas la dernière à le penser. Je l’avais lu en seconde et ça avait été assez laborieux, je crois même que j’avais sauté pas mal de pages dans la première partie. Et ma relecture fut une véritable découverte, j’ai donc très hâte de l’étudier à la fac pour en voir tous les mécanismes cachés.

Il est vrai que la première partie est remplie de 25 noms par pages, d’alliances entre diverses personnes, de maîtresses, de roi et de reines… Et il y a facilement de quoi se perdre. Mais finalement j’ai beaucoup aimé cette première partie où avec quelques retours en arrière pour se souvenir qui est telle personne ou telle autre, on arrive à avoir un aperçu de la cour assez global et cela permet de situer La princesse de Clèves par rapport à toutes ces personnes. De plus, on ne reste pas uniquement concentré sur la cour dans laquelle la Princesse évolue, il y a également des retours dans le passé sur certaines intrigues pour mieux comprendre les rivalités qui sont en place au moment où se passe l’histoire.

Mais il y a aussi la description de l’héroïne, Mademoiselle de Chartres, future Princesse de Clèves : une très jeune-femme n’ayant jamais vécu à la cour et donc très pure, vertueuse, mais également pleine d’éclat et d’une grande beauté. Beauté dont on comprend qu’elle l’expose particulièrement dans un lieu où elle est louée.

Dans tout le livre il y a vraiment un côté tragique, on sait que ça ne finira pas bien et la fin n’est pas l’intérêt du livre même, l’intérêt c’est cette sorte de destin funeste que les personnages eux-mêmes s’emploient à mettre en place au nom de convictions, de principes, de respect d’une personne.

La Princesse de Clèves est également connu comme le premier roman psychologique français, et cette fois à raison.  La Princesse de Clèves est torturée par ses sentiments, elle se découvre au fur et à mesure du roman, découvre ce qu’est l’amour, la jalousie, elle analyse son comportement et ce que ses actions ou celles d’autrui pourrait provoquer.

Ce thème principal de l’amour (interdit) rappelle les romans précieux par les personnages de la Princesse et du Duc de Nemours, son amant interdit, qui sont tous les deux supérieurs aux autres par leur beauté et leur éclat ; par les nombreuses réunions dans les salons où l’amour est le thème principal des conversations…

Mais j’ai surtout pensé au libertinage à la lecture de ce roman. Il se voit particulièrement à travers les conversations dans ses salons où il s’agit de séduire mais sans se faire remarquer des autres, donc en utilisant un langage propre, des moyens détournés pour se faire comprendre de la personne désirée. On voit également le libertinage dans le personnage du Vidame de Chartres qui est loin d’être fidèle, mais également dans le comportement de Madame de Thémines, une soi-disant veuve éplorée…

Sinon, mis-à-part la première partie du roman, et encore, je trouve ce livre plein de rebondissement et d’actions (oui, oui, d’actions). La passion qui ressort de ces pages donne un véritable élan au roman, une étincelle qui fait qu’on suit les personnages dans leur amour.

Je pense également que le fait de l’avoir déjà lu m’a apporté un regard différent que lors de ma première lecture, je savais sur quoi il fallait que je m’attarde, j’ai fait attention à des détails que je n’aurai pas forcément vu en le lisant pour la première fois… Un livre à lire et à relire donc !

Evidemment le style est délicieusement suranné, les constructions ne sont pas les mêmes au XVIe siècle qu’au XXIe forcément mais on se régale. Il y a une grande délicatesse, une certaine pudeur, un style assez naturel et pas prétentieux du tout.

Pour conclure, la redécouverte d’un magnifique classique de la littérature française qui montre les ravages que la passion peut faire dans le cœur d’une jeune-femme vertueuse, méritante et honnête,  et les tourments qu’elle peut apporter.

Quelques livres en vrac… (3)

Bonjour à tous !

Plus d’article depuis un moment sur ce pauvre petit blog, et la faute au bac (uniquement et seulement, pas du tout à cause d’une petite baisse de motivation !). Mais il y a néanmoins quelques livres que j’ai lu dont j’aimerai vous parler, donc je vais uniquement faire des petits avis rapides.

La vie rêvée d’Ernesto GLa vie rêvée d'Ernesto G - Guenassia
Jean-Michel Guenassia

Après Le club des incorrigibles optimistes (dernier livre de la liste) qui avait déjà été un coup de cœur  j’ai renoué avec l’écriture entraînante de cet auteur passionnant dès la sortie de son second livre. Et c’est de nouveau un coup de cœur ! A travers ce roman nous vivons une véritable fresque historique composée des événements historiques majeurs, de chassés-croisé de personnages, de différents pays , de nombreuses villes… Un aperçu fictionnel mais néanmoins réaliste de l’Europe du XXè siècle. Tout commence et s’achève à Prague mais nous passons entre temps à Paris, à Alger, à Chamonix… On croise un pléthore de personnages hauts en couleurs qui se révèlent peu à peu et au sujet desquels on ne sait parfois que penser. Les périodes qui m’ont le plus plu sont celle à Alger, qui m’a permis de découvrir cette ville et de voir la seconde guerre mondiale d’un point de vue plus extérieur, et celle à Prague, lorsqu’on suit Héléna, la fille de Joseph et son improbable histoire d’amour avec ce légendaire Ernesto G… La vision proposée par l’auteur de la Guerre Froide est passionnante et j’espère pouvoir visiter Prague un jour après y avoir imaginé une telle histoire. Un roman envoûtant et instructif qui nous plonge dans les méandres d’un siècle si riche.

Editions Albin Michel
535 pages

La valse aux adieux - KunderaLa valse des Adieux 
Milan Kundera

Après avoir découvert Prague par le livre précédent et d’avoir eu la chance de discuter et d’échanger quelques mails avec son auteur qui m’a conseillé du Kundera je me suis plongée dedans sans trop attendre !  Au final je n’ai pas vu beaucoup Prague mais j’ai énormément aimé. Dans ce genre de roman, ce n’est pas vraiment l’histoire qui est utile, mais ce qu’elle sert à amener comme réflexion. Ici elle est plutôt simple, un homme qui trompe sa femme dont la maîtresse tombe enceinte. Toute une réflexion philosophique autour de la jalousie, du rapport à autrui, de la liberté… Avec un fond politique qu’on peut apercevoir en filigrane qui plane sur tous les habitants de cette agréable ville d’eau. Dernier point, le style de l’auteur qui est très brut et simple mais néanmoins d’une finesse rare. Je retenterai très prochainement une escapade dans l’univers si plaisant de Milan Kundera.

Editions Folio
328 pages

Platon et son ornithorynque entrent dans un bar, la philosophie expliquée par les blagues (sans blagues ?)Platon et son ornithorynque - Cathcart & Klein
Thomas Cathcart & Daniel Klein

Les titres font quand même généralement beaucoup dans notre choix de livres… Et celui-ci est quand même assez irrésistible. Le livre est divisé en plusieurs parties qui renvoient chacune à un thème de la philosophie (métaphysique, logique, épistémologie, existentialisme, philosophie politique et sociale…) chacun étant sous divisé en plusieurs catégories reflétant les différentes mouvances philosophiques. Et ainsi, chaque concept est expliqué tout d’abord par les auteurs dans des termes simples et de manière amusante puis illustrée par des exemples sous forme de blagues. Pour tout dire, leur explication de Descartes me l’a fait apprécier… ce qui n’était pas une mince affaire ! Certaines blagues sont très drôles, d’autres un peu moins mais on passe un très bon moment tout en s’instruisant car si c’est expliqué de manière accessible ce n’est pour autant pas vulgarisé. Alors à votre philo !

Editions Seuil
254 pages

Nos étoiles contraires - GreenNos étoiles contraires
John Green

Alors voilà, je ne lis quasiment plus de littérature jeunesse, mais là j’ai succombé à cause de facteurs divers. On suit Hazel et Augustus, tous les deux atteints d’un cancer. Il y a plus réjouissant je vous l’accorde. Et effectivement on pleure (beaucoup) mais on rit aussi, et il y a une force et une luminosité dans ce roman si sombre qui font qu’on en sort pas totalement déprimé (juste un peu). L’écriture est très fluide et une fois ouvert on ne le referme que la dernière page tournée et les yeux qui brillent d’émotion. Une belle histoire qui nous prend au cœur et qu’on n’oublie pas rapidement.

Editions Nathan
331 pages

Gatsby le Magnifique Gatsby le magnifique - Fitzgerald
Francis Scott Fitzgerald

Lu pour mon cours d’anglais, j’ai peu aimé ce roman à cause de ses personnages creux et superficiels qui m’agaçaient au plus haut point et qui rendent la lecture pénible, et l’analyse qu’on en a fait en cours a confirmé cela. Mais j’étais en désaccord avec l’analyse concernant Daisy principalement, or j’ai été voir le film (que j’ai beaucoup aimé, plus que le livre d’ailleurs, il le respecte bien en y ajoutant même certain éléments et en accentuant le thème des années folles) et il propose une adaptation avec laquelle je suis plus en accord, donc j’ai été un peu réconciliée avec ce livre mais pas au point de le relire ! Cependant je conseille le film, très beau et entraînant.

Editions Folio
202 pages

Les trois romans suivants ont été lus dans le cadre du prix Relay pour lequel j’ai été sélectionnée pour faire partir du jury, et les minis avis que voici sont à peu de mots près ceux que j’ai envoyé comme critique.

Yellow birds - PowersYellow Birds 
Kevin Powers

Me voilà  embarquée en Irak malgré le fait que ce roman ne se rapproche pas du tout de ce que je lis habituellement. Les périodes de combats alternent avec les chapitres d’avant et d’après guerre et j’ai été plus conquise par le style d’écriture de la première, plus rapide, vif et brutal qui reflète la violence, que par celui plus posé et lent, plus descriptif qui montre le désarroi et le mal, voir l’incapacité que le soldat a à revivre une vie normale après les horreurs des conflits. Psychologiquement la seconde partie m’intéressait plus, mais son style a fait que j’ai eu du mal à me concentrer dessus. Le roman s’accélère à la toute fin, et cette accélération aurait été la bienvenue un peu plus tôt dans le roman.
Finalement, un roman nécessaire qui informe sur la guerre et ses conséquences sur la vie d’un homme mais qui ne m’a pas convaincu plus que ça…

Editions Stock 
264 pages

Luke et Jon9782841115105
Robert Williams

Un roman agréable, qui se lit très vite et facilement avec comme thème une relation amicale entre deux adolescents, l’un ayant perdu sa mère et dont la pensée du deuil est le fil rouge du roman, l’autre un garçon un peu excentrique qui se fait violenter au collège. Deux thèmes difficiles à évoquer, et encore plus du point de vue adolescent. Et pourtant l’auteur réussit avec brio à les transcrire avec un style simple mais élégant et beaucoup d’humour malgré les situations parfois graves qui y sont présentées. Les personnages sont attachants et la narration intéressante, on alterne souvenirs et présent sous forme de très courts chapitres, ce qui rend la lecture très fluide. Il m’a malgré tout manqué un petit quelque chose, le petit plus qui fait que j’aurai accroché totalement.
Au final, une histoire vite lue avec plaisir et sourires mais à laquelle il manque un petit peu de pep’s.

Editions Nil
222 pages

Crime d'honneur - ShafakCrime d’honneur
Elif Shakaf 

Un livre dont on ne ressort pas indemne ! Une multitude de personnages avec des liens de parentés plus ou moins proche dans lesquels on se perd souvent au début mais qu’on finit par comprendre au fil des pages par la découverte des caractères bien propres à chaque personnage. On voyage entre la Turquie et l’Angleterre avec cette famille Kurde qui va se séparer pour prendre des chemins différents. Amour et religion, respects des valeurs traditionnelles et volonté de s’adapter dans un pays occidental, sont autant de thèmes qui s’entrechoquent et se croisent tout au long de ce magnifique roman plein de vie et de personnages passionnants. Le roman s’étale à travers plusieurs générations, on suit donc plusieurs personnages et l’évolution de leur vie ce qui donne un très bon rythme au roman qu’on ne lâche que difficilement.
Pour conclure, un livre à lire, qui montre un choc des cultures de manière grandiose à travers un fabuleux roman qui ne laisse pas indifférent.

Editions Phébus
416 pages 

Voilà quelques avis rapides qui permettent de faire revivre un peu le blog d’une manière qui ne me prend pas trop de temps ! Effectivement le bac avance à grands pas et je suis en train de me mettre à jour dans mes fiches (plus que deux chapitres de philo !) et de réviser les chapitres déjà appris, donc je ne pense pas avoir le temps de revenir d’ici la fin des épreuves qui est le 21 juin.

Sinon, j’ai fêté mes 18 ans et j’ai eu deux livres à cette occasion qui me tentent énormément et que je pense lire pendant les vacances, et je me suis fait un petit cadeau également, ont donc rejoint ma bibliothèque : Belle du Seigneur d’Albert Cohen, Lire Lolita à Téhéran d’Azar Nafisi et Mon journal, morceaux choisis de Marie Bashkirtseff, une artiste au haut tempérament de le fin du XIXè siècle que je suis en train de lire.

Sur ce, je nous souhaite que le soleil revienne afin qu’on puisse de nouveau sortir un peu lire sur l’herbe !  Et en attendant, bonne lecture au chaud sous la couette…

Purge de Sofi Oksanen

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1992, fin de l’été en Estonie. L’Union soviétique s’effondre et la population fête le départ des Russes. Sauf la vieille Aliide, qui redoute les pillages et vit terrée dans sa ferme. Lorsqu’elle trouve dans son jardin Zara, une jeune femme que des mafieux russes ont obligée à se prostituer à Berlin, meurtrie, en fuite, elle hésite à l’accueillir. Pourtant, une amitié finit par naître entre Zara et elle. Aliide aussi a connu la violence et l’humiliation… A travers ces destins croisés pleins de bruit et de fureur, c’est cinquante ans d’histoire de l’Estonie que fait défiler Sofi Oksanen.

Première phrase : Aliide Truu fixait une mouche du regard et la mouche la fixait aussi.

Edition : Livre de Poche

Nombre de pages : 425

Mon avis : 

A sa sortie chez Stock je n’avais pas été attiré par le résumé, l’ambiance qui s’en dégageait, ou ce n’était tout simplement pas le bon moment. Et révélation lors de sa sortie en poche, je voulais absolument le lire. Je l’ai eu à Noël et je me suis empressée de le commencer. J’avais pas mal d’attentes sur tout ce qui est historique et bien je n’ai pas été déçue, au contraire ça m’a encore plus captivé que ce que je le pensais.

Parlons tout d’abord de l’histoire, ou plutôt des histoires. Le roman se divise en trois périodes que l’on alterne selon les chapitres. Tout d’abord l’Estonie de 1992, la Russie et les pays de l’Ouest de 1991 et enfin l’Estonie de 1936 à 1951. Et à travers ces différentes chronologies, on retrouve Aliide, une Aliide jeune fille et femme, et une Aliide vieillie en 1992. La vie de cette femme nous est dévoilé à l’envers, on la connaît âgée, puis jeune fille. Ce décalage, ce retour en arrière change notre perception de l’Aliide de 1992, nous éclaire sur ces motivations et son caractère et nous la rend ainsi plus sombre qu’une simple dame âgée fixant une mouche. C’est un personnage extrêmement complexe et malsain, je comprends qu’on puisse la trouver détestable et ne pas s’attacher à elle mais malgré tout elle m’a touchée.

C’est à travers sa relation avec sa soeur, relation manipulatrice, calculatrice, et artificielle que se voit le côté noir d’Aliide. Cette relation malsaine s’explique néanmoins par un évènement traumatique qu’à vécu Aliide et qui l’a transformé en une sorte d’animal qui lutte pour sa survie au dépend des autres si besoin. Mais j’insiste, des évènements font que malgré le malaise qu’on ressent avec cette histoire, le côté malsain qui s’en dégage, tout reste compréhensible et explicable. Il faut s’attendre à plonger dans un roman tout sauf joyeux, les personnages sont torturés psychologiquement, par l’horreur de l’Histoire notamment.

Evidemment, il y avait forcément un peu d’histoire là dedans pour que ça me passionne autant. Dans l’Estonie la plus vieille on est en pleine conquête de l’URSS, l’Estonie va se retrouver sous la coupe de ce pays qui s’impose dans les villages, dans les villes, et qui impose leur régime, le communisme. Et les moyens employés ne sont pas des plus tendres comme vous pouvez vous en doutez. J’ai été totalement fasciné par cette histoire sociologique au final, comment des peuples vivent-ils une colonisation, comment peut-on vivre avec l’idée d’une soumission totale à une culture, une politique, des idéologies qui ne sont pas les nôtres ? La réponse est assez simple, pour soumettre une population, rien de mieux que la peur.

Autre Histoire, cette fois ci plus centrée sur un fait en particulier, la catastrophe nucléaire en 1986 de Tchernobyl. On voit la catastrophe du point de vue Soviétique, et du point de vu occidental, point de vue diamétralement opposés. Pendant que la société occidentale prend en main la catastrophe et essaye de sécuriser les « alentours », tout en prévenant la population occidentale, au contraire, le régime communiste occulte tout, les rumeurs qui circulent sont qualifiées de « propagande de l’Ouest », les produits sains d’Estonie étaient envoyé à Moscou, tandis que les estoniens recevaient comme seuls vivres des produits venant de Biélorussie ou d’Ukraine.

Deuxième personnage important, une femme encore mais cette fois-ci plus jeune, Zara qui partira de la Russie, de Vladivostok exactement pour vivre le rêve de l’Ouest et qui finalement sera sous le joug de deux hommes qui la forcent à se prostituer. Pas grand chose à dire de cette histoire parallèle, si ce n’est l’horreur et le sordide qui en ressort. L’auteur ne nous épargne pas les détails et la violence de cette situation nous arrive droit au coeur.

L’aspect historique est également intéressant et nous permet de percevoir la vision des pays de l’Est vers l’Ouest, une vision égale au rêve américain. Et quand on découvre au fil de la lecture les conditions de vie de ces pays, on comprend le rêve que leur évoque nos pays. Vision très rapidement déçue pour Zara…

Evidemment, les destins de nos deux femmes vont se croiser, se lier de plus en plus au fur et à mesure des pages. Les histoires sont donc : le passé pas si lointain de Zara, le passé d’Aliide qui l’est un peu plus, et enfin l’histoire d’une rencontre entre ses deux femmes, qui entre méfiance et attachement vont retourner dans leurs souvenirs et s’entraider.

Dernier point, le style de l’auteur. J’ai été extrêmement touché par l’empathie qu’on ressent de l’auteur pour ses personnages, l’écriture est douce mais dit les choses telles qu’elles sont sans demie-mesure. Il y a à la fois une brutalité dans les propos mais également un certain flou lors de certaines scènes. La violence est montrée par ses deux moyens : la brutalité gêne, dérange mais le flou artistique pourrait-on dire rend le tout plus insidieux et plus malsain. Il y a également une grande foule de détails, parfois futiles mais qui ont néanmoins leurs intérêts, leur symbolisme. J’ai été totalement conquise mais c’est vrai que cela peut surprendre et même rebuter un peu aux premiers abords, il faut persévérer, ça vaut le coup !

Pour conclure, un joli coup de coeur avec une histoire peu joyeuse mais riche en enseignements et en psychologie au niveau des personnages qui sont travaillés et dont on voit l’évolution. Et la découverte d’un style étoffé qui varie les approches. Tant d’éléments qui me donnent très (très très très !) envie de lire Les vaches de Staline, seul autre roman traduit à ce jour en français de cet auteur.

Anna Karénine de Léon Tolstoï

«Chaque fois que Vronski lui adressait la parole, un éclair passait dans les yeux d’Anna, un sourire entrouvrait ses lèvres ; et, si désireuse qu’elle parût de la refouler, son allégresse éclatait en signes manifestes. « Et lui ? » pensa Kitty. Elle le regarda et fut épouvantée, car le visage de Vronski reflétait comme un miroir l’exaltation qu’elle venait de lire sur celui d’Anna.»

Première phrase : Toutes les familles heureuses se ressemblent ; les familles malheureuses le sont chacune à leur façon. 

Edition : Le livre de Poche

Nombre de pages : 1021

Mon avis : 

Et voilà que je me lance maintenant dans la littérature russe, et que je me demande comment j’ai pu en rester éloignée si longtemps étant donné la fascination que j’ai pour ce pays. Et je ne commence pas par n’importe quel auteur, j’ai décidé il y a de cela quelques semaines de m’attaquer à un livre du grand Monsieur qu’est ce cher Léon (après plus de deux semaines en sa compagnie je me permets de l’appeler pas son petit nom, qui est en plus si joli), j’ai nommé Anna Karénine.

Je dois dire que j’appréhendais un peu ma lecture malgré l’enthousiasme débordant d’une amie avec qui j’ai énormément de goûts en commun. Pour moi, Tolstoï c’était : des phrases de trois pages à la Proust, des descriptions à n’en plus finir, des réflexions psychologiques incompréhensibles. Bref, un auteur qui m’aurait été totalement hermétique ! Et bien non, du tout. Il y a énormément de dialogues, le style est parfaitement accessible et le point de vue intérieur que l’on a souvent permet de vraiment bien connaître les personnages et de s’attacher (ou pas) à eux de manière aisée.

Les points de vue sont multiples et permettent une connaissance approfondie de presque tous les personnages qui sont également très nombreux. Nous avons donc une certaine omniscience sur la vie de tous ces personnages qui sont plus ou moins liés.

Tolstoï a fait très fort avec ses personnages. Il n’y en a pas un que je n’ai pas détesté à un moment du livre pour finalement revenir sur mon jugement ensuite. Leurs aventures nous prennent tellement à coeur, nous sommes tellement proche d’eux, que c’est impossible de leur rester indifférent.

L’amitié, l’amour, la rivalité, la famille et sa structure, la politique, l’agriculture, la religion, l’adultère sont autant de thèmes présents dans ce long roman.

L’amitié entre Lévine et Stépane, deux personnages que j’ai particulièrement appréciés (complètement adoré pour être franche) est très forte et belle, leurs différences fortes nombreuses se complètent à merveille et c’est ça qui fait de leur amitié un délice. Le caractère si charismatique, la prestance de Stépane et son petit côté pas sage m’ont totalement fait chaviré, et l’intelligence, la manière de parler, le caractère retiré du monde et un peu mystérieux de Lévine m’ont fait fondre. Lorsque les deux personnages étaient ensemble, c’était un régal !

Autre personnage important masculin de l’histoire : Vronsky, pour lequel j’ai eu un peu de mal au début, je le trouvais égoïste, superficiel et il n’était pas spécialement intéressant, mais forcément, Monsieur Tolstoï arrive à nous le faire aimer ensuite. Quel grand monsieur ce Tolstoï !

Passons aux personnages féminins. Dolly est celle qui m’a le plus touchée, et son caractère doux est très apaisant. Le personnage éponyme, par contre, je ne l’ai que rarement aimé dans le roman, elle évolue dans l’excès et ce n’est pas ce qui me plaît. Autre personnage important : Kitty que je ne supportais pas au début du roman à cause de son côté très petite fille, devient une femme attentionnée, un peu naïve mais charmante.

Cette évolution des personnages est un des grands points forts du roman, on ne reste jamais fixé sur notre opinion du départ et les maintes péripéties auxquelles ils sont confrontées nous montrent un grand nombre de facettes de leur caractère et nous offre d’eux une connaissance complète.

Autre point fort : l’ambiance. Malgré mon aversion pour le froid en général je rêve d’aller en Russie (paradoxale, moi ? Si peu.), donc suivre cette nuée de personnages dans les rues glacées de Moscou, les bals de St Petersbourg, découvrir la campagne qui s’endort et s’éveille… et même passer un petit moment en Italie, c’est enchantant !

Mais ce monde argenté, la noblesse russe est décrite de manière très critique par Tolstoï grâce à une fine ironie dont l’on se délecte. Elle montre bien que le souci de l’apparence peut conduire au drame, dans cette société où tout passe par le paraître.

Et cette dénonciation est d’autant plus forte grâce à l’opposition que Tolstoï met en place à travers les deux couples majeurs de ce roman. D’un côté on blâme Anna de son comportement parfois enfantin, capricieux et refusant de voir la vérité en face, de l’autre : son irrespect des conventions sociales et son émancipation face aux normes imposées font notre admiration. Tolstoï nous fait voir différentes facettes de l’adultère : la culpabilité d’Anna face à son fils mais son incapacité à vivre sans amour et passion.

La religion, en plus du mariage, est également remise en cause (les deux sont liés d’ailleurs) à travers les doutes de Lévine. La dernière partie du livre met bien en exergue toutes les questions métaphysiques qu’il se pose et la philosophie qui en ressort.

Je finirai sur la structure du livre très astucieuse : les chapitres sont très courts et voir les numéros de ceux-ci donne l’impression d’avancer (ce qui est assez réconfortant dans un pavé comme celui-ci). De plus, ils alternent souvent différentes histoires selon les personnages. Donc si on aime pas un personnage ou que quelques passages paraissent un peu long, on continue quand même d’avancer en se régalant par avance des aventures qui arriveront à nos favoris dans quelques pages.

Donc pour conclure, je suis tombée sous le charme de l’écriture et de la psychologie qui se dégage des personnages mais il m’arrivait d’en avoir assez de certains personnages et de leurs histoires. (Pour évidemment les aimer encore plus après.) Et je vais maintenant pouvoir relire pour la énième fois L’élégance du hérisson et saisir tous les passages qui font référence à Anna Karénine (et peut-être même enfin écrire un avis sur cette perle qui arbore une place dont il peut être fier sur mon podium de livre).

Oh et petit aparté, une nouvelle adaptation sort le 5 décembre avec un casting appétissant, donc c’est une bonne raison de le lire avant d’aller le voir au cinéma ! Et quant à moi, j’irai le voir sans aucun doute parce qu’outre le fait que j’aime beaucoup comparer les livres et les films, je ne veux pas louper des costumes pareils !

(Et en vrai j’ai lu ce livre au édition de la Pléiade mais comme il y avait un autre roman avec, je vous mets la plus jolie édition possible !)

Quelques livres en vrac … (2)

Me voilà revenue de vacances et ayant lu une bonne dizaine de livres pendant celles-ci, je vais reprendre le principe des avis rapides (premier volet ici) pour une bonne partie des livres lus, sauf pour quelques uns qui auront le droit à un article pour eux tout seul (les chanceux).

Commençons par les quelques uns que j’ai abandonné lâchement, par manque de motivation et par l’envie de lire un livre avec plaisir au soleil.

Lignes de Faille
Nancy Huston

Ce livre se divise en quatre parties, chacune consacrée à un membre de la famille, on remonte dans le temps à travers des périodes de vies des quatre narrateurs. Je me suis arrêtée à la fin de la première partie car elle ne m’avait vraiment pas été agréable à lire. On a le point de vue d’un enfant de six ans avec des capacités mentales hors du commun, et ce qu’il dit ammène une ambiance malsaine et montre l’enfant comme manipulateur. Ce n’est pas le genre de chose qui me gêne en littérature habituellement, donc ce n’était peut-être pas la bonne période pour lire ce roman, ou alors le fait que ce sentiment soit attribué à un enfant, le renforce et le rend encore plus pesant. Peut-être le reprendrais-je plus tard.

Editions Acte Sud
481 pages, 21.60 euros

Blue Jay Way
Fabrice Colin

Je n’ai vu que des avis positifs sur ce livre, et comme il est en plus sorti chez Sonatine c’était pour moi une valeur sûre. Eh bien que nenni, je vais faire dissonance mais je n’ai pas du tout apprécié ce roman, mais je pense que c’est tout à fait personnel. On est plongé dans la jeunesse hollywoodienne et ce que ça comporte : excès en tous genres : drogues, alcools, sexe. Donc déjà c’est pas mon truc cette ambiance, et en plus j’ai trouvé que ça faisait cliché. Le personnage central m’énervait ainsi que les autres. Je n’ai pas accroché à l’écriture : les dialogues font faux et surjoués, type mauvaise série policière, et la construction du récit ne m’a pas plue. Bref, aucun regret de l’avoir arrêté.

Editions Sonatine
481 pages,  22.30 euros

Voilà pour les abandons, il y a aussi eu Petits suicides entre amis d’Arto Paasilino, mais je pense qu’il peut me plaire, c’était juste pas le bon moment, je le finirai bientôt je pense. Passons aux autres livres :

Les Hirondelles de Kaboul
Yasmina Khadra

Avec ce livre, je finissais le triptyque Orient/Occident que nous offre Yasmina Khadra. Après l’Irak et l’Israël, c’est maintenant l’Afghanistan que décrit l’auteur. Le livre commence fort, et nous décrit la place des femmes dans la sociétés et l’occupation du pays par les talibans à travers deux couples très différents. Nous suivons leur vie et les rapports qu’ils entretiennent entre eux et avec leur pays. Cette partie est riche d’informations, mais la fin du roman devient totalement romanesque et semble invraisemblable, ce qui décrébilise le reste du livre. Un peu déçue par ce tome, et L’attentat reste donc celui que j’ai préféré.

Editions Pocket
149 pages, 5.70 euros

Le cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates
Mary Ann Shaffer et Annie Barrows

Ce livre avait fait grand bruit à sa sortie en 2009 et il traînait dans ma bibliothèque depuis pas mal de temps et la mère de ma meilleure amie m’a convaincu de l’en sortir, c’est donc chose faite. Et je ne regrette pas ! Il est sous forme épistolaire, genre que j’apprécie, et on suit Juliet, jeune femme anglaise, auteure à succès qui va découvrir peu à peu les habitants de Guernesey. Le ton est léger mais raconte toutefois des épisodes de l’histoire qui le sont moins, l’occupation de l’île, les restrictions alimentaires, les rapports avec les allemands et à travers Elizabeth, jeune femme qui est le fil rouge du récit sans qu’elle ne soit jamais présente, les camps et les traitements qu’on y infligeaient aux prisonniers. Mais le livre reste très frais et agréable à lire, les nombreuses anecdotes m’ont fait sourire et même si tout est assez prévisible, c’est un bien joli livre.

Editions 10/18
411 pages, 8.80 euros

Un soupçon légitime
Stefan Zweig

Je continue ma découverte de cet auteur à travers ses nouvelles. Celle ci n’est pas une des plus réussi que j’ai lu, il n’y a pas de chute époustouflante, c’est assez attendu, tout l’art de cette nouvelle réside dans la narration et la subjectivité de la narratrice dont les sentiments sont comme toujours, admirablement décrits.

Editions Grasset
81 pages, 10.20 euros

La Peur
Stefan Zweig

Encore une nouvelle de ce remarquable auteur, et mieux réussi à mon goût ! Celle-ci est plus longue ce qui permet de faire monter crescendo le sentiment dominant du récit, qui est, vous l’aurez deviné, la peur, mais aussi l’appréhension et la honte. Le personnage du mari m’a beaucoup plu, ainsi que les échanges qu’il a avec sa femme (très peu nombreux). La chute est vraiment très belle, tout en restant surprenante comme je les aime.

Editions Le Livre de Poche
54 pages pour la nouvelle, 22.30 euros l’intégrale

Les chaussures italiennes
Henning Mankell

Déjà, j’adore la Suède. Je rêve d’y aller, sans savoir vraiment pourquoi mais c’est assez magnétique, donc un livre suédois ne pouvait rester longtemps dans  ma PAL. Je n’ai pas été déçue, l’auteur arrive parfaitement à nous immerger dans cette île perdue de la Baltique où habite seul Fredrick Welen. Les personnages sont tous très marquants et tous marginaux, ils vivent presque tous coupés du monde ou du moins coupé de la civilisation telle qu’on la définit aujourd’hui. Les thèmes abordés comme la vieillesse, la mort, les promesses et le mensonge, sont excellemment bien traités, d’une manière crue mais à la foi très douce grâce au style de l’auteur. Celui-ci est très épuré et agréable et comme dit plus haut, rend parfaitement les impressions des lieux. Les sentiments sont également parfaitement rendus, et l’émotion est au rendez-vous. Il s’avale en très peu de temps, plongez-vous y sans hésiter !

Editions 10/18
373 pages, 7.60 euros

Le club des incorrigibles optimistes
Jean-Michel Guenassia

Et me voilà replongée dans l’Europe de l’après guerre, c’est un peu obsessionnel cette période pour moi en ce moment, mais tant que je ne tombe que sur des bons livres ce n’est pas près de cesser ! Nous suivons Michel, un jeune garçon dans les années 60, qui va se lier d’amitié avec les membres d’un club d’échecs qui sont tous des pays de l’Est (URSS, Tchécoslovaquie, Pologne).  L’histoire de Michel n’est pas seulement celle d’une adolescence à Paris, mais une chronique de la vie parisienne en plein Gaullisme, dans une famille qui parle de la guerre d’Algérie, d’engagement, de déchirements mais aussi d’amitiés précieuses. Ces chapitres sont entrecoupé d’autres sur l’histoire des principaux membres du club et ce qui les a fait arriver en France, l’abandon de leur famille pour vivre dans une grande instabilité, avec leur attachement nostalgique au socialisme en arrière plan. Les retours en arrière sont très bien fait et comme j’aime beaucoup apprendre sur l’URSS, ça m’a forcément plu. Des histoires de croisent, des secrets résistent jusqu’à la fin du livre et les personnages sont tous extrêmement attachants et le mot optimiste n’est pas pour rien dans le titre, on lit le sourire aux lèvres ! Je conseille très fortement ce coup de coeur dont on dévore les 700 pages !

(Et on file voir la chronique de Diabazo qui est superbe et totalement en adéquation avec ce que je pense du livre ! )

Editions Le Livre de Poche
730 pages, 8.50 euros

Voilà un tour d’horizon sur une partie de mes lectures de l’été, on revient normalement à Simone de Beauvoir ou Sartre pour le prochain article ! (Obsessionnel vous dis-je, obsessionnel.)