Quelques livres en vrac… (4)

Après quelques mois d’absence (révisions, orientation, bac (que j’ai eu), décontraction, vacances) me voilà de retour, et je l’espère plus régulièrement.

Tout d’abord, un petit récap. J’ai lu pas mal de livres ces derniers mois, surtout durant les vacances, pas autant que je l’espérais évidemment mais c’est souvent comme ça !

Je commence à la rentrée une licence de lettres modernes parcours édition (quelques cours spécialisés dans ce domaine et stage lors du dernier semestre de la licence). J’espère que j’aurai le temps de chroniquer quelques livres fréquemment, et peut-être même les livres étudiés en cours : Madame Lafayette et Marivaux me voilà ! En tous cas je suis vraiment ravie de faire ce parcours et j’ai hâte de voir comment ça va être.

 Passons maintenant aux livres que j’ai lu cet été :

Une chambre à soi - Woolf Une chambre à soi

Virginia Woolf

Première rencontre avec cette femme hors paire (et pas la dernière !), je commence donc par un essai. Et quel essai ! Virginia Woolf expose le besoin qu’a une femme d’avoir une pièce pour elle uniquement où elle pourrait écrire en toute tranquillité et ce qui permettrai une grande avancée dans la condition littéraire de la femme. Mais pas que ! Tout d’abord, l’essai est mis en scène : nous sommes à Oxbridge, où les bibliothèques sont interdites aux femmes si elles n’ont pas d’autorisation, idem pour la pelouse. Les règles sont posées, nous sommes dans un monde où les femmes ont besoin du conscentement masculin pour faire quoi que se soit. Virginia pose alors la question : comment une femme peut-elle réfléchir, écrire, penser, si elle ne peut être seule à aucun moment ? Elle pose alors deux postulats, pour que les femmes puissent se voir accorder une place importante dans la littérature il leur faut : une chambre où il est possible de s’enfermer à clé, et 500 livres de rente, au point de préférer cette dernière condition au droit de vote qui venait d’être accordé en Angleterre. L’essai est divisé en plusieurs chapitres qui traitent de choses différentes. Dans le premier, elle cherche des livres sur la condition féminine pour expliquer le fait qu’elle soit si différente de celle des hommes, et décide de chercher chez les « doctes », mais s’aperçoit bien vite qu’ils ne sont jamais d’accord, et surtout, qu’il n’y a que des hommes qui ont écrit des livres sur les femmes s’en faisant une spécialité. Un par exemple, est basé sur l’hypothèque que Shakespeare aurait eu une sœur aussi talentueuse que lui, mais qu’à cause de la pression des hommes elle n’aurai jamais réussi à s’élever et pire, serai morte déchue. Dans d’autres, elle compare la littérature écrite par des hommes à la littérature écrite par des femmes, en évoquant de grands auteurs et surtout, parlant en beaucoup de bien de Jane Austen. L’écriture est un fleuve, on navigue au gré de la pensée de Virginia qui nous est livré comme brute, bien qu’on sente qu’il y a derrière une grande réflexion et un important travail sur les mots.

Edition 10/18

Clarissa - ZweigClarissa

Stefan Zweig

Ce livre là me tentait depuis un bon moment mais je n’ai jamais eu l’occasion de l’acheter, et puis la demoiselle de ce blog me l’a offert pour mon anniversaire, donc me voilà partie en voiture vers la mer avec.
C’est une petite nouvelle qui se lit vite et qui est très entraînante. L’histoire se déroule sur plusieurs années et on ne cesse de rencontrer des personnages qui viennent et repartent dans le livre. Parfois on les recroise, parfois pas, mais ils restent toujours présents à notre esprit tant ils sont marquants. Clarissa est une femme discrète et très attentive aux autres mais qui ne laisse rien voir d’elle-même. On la découvre petit à petit dans ses rapports aux autres, dans les choix qu’elle fera, dans ses doutes, ses convictions. C’est une femme engagée et fidèle a qui on s’attache énormément tout au long du roman. J’ai vraiment tout aimé dans ce livre : le père de Clarissa, un homme très peu démonstratif mais aimant pour qui la stratégie militaire est toute sa vie, son frère, son amant et la liberté de leur relation, l’époque décrite : l’entrée dans la première guerre mondiale… Zweig signe encore là un merveilleux portrait de femme qui prend vie dans la grande Histoire dans cette nouvelle qui est un véritable bijou à lire absolument !

Edition Le Livre de Poche

Mrs Dalloway - WoolfMrs Dalloway

Virginia Woolf

Je poursuis ma découverte de cette grande dame, de ce génie, qui n’a pas eu besoin de plus des quelques pages de l’essai dont j’ai parlé précédemment pour me convaincre de son talent. Après l’essai, le roman.
On ne peut pas dire qu’il se passe grand chose dans ce livre, en effet Virginia Woolf veut nous décrire « la vie d’une femme concentrée en une seule journée ». Pas qu’il ne se passe rien dans la vie d’une femme, on a à travers cette journée tous les petits gestes habituels mais aussi des rencontres qui ravivent le passé et l’on passe d’une conscience à une autre qui nous fait vivre ce passé à travers des souvenirs. On suit donc Clarissa Dalloway mais aussi un homme revenu de la guerre qui ne ressent plus de sentiments et qui tombe dans la folie peu à peu, homme qu’on perçoit à travers ses yeux mais aussi ceux de sa femme, ceux du médecin, ceux de Mrs Dalloway qui le croise dans la rue… Le roman est ainsi fait de passages de relais entre deux consciences qui nous font voyager entre différents personnages plus ou moins liés. Le style de cette dame est toujours enchanteur et extrêmement raffiné, on pourrait noter chaque phrase en citation. Beaucoup d’allusions, certaines directes d’autres moins, sont faites à la mer, aux vagues, et à l’eau en général, ce qui est assez éclairant, surprenant ou stupéfiant quand on connaît la manière dont elle s’est suicidée… Je garde donc l’image d’un roman avec quelques longueurs mais qui se font oublier par le style magnifique et qui mérite une relecture car je pense qu’on n’en saisit pas toute la richesse à la première lecture. Pour l’instant j’ai préféré son essai.

Edition Folio Classique

L'ignorance - KunderaL’ignorance

 Milan Kundera

Je continue ma découverte de cette auteur à petit pas. Ce livre évoque le rapport que nous avons au temps, et plus particulièrement à notre passé. A travers Iréna et Joseph, immigrés de Prague pour Paris pour la première et pour le Danemark pour le second. Chacun retourne à Prague vingt ans après leur départ, et y éprouve un sentiment de rejet de la part des autres qui ne leur posent aucune question sur leur vie ailleurs. Eux se sentent incomplets sans leur vie à l’étranger qui fait partie d’eux, les autres leur refusent leur nouvelle identité, s’ils veulent revenir il leur faut oublier ces 20 ans. Tant Sylvie, l’amie française d’Iréna que les praguois, ne comprennent pas que ces immigrés n’éprouvent pas de nostalgie pour leur pays, et pour cause, ils ont maintenant la nostalgie de leur pays d’accueil. Evidemment, ces deux protagonistes vont se croiser, une nouvelle fois car ils s’étaient déjà aimé dans leur jeunesse, et une réflexion en naîtra. L’écriture est intéressante car elle mêle récit et paragraphes qui se rapproche de l’essai qui explicitent un peu l’histoire par une comparaison à Ulysse et à son retour à Ithaque après 20 ans d’absence. En résumé, une réflexion intéressante sur le besoin qu’on a de son passé pour vivre.

Edition Gallimard nrf

Millenium 3 - StiegMillénium 3 : La Reine dans le palais des courants d’air

Stieg Larsson

Voilà, dernier tome de la sublissime (oui, au moins) saga Millenium achevé. Je dois dire que je suis en deuil à l’idée de ne plus revoir Mickaël et Lisbeth dans des aventures haletantes et complexes comme ce le fut pendant ces trois tomes (franchement Stieg, t’aurais pu rester en vie un peu plus longtemps…). En tous cas, on peut dire qu’il finit sur un tome magnifique ! Toujours mêlant le thriller, l’économie, la politique, la police, le journalisme d’investigation, le droit des femmes, dans des affaires qui s’élèvent à un niveau international. En effet, le grand méchant de l’histoire n’est rien d’autre qu’un ancien espion russe ayant trouvé terre d’asile en Suède contre des renseignements… Nous entrons dans la SAPO, la police secrète de Suède, où un grand complot s’est monté. Le talent de Stieg Larsson est de nous offrir de nombreux personnages au charisme fort et à la personnalité nuancée, tant ceux qui sont du « bon » côté que ceux qui sont du « mauvais », mais surtout des enquêtes ultra documentées qui ne font qu’enrichir en permanence la qualité non contestable du roman. L’écriture est rapide, efficace mais avec une véritable verve. Pour moi ce tome est le meilleur et rattrape merveilleusement bien le tome deux que j’avais trouvé par moment un peu lent. En bref : à lire ABSOLUMENT !!

Edition Actes Sud


L'homme à la colombe - GaryL’homme à la colombe 

Romain Gary

Depuis que j’ai découvert cet auteur il y a trois ans, je découvre ces œuvres peu à peu, et celle ci me tentait tout particulièrement. Romain Gary a travaillé un moment à l’ONU à un haut poste, et s’est rendu compte très rapidement de la vacuité de cette organisation. Ce livre à la plume acerbe et sans appel dénonce de manière très directe les Nations Unis, après Albert Cohen et son roman Belle du Seigneur dans lequel est dénoncée la Société des Nations à travers ses employés qui font des cocottes en papier dont la taille varie selon l’importance ce l’employé (et ce n’est qu’un exemple parmi les moyens qu’emploie Cohen pour dénoncer cette institution…), nous avons Gary et l’ONU. C’est à l’occasion de ce roman qu’il utilisa un pseudonyme, car lors de la parution de ce livre, il travaillait encore à l’ONU. Autant, la manière d’écrire et les descriptions de l’ONU m’ont fait beaucoup rire, autant l’histoire que Gary met en place pour développer cette critique ne m’a pas convaincue du tout. D’ailleurs, je m’en souvient déjà presque plus… Je conseillerai donc de seulement lire les extraits qu’on peut trouver sur internet qui peuvent être un bon aperçu de la satyre qu’est ce livre.

Edition Gallimard, L’imaginaire

Voilà pour les livres ! Il y en a eu d’autres, mais je n’éprouve pas l’envie de les chroniquer, et un article suivra consacré entièrement à Lire Lolita à Téhéran de Azar Nafisi.

J’espère que vous avez passé de bonnes vacances, que si vous y êtes encore vous en profitez bien, et que si vous n’en avez pas encore eu qu’elles seront reposantes ! Bonne fin d’été à tous ! 🙂

William Adams, le samouraï des mers de Cyril Flautat

Williams Adams

Japon, XVIIe siècle, époque où les Samouraïs dirigent l’Empire d’une main de fer, respectant les sept vertus du Bushido : droiture, courage, bienveillance, politesse, honnêteté, honneur et loyauté.
L’Anglais William Adams est engagé par une compagnie hollandaise. Il navigue vers le continent asiatique et débarque sur les terres d’Extrême-Orient au printemps 1600.
Afin de se faire accepter par les puissants guerriers et intégrer leurs rangs, le fier marin doit se plier à leurs traditions. Un rude combat commence pour lui, car il doit faire reconnaître sa valeur.

Première phrase : Japon, printemps 1605, dans la province de Sagami.

Edition : éditions du Jasmin

Nombre de pages : 43

Mon avis :

Ce livre m’est tombé dans les mains un peu par hasard, et ça a été un heureux hasard ! Je lis très peu de genres différents, je reste souvent dans mes romans plongés entre des lignes bien serrées et bien qu’il m’arrive parfois de lire quelques bandes-dessinées, ça reste rare. Du coup là je me plongeais dans un univers inconnu, et même deux : le Japon et « la nouvelle illustrée » comme on peut appeler ce magnifique ouvrage.

Dès la première page, on est ensorcelé par ces dessins aux traits précis mais à la fois « aquarellés » (il va falloir m’excuser, je pense que je vais inventer beaucoup de mots vu que niveau illustration, j’ai pas vraiment le bon vocabulaire…). Les couleurs dans les tons ocre, marron, orangé, sont souvent rehaussés d’une couleur plus contrastante telle que du rouge, un orange très lumineux, voire du bleu. Tout ça donne au livre un véritable style et dynamise le tout.

Les dessins ont souvent deux plans : l’arrière plan, fréquemment fait de « fondus » de couleurs qui donnent des ciels magnifiques, et en premier plan, des animaux quelques fois, des hommes le plus souvent. Tous ces hommes ont des traits marqués et dont on se souvient, ils sont très expressifs ce qui nous permet de renvoyer chaque image à chaque phrase.

Pages 1-2

Autre point qui fait que cette association est instinctive, la mise en page qui est remarquable et participe grandement à la beauté de l’ouvrage. Parfois le texte est intégré à l’image, superposé, comme dans grands nombres d’albums, mais le plus généralement, les doubles pages sont coupées avec des traits noirs, traits qui permettent de concilier plusieurs univers et plusieurs épisodes de l’histoire qui sont narrés. Souvent le texte peut être justement dans ces traits noirs et alors il encadre ou coupe les illustrations en deux, et permet d’allier le texte à l’image en mettant le dialogue d’une personne à côté de sa représentation (voilà, avec une image c’est tout de suite mieux).

Pages 3-4

Côté technique plus précisément, je me suis renseignée et grâce à certaines sources plus que sûres j’ai appris comment étaient faits ces dessins, je pensais moi à l’aquarelle, à des esquisses au crayon, de l’acrylique, mais j’étais loin d’être sûre. Et effectivement, mon petit esprit étriqué n’avait même pas envisagé qu’on puisse dessiner… au numérique ! L’auteur utilise l’aquarelle (un de bon pour moi !), du pastel, un crayon, des photographies, etc… Plusieurs méthodes mélangées et c’est sûrement ça qui donne ce trait si attractif. Ainsi toutes ces méthodes sont donc probablement utilisées sur une sorte de tablette qui reproduit le trait de la technique que l’on sélectionne. Ce n’est que supposition, je suis très loin d’être experte. Pour la photographie, j’ai cherché, feuilleté et re-feuilleté les pages, je n’arrive pas à trouver quelles images peuvent provenir de cette source, elles sont totalement déstructurées et réintroduites dans le dessin de manière très subtile.

Au niveau du texte même, l’histoire se concentre essentiellement sur trois personnages. J’avoue que je lis souvent les noms en diagonale et que je les retiens au fur et à mesure de l’histoire, mais là, pas le temps, il faut se plonger dedans et au moins se souvenir de ces quatre là si on veut suivre. Il y a donc William Adams alias Anjin-Sama, Ieyasu-sama l’homme le plus puissant du Japon, Terumasa-sama un des seigneurs de la région, et son fils Ujio. L’intrigue est assez courte et rapide donc je vous laisse la découvrir par vous même, mais cette intrigue permet d’intégrer des éléments sur l’Histoire du Japon au XVIIIe siècle, et sur les samouraïs notamment. 

Je m’y plongeais en aveugle, ce n’est pas un sujet auquel je m’étais intéressée, donc j’ai eu un peu de mal au début à me plonger vraiment dedans et à saisir toutes les subtilités. Mais le vocabulaire japonais, parfaitement dosé est expliqué très clairement et permet d’être totalement dans l’univers décrit. Du coup ça permet à n’importe qui de se laisser emporter par cette histoire, tant les enfants, qui déjà intéressés par les samouraïs ne seront pas perdus et en plus s’instruiront car l’histoire est inspirée de faits réels, qu’aux adultes qui souhaitent s’évader dans un bien beau livre tant par le texte que par les dessins.

Pour finir voici le site de l’auteur qui pourra vous permettre de voir quelques planches en plus… Bonne lecture !

Vingt-quatre heures de la vie d’une femme de Stefan Zweig

Scandale dans une pension de famille « comme il faut », sur la Côte d’Azur du début du siècle : Mme Henriette, la femme d’un des clients, s’est enfuie avec un jeune homme qui pourtant n’avait passé là qu’une journée… Seul le narrateur tente de comprendre cette « créature sans moralité », avec l’aide inattendue d’une vieille dame anglaise très distinguée, qui lui expliquera quels feux mal éteints cette aventure a ranimés chez la fugitive. Ce récit d’une passion foudroyante, bref et aigu comme les affectionnait l’auteur d’Amok et du Joueur d’échecs, est une de ses plus incontestables réussites.

Première phrase : Dans la petite pension de la Riviera où je me trouvais alors (dix ans avant la guerre), avait éclaté à notre table une violente discussion qui brusquement menaça de tourner en altercation furieuse et fut même accompagnée de paroles haineuses et injurieuses.

Edition : Le Livre de Poche

Nombre de pages : 127

Mon avis : 

Aux premières pages de ce court récit, on pourrait se croire dans un Agatha Christie, en effet toutes les conditions sont rassemblées : une pension de famille « comme il faut », des couples étrangers en vacances, une petite dame Anglaise, un narrateur qui nous fait part de ses réflexions sur toutes ces personnes et un scandale. Une femme de bonne condition s’est enfuie avec un français en abandonnant mari et enfants, il n’en faut pas plus pour troubler tous nos protagonistes. Le narrateur va s’intéresser à cette femme qu’il défendra – bien au-delà de [sa] conviction intime ! – et attirera ainsi l’attention de notre petite dame anglaise.

Ce récit n’est donc pas celui de cette femme fine, délicate et très discrète, mais celui de Mme C. notre dame anglaise. Récit qui nous plongera dans les tréfonds de l’âme humaine. Nous sommes entraînés dans cette histoire, comme si nous étions avec Mme C. durant les vingt-quatre heures qu’elle nous narre, derrière son épaule, au casino à épier les mains des gens, elles qui dévoilent tant de leur personne, sur ses pas dans la rue, dans un taxi… En plus d’être plongé dans ses actions, nous naviguons dans ses pensées, interrogations, hésitations et autres tumultes qu’implique la passion dont elle va être victime. Victime, car on sait que cela ne peut pas bien se terminer. On attend donc, en tournant fébrilement les pages, la fin de cette histoire dans laquelle Zweig inscrit un suspense crescendo.

Et même s’il y a un suspense sous-jacent tout au long du roman, la description des sentiments est très présente. Stefan Zweig possède l’art de les dépeindre magnifiquement, que ce soit par la subtilité des comportements de ses personnages ou par les mots qu’il arrive à placer sur leurs émotions, on ressent la tornade de sentiments qui agitent les acteurs du récit. Car Zweig brosse un tableau de sensations violentes, incontrôlables, involontaires. Comme des vagues qui se déversent subitement dans le cœur et les gestes des personnages sans qu’ils puissent y échapper. Ainsi Zweig nous montre aussi bien la passion amoureuse foudroyante, la passion du jeu que le désespoir après l’abandon de l’être aimé ou les conséquences de cette passion dévastatrice qui nous fait agir d’une manière dont on ne se serait jamais cru capable.

Les personnages, peu nombreux au final, sont intéressants et on s’attache très facilement à eux. Mme C. est fascinante par son histoire et la façon qu’elle a de la raconter, à la manière d’un lourd secret qu’elle a besoin de confier.

Le roman est court, mais terriblement dense ce qui contribue à l’intensité des sentiments décrits. Il est intéressant de voir qu’en peu de pages, nous pouvons en avoir autant que dans un roman fleuve, voire plus. L’écriture de Zweig est fluide et agréable, sans fioritures mais tout en étant très poétique et légère, comme un souffle agréable qui nous effleure sans déranger.

Au final, un coup de cœur que je conseille à tous, très vite lu mais imprimé dans les mémoires pour longtemps.


Souvenir de Philip K. Dick

Lorsqu’il convient d’effectuer un petit rajustement de la réalité, il est sans doute préférable de ne pas se fier à un chien capable de vous tenir un discours tout à fait pertinent sur ladite réalité; car vous pourriez bien devenir le grain de sable qui se glisse dans cette minutieuse procédure…

Voyager dans le temps réserve également quelques surprises: découvrir un futur dans lequel l’humanité a totalement disparu, ou bien créer par inadvertance le monde de vos rêves.

Et que dire, justement, de ce monde de rêve où l’éducation de vos enfants serait confiée à des robots? Après tout, vous êtes bien imparfaits pour remplir cette tâche…

Première phrase : Il faisait grand jour. (Rajustement)

Edition : Folio SF

Nombre de pages : 300

Mon avis :

Premier livre de cet auteur pour moi, considéré comme un Dieu de la Science-fiction. Ce recueil de nouvelles en contient 9  :

– Le nazisme et le haut château : Dans cette nouvelle Dick parle de son livre : Le maître du  haut château, que je n’ai pas lu, donc forcément je n’ai pas tout saisi. Il développe des idées très intéressante, donc je lirais sûrement Le maître du haut Château prochainement, qui est une uchronie sur la seconde guerre mondiale si l’Axe l’avait gagné.

– La schizophrénie et le livre des changements : Alors on est un peu perdu en la lisant, mais cette nouvelle m’a fait sourire plusieurs fois, c’est une de mes préférées dans le recueil.

– Rajustement : Première nouvelle du recueil qui est romancée (les deux premières sont théoriques), c’est pour celle-ci que j’ai acheté le livre car je voudrais voir le film (L’agence) qui en a été inspiré.  L’écriture du monsieur est très agréable, et l’idée de départ est très bonne : la réalité pourrait être réajustée selon les envies/besoins d’être tout puissant…

– Interférence : Sûrement ma préférée du recueil, la chute est magistrale ! Impossible à lâcher une fois commencée, on voyage dans le futur avec Hasten pour trouver la cause de l’éradication de la vie humaine.

– Souvenir : Toutes les planètes découvertes fonctionnent selon un système de réseaux : même culture, mêmes informations communiquées à toutes les planètes, mais une planète est découverte qui ne se plie pas à ses règles et vit encore avec les idées du XVIème siècle. Encore un très bon thème mais la façon dont s’est développée ne m’a pas convaincue.

– Progéniture : Cette nouvelle évoque le fait que les enfants soient élevés par des robots et non par leurs parents. Ces robots ont la faculté de déterminer dans quel domaine l’enfant sera le plus apte et le plus doué pour exercer, ce qui enlève totalement les choix personnels et le libre-arbitre. Personnellement cette vision de l’éducation des enfants m’a totalement rebutée, elle est assez effrayante.

« -Qu’en pense Peter ? »

Bish fronça les sourcils, « Je ne comprends pas, monsieur.

-Qu’en pense-t-il ? Quel est son sentiment à lui ? »

-Mr Boyle, votre fils a la possibilité de devenir l’un des meilleurs biochimistes du monde. »

Et le pire c’est que les enfants, qui sont éduqués dans cette optique ne rejette rien de ces enseignements car ça leur parait tout naturel. Cette nouvelle montre comment une fois la population adulte endoctrinée il est facile d’éduquer les enfants selon des critères définis.

– Sur la Terre sans joie : Vraiment très bizarre. Une femme a le pouvoir d’appeler la mort, ou plutôt, vu les descriptions, les anges de la mort, mais à trop jouer avec le feu on fini par se brûler. Son mari va essayer de la ressusciter, mais à quel prix ? Je n’ai pas trop aimé celle-ci, vraiment très étrange dans la narration, et l’histoire en elle même ne m’a pas intéressée plus que ça, surtout à cause des personnages que j’ai tous trouvés énervants.

– Etrange Eden : Encore une chute surprenante ! La nouvelle est vraiment très courte donc je préfère ne rien vous en dire.

– Le monde de Jon :  Lors d’un voyage dans le passé pour récupérer des plans, un élément imprévu va venir bouleverser le passé et influencer le futur. Un rapport cause à effet très intéressant, et une vision de soldats/robots peu réjouissante !

Pour conclure, une très bonne découverte : les nouvelles sont toutes très bien menées et les thèmes abordés m’ont beaucoup plus. Avec un coup de coeur pour Interférence que j’ai vraiment adoré !

Le joueur d’échecs de Stefan Zweig

« Prisonnier des nazis, Monsieur B., en dérobant un manuel d’échecs, a pu, à travers ce qui est devenu littéralement une folle passion, découvrir le moyen d’échapper à ses bourreaux. Libéré, il se retrouve plus tard sur un bateau où il est amené à disputer une ultime partie contre le champion Czentovic. Une partie à la fois envoûtante et dérisoire…

Première phrase : Sur le grand paquebot qui, à minuit quittait New-York à destination de Buenos-Aires, régnait le va-et-vient habituel du dernier moment.

Edition : Bibliothèque Cosmopolite Stock

Nombre de page : 112

Mon avis :

Au départ je voulais lire Lettre à une inconnue de Stefan Zweig, mais comme il n’était pas à la bibliothèque j’ai pris celui là. Et j’ai bien fait ! 🙂

Dans cette nouvelle on suit principalement deux personnages, Czentovic le champion mondial d’échec et Monsieur B. homme ayant appris à jouer aux échecs lors de sa captivité durant la seconde guerre mondiale.

On embarque avec le narrateur sur un bateau où le célèbre joueur d’échec est aussi. Nous est alors raconté l’histoire de cet homme, décrit comme rustre, simplet, grossier et grotesque. Mais dès 17 ans on lui découvre un don pour les échecs, et à vingt ans il est devenu champion du monde. Mais son manque d’imagination l’empêchait de jouer une partie sans avoir les pièces devant lui. Monsieur B. lui, se représente plus facilement une partie en disant juste les numéros des cases.  Il a été libéré de sa captivité depuis quelques mois et va se retrouver à affronter le champion durant ce voyage.

L’histoire de Monsieur B. est captivante, il n’est pas enfermé dans un camp de concentration comme on s’y attendrait, il est cloîtré dans une chambre d’hôtel dénuée et froide. Les seules fois où il peut parler c’est pendant les interrogatoires. Lorsqu’il trouve le livre d’échec, c’est alors une délivrance. Mais peu à peu, ce seul moyen de distraction va devenir une drogue : pour continuer à jouer il va devenir schizophrène : une partie noire, une partie blanche; va sombrer dans la démence et perdra toute distinction.

L’impression de vide, de rien est magnifiquement décrite par Zweig. Je ne connaissais pas cette pratique utilisée par les nazis et elle est vraiment révoltante ! Ils isolaient les personnes susceptibles de leur apprendre des informations jusqu’à ce qu’ils craquent.

Durant toute la nouvelle le rythme du récit est soutenu, une menace plane, le ton est inquiétant. A travers cette histoire on découvre deux personnages et leur histoire, ce qui les rapproche et qui finira par les affronter.

Pour conclure, une nouvelle superbement écrite, inquiétante et prenante ! A lire ! 🙂