Bilan livresque de 2015

Pendant l’année 2015 j’ai pu lire 43 livres soit 18581 pages ce qui est un bon bilan pour moi. Mais ce dont je suis le plus contente c’est la diversité qu’il y a dans ces livres : classiques, poésie, contemporain, jeunesse, SFFF, théâtre… Ça manque juste un peu d’essais ! Pendant cette année j’ai pu renouer avec certains de mes auteurs adorés, en découvrir d’autres, être surprise par certains… Revenons sur les livres qui m’ont marquée.

J’ai continué ma découverte de Romain Gary, plus je côtoie cet auteur, plus je l’aime ! Pour tout dire, j’envisage même la possibilité de faire mon mémoire de master en rapport avec lui, je laisse ça mûrir jusqu’en septembre prochain ! J’ai lu cette année Les enchanteurs et La promesse de l’Aube, dans le premier on suit un enchanteur et son père qui combattent la Réalité sur près de 200 ans, le second est autobiographique et centré sur la relation si particulière entre l’auteur et sa mère. J’ai préféré celui-ci mais il faut dire que j’ai un faible pour les autobiographies et le ton qu’emploie Gary pour parler de lui-même, une prétention ironique chargée d’auto dérision, est plein de charme et d’humour. Et c’est grâce à ce style si particulier que Gary arrive à faire de sa vie un véritable roman et des gens qui l’entourent des personnages hors du commun. En premier lieu sa mère, femme de caractère, pleine d’ambition pour son fils et jamais à court de ressource, totalement fantasque par sa démesure mais terriblement attachante. On suit leurs vies de la naissance de Romain Gary en actuelle Lituanie, à la fin de la seconde guerre mondiale, 400 pages où se dévoile tout l’amour d’une mère hors du commun.

L’année a commencé avec des lectures classiques sur le thème des « visages d’Eros » que j’étudiais dans mon cours de littérature comparée. J’ai donc pu découvrir Goethe, Garcia Marquès et Laclos que je devais lire depuis un moment. Ma préférence a été sans aucun doute à L’amour aux temps du choléra, j’en garde le souvenir d’un livre qui fait voyager, qui a une atmosphère vraiment particulière faite d’enchantement, de volupté et d’un arrière-goût un peu amer. Les trois protagonistes sont vraiment intéressants et parfois même surprenants, la narration non-linéaire renverse l’idée que l’on pouvait se faire d’eux au départ et c’est un point que j’ai beaucoup apprécié, j’aime être surprise dans mes lectures ! J’ai bien aimé Les liaisons dangereuses mais c’est surtout l’étude qu’on en a faite qui m’a beaucoup intéressée, par contre Les souffrances du jeune Werther n’ont pas trouvées grâce à mes yeux, mais je ne suis pas une grande fan des héros romantiques…

Niveau jeunesse/young adult j’ai fait connaissance avec l’auteure Rainbow Rowell qui a su faire battre mon cœur de midinette avec Attachements et Fangirl, avec une préférence pour le deuxième. Outre la romance qui est plus surprenante qu’on pourrait le croire au début du roman, l’auteure aborde à chaque fois des thèmes variés et intéressants : la gémellité, l’univers des fan-fiction, l’entrée à la fac et les attentes qu’on peut en avoir… Le tout avec justesse, tendresse mais aussi beaucoup d’humour. Cat est une héroïne vraiment attachante et on avale les nombreuses pages du livre avec délice ! J’ai également lu La bibliothèque des cœurs cabossés de Katarina Bivald, une trame narrative pas forcément surprenante mais l’évocation de nombreux classiques de la littérature m’a beaucoup plu et l’auteure pose des problèmes intéressants sur les choix qu’on peut faire et le courage qui doit les accompagner. Mais en bref, c’est surtout un livre qui fait du bien au moral !

En SF j’ai enfin découvert le fameux livre d’Alain Damasio, La horde du contrevent qui m’a tenue en haleine grâce à une intrigue complexe et passionnante, aux personnages nombreux et ayant chacun leur particularité. On s’attache beaucoup à eux et on apprend à les connaître grâce au style qui change en fonction du personnage, ils ont chacun leur manière de raconter les choses, de les voir, et ce mode de narration un peu complexe à suivre au début est vraiment intéressant, il permet de voir le même évènement de différent point de vue et surtout de mieux cerner les personnages sans passer par de longues explications et en étant plus subtile.
Et en fantasy j’ai fini la saga de L’Assassin Royal de Robin Hobb, commencée il y a bien quatre ans, j’ai avalé les six tomes qui me manquaient pendant l’été, je ne vais pas trop en parler vu que je spoilerai la moitié de la série mais j’ai adoré retrouver les intrigues politiques de Castercelf et les nombreux personnages qui peuplent cette ville.

Et pour finir le contemporain ! J’ai fait une bonne moisson cette année, entre découverte ou redécouverte de certains auteurs.
Muriel Barbery a sorti son troisième livre La vie des elfes que j’attendais avec impatience et qui ne m’a pas déçu même s’il est complètement différent de L’élégance du hérisson. On nage dans une ambiance féérique à la limite de l’onirisme. On connaît finalement très peu les personnages, on n’a pas leur psychologie entière mais juste des esquisses qui vont à l’essentiel. C’est surtout l’atmosphère qui est très particulière, j’avais l’impression d’être en suspension quand je lisais. Tout est dessiné de manière à peine appuyé, on suit les mots en se laissant emporter et sans se poser de questions. L’écriture est magnifique, je pense que c’est un roman à lire à voix haute pour vraiment s’immerger dans cette campagne farouche entourée d’une certaine magie sombre et de beaucoup de mystères.

J’ai aussi redécouvert Catherine Cusset, je n’avais pas trop aimé Indigo mais Un brillant avenir a eu plus de succès. Il s’étale sur plusieurs années, nous suivons l’histoire d’Hélène en alternant des chapitres biographiques qui racontent son histoire et des chapitres plus actuels, de nombreux thèmes sont abordés à travers cette femme forte qui a émigré aux États-Unis avec son mari et son fils : le deuil, la religion, l’éducation, l’indépendance des enfants… Je ne saurai pas vous le résumer brièvement, surtout qu’une partie du plaisir vient de la découverte de l’histoire d’Hélène, mais je vous le conseille vivement !

Dans les découvertes : Joël Dicker et Thomas B. Reverdy. J’ai enfin lu La vérité sur l’affaire Harry Québert du premier, je l’ai commencé sans trop savoir de quoi ça parlait et j’ai beaucoup aimé. Cela faisait longtemps que je n’avais pas été prise dans un roman comme ça, l’envie de savoir ce qu’il va se passer, lire quelques pages même si ce n’est que deux dès qu’on en a l’occasion… Ce thriller est assez original puisqu’il détourne un peu les codes du genre, déjà il s’étale sur 850 pages, ensuite la temporalité est assez large et le récit ne suit pas une ligne chronologique, on fait des bonds dans le passé, les points de vue sont variés et présenté très subjectivement sans trop de mise à distance donc on a du mal à démêler le vrai du faux. Il y a des réflexions intéressantes sur l’écriture, sur les relations, la vie dans les petites villes, mais surtout j’ai admiré les renversements de situation que l’auteur mène d’une main de maître ! Bon je suis un peu nulle pour trouver la fin des livres, là j’en imaginais une qui me plaisait déjà bien mais l’auteur réussit à aller encore plus loin et j’ai beaucoup aimé être surprise comme ça. J’ai eu la suite à noël, Le livre de Baltimore, j’espère qu’il sera aussi bien.

Pour le second, Il était une ville de Thomas B. Reverdy, je pense en faire une chronique dans la semaine, elle est déjà en partie préparée donc ça devrait aller vite.

Sur ce, bon week-end à tous, je vous laisse avec le nouveau single d’un groupe que j’affectionne, The Jezabels :

Indigo de Catherine Cusset

Indigo - Cusset

Un festival culturel rassemble pendant huit jours en Inde quatre Français, deux hommes et deux femmes, qui ne se connaissent pas. Une surprise attend chacun d’eux et les confronte avec leur passé. Cette semaine bouleverse leur vie. De Delhi à Kovalam, dans le Sud, ils voyagent dans une Inde sur le qui-vive où, juste un an après les attentats de Bombay, se fait partout sentir la menace terroriste. Une Inde où leur jeune accompagnateur indien déclare ouvertement sa haine des États-Unis.
Une Inde où n’ont pas cours la légèreté et la raison française, où la chaleur exacerbe les sentiments, où le ciel avant l’orage est couleur indigo.
Au bout du monde, les quatre français se retrouvent en huis clos, face à leur passé et à leurs limites.

Première phrase : « On ne passe plus, alerte à la bombe ».

Edition : Folio

Nombre de pages : 328

Mon avis :

J’avais très envie de lire ce livre lorsque je l’ai aperçu l’année dernière dans la sélection du prix relay, alors quand il a été proposé en partenariat chez Livraddict, j’ai sauté sur l’occasion. J’en profite donc pour remercier Livraddict et Folio de l’envoi de ce livre.

Passons à la chronique qui ne va pas être très enthousiaste malheureusement. Je pense que j’attendais beaucoup de ce livre ce qui contribue en partie à ma déception.

Le résumé nous situe un an après les attentats de Bombay où se fait encore « sentir la menace terroriste ». Cette mention me faisait penser qu’il y aurait un cadre politique plus présent que ce qu’il en est. Certes il y a des mentions de ces attentats, mais cela reste faible. Le contrôle est renforcé, il y a des militaires, mais ces contrôles décrits ne débouchent à rien dans l’intrigue générale. Ils donnent juste l’ambiance de l’Inde après ces évènements.

On rencontre plusieurs personnages dans ce roman polyphonique, les chapitres alternent les points de vue de trois d’entre eux, et nous laisse dans un certain flou concernant Raphaël, le plus mystérieux et renfermé de tous. Nous avons donc Géraldine, expatrié en Inde elle s’occupe de la rencontre entres les invités conviés, et les invités : Charlotte, Roland et sa compagne Renata, et Raphaël.

Je dois admettre que les histoires de tous ces personnages m’ont laissée un peu indifférente, ils sombraient tous dans le cliché. Raphaël le taciturne à l’enfance torturée, Roland l’homme à femme bon vivant et enjoué, Charlotte femme froide et hautaine en quête d’un souvenir de sa meilleure amie perdue, et Géraldine heureuse avec son mari et son enfant qui va révéler ses failles peu à peu. Des personnages à priori banals qui nous dévoileront et se dévoileront leurs secrets, leurs faiblesses. J’aurai aimé que les interactions entre eux soient plus développées, que les personnages interagissent plus entre eux. Là on se contente d’intrigues principalement entre Roland et sa compagne, et Géraldine et Raphaël. Il aurait été intéressant de les voir dans un vrai huis clos comme le vante la quatrième de couverture, où les échanges auraient alors été plus vivants. Là le « huis clos » se résument à l’Inde…

Dans les dernières pages tout s’accélère et le rythme devient plus intense, des éléments imprévus font effet de surprise et cassent quelques impressions que l’on a eu pendant la lecture du récit. Mention particulière à l’intrigue Roland/Renata qui aborde un thème intéressant.

Les thèmes abordés sont d’ailleurs très nombreux, voire trop ce qui ne donne pas la possibilité de tous les creuser : le deuil, la rupture, le mariage, la paternité imposée, l’Inde avec ses contrastes de développement, l’écriture… Des thèmes touchant à la vie quotidienne ou à l’actualité, qui peuvent donner lieu à des recherches de la part du lecteur ensuite.

Le style de l’auteur est agréable à lire, fluide, brut aussi bien que parfois très doux, Catherine Cusset arrive très bien à rétablir des ambiances, des impressions et réussi à nous faire ressentir les émotions et les atmosphères des lieux, des conversations. Elle gère son récit polyphonique de manière maîtrisée, et jongle ainsi entre les personnages et le temps. Les points de vue alternatifs permettent de décrire ce qui se passe au même moment dans des endroits différents, ou même si l’endroit est le même, d’une perspective différente.

Pour conclure, une découverte que je ne regrette pas mais je m’attendais à un roman plus épique et un peu plus dynamique que ce que nous propose l’auteur…

Quelques livres en vrac… (5)

Ça faisait longtemps que je n’avais pas fait un petit melting-pot de mes lectures avec des avis rapides, donc en voilà un nouveau pour quelques livres dont j’aimerais vous parler !

Sinon, j’en profite pour des petites nouvelles, je rentre en partiels lundi pour deux semaines mais après je serai en vacances (enfin cela dépend de si je travaille maintenant ou plus tard en été…). J’espère en profiter pour pouvoir lire lire lire et lire (si possible au soleil), et donc chroniquer ! Voilà, voilà, passons aux livres !

 

Hôtel Particulier - SorelHôtel Particulier
Guillaume Sorel

Genre dont je vous parle très peu (jamais ?), voilà un roman graphique que j’ai véritablement adoré et qui a été un joli coup de cœur. Les dessins sont vraiment enchanteurs, baignés d’une lumière magnifique, dans les tons épurés qui donnent un côté très tendre à l’histoire, et qui sait devenir plus cruelle avec des couleurs stridentes. L’histoire mêle le fantastique avec le réel mais de manière si naturelle que cela parait normal. Il y a un grand nombre d’allusions littéraires très appréciables et originalement exploitées. Je ne trouve rien à lui reprocher et je pense l’acheter dès que possible pour le relire ou du moins le feuilleter souvent ! Recommandé très fort, il se lit vite, se trouve généralement en bibliothèque, il n’y a aucun échappatoire possible là. 😉

Édition : Casterman

Le ProcèsLe procès - Kafka
Franz Kafka

Je découvre cet grand auteur pour les cours, et puis un peu parce que je vais à Prague quelques jours en vacances alors c’était quand-même bien de découvrir cet auteur avant pour visiter son musée consacré ! Je suis ressortie de cette lecture totalement perdue, je ne savais pas quoi en penser, si j’avais aimé ou non, etc… Au final j’en garde un assez bon souvenir, surtout grâce aux études que j’ai pu lire sur ce texte qui me l’ont éclairé. Une bonne découverte, surprenante et intéressante.

Édition : Folio Classique

Le ravissement de Lol V. Stein - DurasLe ravissement de Lol V. Stein
Marguerite Duras

Une petite nouvelle de cette grande auteure si connue et un peu intimidante… Eh bien c’est un style grandiose que j’ai rencontré, elle introduit ici un procédé très intéressant, celui de nous narrer l’histoire à travers un narrateur interne à l’histoire, qui connaît les personnages, mais qui ne nous est pas présenté. Assez déstabilisant et intrigant beaucoup ! L’histoire en elle-même n’est pas passionnante mais tellement courte qu’on l’avale très rapidement, malgré le malaise que Duras insinue au fil des pages. Je continuerai ma découverte de l’auteur !

Édition : Folio

Une poignée de gensUne poignée de gens - Wiazemski
Anne Wiazemski

Magnifique livre ! J’avais déjà lu Une année studieuse de l’auteure dont la plume tout en finesse, évoquant le sujet de l’amour mais sans niaiserie m’avait séduite, et j’ai été très heureuse de la retrouver. Ce livre nous plonge dans l’univers paysan de la Russie du début du XXème siècle pendant la seconde guerre mondiale, lorsque les Bolchevicks cherchaient à s’emparer du pouvoir et que les paysans se révoltaient. Pour cela on entre dans l’histoire d’une grande famille de Russie à travers la figure de Nathalie, qui épouse le prince de la maison.
L’histoire des premiers chapitres qui se passe en 2004 n’a comme but que de nous introduire l’histoire grâce à Marie qui va se retrouver à s’intéresser à ses racines russes pour x raison.  Les transitions entre les deux époques sont bien menées et peu nombreuses, heureusement car le roman étant court trop d’aller retour n’aurait pas permis d’aller au fond des choses.
C’est donc un roman sur les origines, sur la condition paysanne et noble au début du XXe en Russie, sur la Seconde guerre mondiale, mais également un roman sur la famille, et qui se fonde sur une belle histoire d’amour qui m’aura fait verser une ou deux larmes à la fin…
Bref, je conseille vivement !

Édition : Folio

Ce qui nous lie - BaillyCe qui nous lie
Samantha Bailly

J’ai beaucoup aimé le style d’écriture de l’auteur qui malgré une simplicité apparente trouve des formules qui marchent, qui font mouche et qui révèlent un vrai travail sur les mots. Malgré tout les dernières pages ne m’ont pas spécialement emportées, je suis restée assez distante vis à vis de l’héroïne même si l’auteur a réussi à m’arracher une petite larme au début du livre. Du coup ce début que j’ai beaucoup aimé en m’a fait attendre sûrement trop pour la suite qui ne m’a pas convaincue, du moins sur la romance car j’ai trouvé la relation entre Raphaël et Alice assez déplaisante. Sinon l’idée des liens entre les gens est très originale et m’a beaucoup plu. Par contre au niveau des personnages j’ai beaucoup aimé Jonathan et Sébastien, ainsi et surtout que la grand-mère d’Alice à laquelle on s’attache très vite. Une bonne découverte au niveau du style donc, mais la romance m’a un peu refroidie…

Édition : Milady

J’espère que ces avis vous donneront envie, et n’hésitez pas à me dire si vous en avez lu certains ce que vous en avez pensé ! 😉

Et quelquefois j’ai comme une grande idée de Ken Kesey

Alors que la grève installée à Wakonda étrangle cette petite ville forestière de l’Oregon, un clan de bûcherons, les Stampers, bravent l’autorité du syndicat, la vindicte populaire et la violence d’une nature à la beauté sans limite. Mené par Henry, le patriarche incontrôlable, et son fils, l’indestructible Hank, les Stampers serrent les rangs… Mais c’est sans compter sur le retour, après des années d’absence, de Lee, le cadet introverti et toujours plongé dans les livres, dont le seul dessein est d’assouvir une vengeance.

Première phrase : Dévalant le versant ouest de la chaîne côtière de l’Oregon… viens voir les cascades hystériques des affluents qui se mêlent aux eaux de la Wakonda Auga. (si c’est pas une super invitation ça…)

Édition : Monsieur Toussaint Louverture

Nombre de pages : 799

Mon avis :

Alors, petit paragraphe du départ du : pourquoi j’ai lu ce livre qui a priori n’avait pas grand-chose pour m’attirer mise à part sa jolie couverture ? Déjà, on m’a pas mal conseillée de le lire, il est selon la même personne « le meilleur livre qu’il a lu de sa vie », donc quand je l’ai vu à la bibliothèque, malgré ses 800 pages, je l’ai embarqué dans mon sac. Alors certes j’ai mis au moins deux mois à le lire, mais c’est à cause du travail, d’autres lectures, de la fac… Absolument pas parce qu’il ne m’a pas plu, bien au contraire.

D’habitude je fais à ce moment un rapide résumé de l’histoire à ma façon, mais cette fois-ci je n’en ferai rien, car je suis rentrée dans l’histoire sans en savoir plus que « c’est une histoire de bûcherons dans une bourgade où il pleut tout le temps ». Et si au début j’ai été un peu perdue, je m’y suis vite retrouvée. Donc je vais essayer de vous parler de ce livre grandiose sans trop en dire sur l’intrigue générale, mais seulement sur les personnages.

Les personnages, évoquons les donc plus en détails. Il y a tout d’abord la famille Stamper, qui aux premiers abords nous apparaît de manière plutôt désagréable car présentée par le village qui lui en veut. On comprend dans les quelques pages suivantes que ce qui nous est présenté là est la fin du roman, cependant c’est tellement énigmatique, que rien ne peut nous laisser présager ce qui va suivre, ou ce qui a précédé selon le point de vue.

Les Stampers sont une grande famille de bûcherons dont Henry a été le chef de l’exploitation, avant que son fils Hank reprenne la barre. Famille avec un fort passé, ils nous sont présentés comme des hommes forts, voyageurs et fiers. Le demi-frère de Hank, Lee qui habite en ville sera appelé car il manque des hommes sur l’exploitation pour finir le contrat en cours à temps. Une vieille rivalité existe entre ses deux frères, rivalité qui sera la clé du roman, ce sur quoi beaucoup de choses se basent. Elle instaure un climat de tension tranquille tout au long du livre, une sorte de routine mais dans laquelle un trouble de plus en plus grand s’installe. Cela aurait pu donner quelque chose de répétitif et ennuyeux, mais non. Ken Kesey sait captiver son lecteur grâce à plusieurs choses.

Tout d’abord la tension monte très lentement, voire de manière insidieuse mais on la sent quand même, on a envie de savoir ce qu’il va arriver, comment un tel roman peut se finir. Ensuite le style. Ah le style de Ken Kesey… Il aurait pu écrire n’importe quoi, rien que pour le style je l’aurai lu. Il casse les codes, il bouleverse le lecteur, le transporte d’un point de vue à un autre. On peut d’une phrase à l’autre changer de narrateurs, passer d’une première personne à une troisième personne de narration, le « je » n’est pas toujours le même (parfois Hank, parfois Lee, parfois Henry…), les pensées des personnages se croisent et se répondent… Et ce qui pourrait choquer si c’était mal fait passe ici comme une lettre à la poste, on se rend parfois compte de ces changements que quelques pages après qu’ils aient eu lieu. Ce style narratif si particulier est soutenu par des jeux de typographies : parenthèses, italique, guillemets ou non, majuscules… Bref une virtuosité hors du commun pour manier les mots (ce qui rend le roman parfois difficilement accessible, on peut être pas mal déstabilisé au début) et le maniement des esprits de ses personnages. Personnages qui constituent le dernier (bon l’avant dernier finalement) point d’accroche du roman dont je voulais vous parler.

Le fait que l’on soit presque forcément dans leur esprit à un moment à un autre nous rapproche d’eux, nous fait les comprendre, on les voit devenir réels sous nos yeux, on s’y attache, ils deviennent des personnes à part entière. Ce qui peut provoquer de fortes émotions quant au bout de 750 pages de connaissance l’auteur nous met au centre du tsunami émotionnel qui a lieu. Pleurs, colère, tristesse, compassion, empathie, fureur, rien ne m’aura été épargné pendant ma lecture, et je crois bien que c’est le livre pour lequel j’ai versé le plus de larmes tant de frustration et de colère que de tristesse. Mais ce n’était pas pour autant une « lecture éprouvante », je ne m’étais pas particulièrement identifié aux personnages, mais j’avais l’impression de les connaître, d’être un membre de la famille, silencieux et inactif, qui voyait tout ce qu’il se passait. Petits mots sur les personnages, les générations précédentes de la famille Stamper sont présentées au début du roman, on peut donc s’y perdre un peu, mais ce n’est pas grave, il faut continuer, tout se met en place progressivement et de manière très fluide.

Dernier point, la bourgade, Wakonda, et ses habitants. Ils font également partis des points de vue que l’on va avoir, des petites histoires qui se tissent au fur et à mesure des pages, et c’est très plaisant de sortir parfois de la maison des Stampers. D’une part ça nous sort de cette maison isolée à la tension parfois lourde, et d’autre part cela nous permet de voir comment les Stampers sont considérés. Le Snag, bar de la bourgade ou tout se passe constitue un lieu phare de ce roman et on s’y imaginait facilement l’ambiance grâce aux descriptions du barman.

Ce roman peut intéresser beaucoup de monde par les nombreux thèmes qu’il aborde comme le suicide, l’adultère, la famille, la mort et le deuil, les oppositions qu’il soulève entre ville et campagne, éducation et travail physique. Tous traités de manière intéressante et parfois très subtile, sans jugement et a priori.

Bref, jetez-vous sur ce pavé dès les grandes vacances (ou tout de suite), si je n’irai pas jusqu’à dire que c’est le meilleur livre que j’ai lu de ma vie, c’est de loin le style le plus inventif et maitrisé que j’ai pu lire, et puis sérieusement, qui peut résister à ce titre (sachant que la suite, parce qu’il est tiré d’une chanson, est « de me jeter dans la rivière ») et à cette couverture ?!

Et j’en profite pour remercier la maison d’édition Monsieur Toussaint Louverture qui a travaillé pendant huit ans sur ce titre avant de pouvoir le publier enfin en France (sorti en 1964 aux États-Unis !), ils ont fait un travail formidable et je vous encourage à aller voir leur site qui est une mine de trouvailles inattendues.

La Liseuse de Paul Fournel

La liseuse - Fournel

«Regardez, le texte s’ouvre.
– Et j’avance comment?
– On tourne les pages dans le coin d’en bas avec le doigt.
– Comme un bouquin?
– Oui, c’est le côté ringard du truc. Une concession pour les vieux. Quand on se souviendra plus des livres, on se demandera bien pourquoi on avance comme ça. Autant défiler vertical. Scroller. Ce serait plus logique.
– C’est Kerouac qui va être content.»
Robert Dubois, éditeur de la vieille garde, se voit remettre une liseuse par une stagiaire. Quelque chose couve qui pourrait être une révolution et cette perspective le fait sourire.
Un roman aussi tendre que drôle sur ce que lire veut dire.

Première phrase : Longtemps j’ai croisé les jambes dessus pour un peu de détente, d’élévation, pour un peu de sang au cerveau, maintenant il m’arrive de plus en plus souvent d’y poser la tête, surtout le soir, surtout le vendredi soir. 

Edition : Folio

Nombre de pages : 190

Mon avis :

fragoliseuseLa Liseuse. Sans attendre d’ouvrir la première page, le titre donne le ton. Nous sommes en pleine transition entre La Liseuse de Fragonard et la liseuse, ce petit objet électronique pouvant contenir plusieurs étagères de livres. Paul Fournel, écrivain et éditeur reconnu, nous présente un portrait de l’édition contemporaine à travers lequel il questionne le devenir de l’édition traditionnelle avec l’arrivée du numérique. Comment la petite liseuse en robe jaune s’adaptera à ce nouvel instrument, comment cet étrange instrument arrivera-t-il à séduire la jeune fille ? 

Nous rencontrons Robert Dubois, éditeur depuis trente ans habitué à ses manuscrits d’encre et de papier. Il nous présente son univers d’éditeur parisien de Saint Germain des Prés qui va lire ses manuscrits dans une bonne brasserie traditionnelle, univers qui m’a paru très confiné. Je l’imaginais parfaitement dans un petit bureau assez sombre avec de baux meubles en bois jonchés de pile de manuscrits. Le premier sentiment que l’on ressent est une certaine lassitude, un désabusement vis à vis de son métier : toujours les mêmes histoires dont il connaît le déroulement au bout de 7 pages lues, plein de têtes formées au métier « pour mieux les broyer ensuite« … Mais malgré ça on sent son amour profond pour la littérature, l’espoir qui ne quitte jamais un éditeur de découvrir LE roman qui se vendra bien, le plaisir de lire une belle poésie sur un banc au soleil, de déjeuner avec ses auteurs, rencontrer ses représentants… 

On voit également que l’édition est maintenant un monde dominé par l’économie à travers la figure de Meunier, un étudiant banquier arrivé dans l’édition qui propose quelques solutions farfelues pour faire vivre la maison d’édition, se réjouit des départs en retraite, demande à combien peut se vendre un livre avant d’en savoir l’histoire, etc… A travers cette phrase « Nous avons vidé les livres de ce qu’il y avait dedans pour en vendre d’avantage et nous n’en vendons plus. C’est notre faute » nous voyons le désenchantement de l’éditeur qui ayant toujours préféré « les livres à l’argent » accuse la perte de la littérature d’être responsable des chiffres en baisse. Je ne suis pas complètement d’accord même s’il y a sûrement un peu de vrai, je pense que la vente des best-sellers attendus par le grand public (je ne citerai pas de noms mais on se comprend bien j’espère !) permettent de financer des textes un peu plus littéraire dans lesquels les éditeurs croient mais qui ne se vendront pas assez pour rentabiliser le travail qu’ils ont demandé. 

Mais voilà qu’arrive une stagiaire qui lui donne une liseuse. Celle-ci fait mauvaise impression aux premiers abords : froide, où disparaissent les pages tournées, impossible de la froisser, de la tâcher, trop propre au final, trop inhumaine. Puis l’éditeur l’apprivoise, et voit en elle un moyen de sortir de la lassitude qui l’avait envahi. Il comprend qu’elle peut être un support de développement novateur pour la littérature qui va vite devenir un jeu. Elle peut être présentée sous des formats peu classiques : applications sur téléphone, textes éphémères, relecture des classiques de manière différente avec des ajouts d’image, un enrichissement du texte, des jeux sur le texte, des devinettes très écrites…

Cependant, l’éditeur soulève aussi les problèmes que posent cette nouvelle manière d’aborder le livre. Comment gérer ce changement des droits éditoriaux auxquels s’ajoutent les droits électroniques, le problème du piratage, et quel impact aura la liseuse sur les modes de lecture, car en plus d’être un outil pour lire, c’est aussi un outil de distraction. Ainsi pouvons-nous donc encore nous concentrer sur la littérature uniquement et seulement, avec ce mode de lecture ?

Pour ma part, je ne suis ni pour ni contre la liseuse. Je pense que c’est un outil intéressant qui a plusieurs avantages et qui peut être bien utile, mais j’aurai je pense du mal à lire dessus pour la simple et bonne raison que je retiens très mal quand je lis sur écran et que je suis une petite mémé qui a beaucoup de mal avec le changement… Et même si je m’y fais j’aurai toujours besoin de mes livres pour la simple et bonne raison que j’aime me mettre devant ma bibliothèque et regarder rêveusement tous mes bouquins adorés.

Oh? et vous ai-je dit qu’Alain Fournier était le président de l’OuLiPo ? Ce qui se justifie totalement grâce à une petite note en fin d’ouvrage où il explique que son texte est composé comme une sextine, une forme poétique inventée au Moyen-Âge par un troubadour, ce qui explique quelques particularités dans le style qui peuvent parfois interloquer. Parlons justement du style, très agréable et vivant grâce aux dialogues plein de grâce et de réalisme, de jolies phrases pour un bien joli livre.

Pour conclure, nous avons un portrait original et nuancé de ce monde éditorial, avec un auteur/éditeur qui au lieu de rechigner devant le numérique et de se braquer contre ce nouvel objet en profite pour écrire un livre où il y montre l’intérêt de cette technologie et l’usage qu’on pourrait en faire. La liseuse pourrait alors finalement plaire à La Liseuse, mais il ne faudra pas pour autant qu’elle oublie ses livres papiers, l’un ne remplaçant pas l’autre mais se complétant. 

Lire Lolita à Téhéran de Azar Nafisi

Lire Lolita à Téhéran - Nafisi

Après avoir dû démissionner de l’Université de Téhéran sous la pression des autorités iraniennes, Azar Nafisi a réuni chez elle clandestinement pendant près de deux ans sept de ses étudiantes pour découvrir de grandes œuvres de la littérature occidentale. Certaines de ces jeunes filles étaient issues de familles conservatrices et religieuses, d’autres venaient de milieux progressistes et laïcs ; plusieurs avaient même fait de la prison. Cette expérience unique leur a permis à toutes, grâce à
la lecture de Lolita de Nabokov ou de Gatsby le Magnifique de Scott Fitzgerald, de remettre en question la situation  » révolutionnaire  » de leur pays et de mesurer la primauté de l’imagination sur la privation de liberté. Ce livre magnifique, souvent poignant, est le portrait brut et déchirant de la révolution islamique en Iran.
 

Première phrase : A l’automne 1995, après avoir démissionné de l’université, j’ai décidé de me faire plaisir et de réaliser un rêve.

Edition : 10/18

Nombre de pages : 468

Mon avis :

J’ai eu ce livre à l’occasion de mon anniversaire et je n’ai pas traîné à le lire. Bien m’en a pris car ce livre a été un véritable coup de cœur.

Ce livre c’est un peu de tout : de la littérature, de l’analyse littéraire, une auto-biographie, de l’Histoire, un témoignage. Mais aussi des rencontres : avec l’auteur, avec ses proches, avec des livres, avec un pays, avec un régime opposé au nôtre.

Tout d’abord, abordons le côté technique du récit. Celui-ci est divisé en quatre parties, chacune portant sur un écrivain et une de ses œuvres en particulier. Nous avons donc Nabokov avec Lolita, Fitzgerald avec Gatsby le magnifique, James avec Daisy Miller et Jane Austen avec Orgueil et préjugés. En bref, que du beau monde. Et là où ça devient vraiment intéressant, c’est quand ces livres sont utilisés pour éclairer le régime islamique dans lequel l’auteur vit.

Le choix de narration par romans permet de détourner l’ordre chronologique auquel on pourrait s’attendre pour des mémoires et permet à l’auteur de nous montrer la perte de ses libertés qui se fait de plus en plus flagrante au fil du temps. On commence avec Lolita, Azar Nafisi a déjà été renvoyée de l’université où elle enseignait et elle a monté le petit groupe de lecture qui vient chez elle le jeudi matin discuter d’œuvres littéraires. A travers ces œuvres elles questionnent ainsi le régime dans lequel elles vivent, les discussions dépassent le cadre littéraire pour s’élever à une fonction plus générale. Quand elles en viennent à parler de ce qui est moral, de ce qui est bien ou non, à travers les infidélités de Madame Bovary ou d’Anna Karénine, une des étudiantes interroge : « Et si on disait que ce qui est bien c’est ce que nous avons envie de faire et non ce que la société ou ses dirigeants nous disent de faire ? ». Lire ces livres dans un régime comme celui-là c’est justement s’y opposer.

Parlons un peu plus de ce « club » et des membres qui le composent : elles sont huit, Azar Nafisi et sept étudiantes qu’elle a choisi non pour leurs idéaux, leurs convictions, ou leur religion, mais pour l’intérêt qu’elles vouent à la littérature ainsi que leur perspicacité dans les analyses. Ces étudiantes sont toutes différentes : croyantes ou non, aimant leur pays ou voulant le fuir, mariées, célibataires ou fiancées, provocatrices ou réservées, venant de familles progressistes et laïcs ou conservatrices et religieuses. Leurs différences font naître des débats intéressants, passionnés et enflammés.

Durant ces rencontres il arrive parfois que la littérature soit mise de côté pour parler de problème personnel qu’une des filles aurait pu rencontrer, ce qui nous permet de les connaître un peu plus, et de connaître les conditions de répression sévères que subissent les femmes, mais également parfois les hommes. On retrouve les mêmes faits que dans Persélopis de Marjane Satrapi, mais également d’autres agissements révoltants.

La différence d’âge entre l’auteur et les étudiantes est intéressante car l’auteur a connu l’Iran sous le régime du Shah, donc une Iran libre et occidentale malgré un dictateur au pouvoir, tandis que ses étudiantes sont nées sous le régime de l’Ayatollah Khomeini et certaines choses interdites qui nous paraissent aberrantes leur est normal.

Revenons au côté littéraire de ces rencontres. A travers le récit de celle-ci, Azar Nafisi nous livre des analyses fines et perspicaces sur les romans qu’elle étudie, les analyses qu’elle propose ne sont pas toujours les plus conventionnelles, et celle sur Lolita est particulièrement intéressante.

Ces rencontres littéraires sont donc relatées dans la première et la dernière partie de ce récit, pour Nabokov et pour Austen. La partie sur Orgueil et préjugés m’a donné envie de me replonger en toute hâte dans ce grand roman.

Maintenant, les parties centrales de ce livre. La seconde concerne donc Gatsby et la deuxième Daisy Miller. Ayant étudié Gatsby le Magnifique cette année en cours d’anglais, je me réjouissais de voir l’analyse qu’en proposait Azar Nafisi. Cette fois-ci nous ne sommes plus avec les étudiantes mais dans l’amphi-théâtre où l’auteur enseignait. Et quel plaisir ! C’est comme si nous étions nous aussi dans l’amphi, avec ses étudiants à s’interroger sur les livres. Ce point de vue est très intéressant car il nous permet de voir comment les étudiants se situent dans le régime islamique. Et malheureusement, il y en a pas mal qui sont pour et qui soutiennent les actions de l’Ayatollah pour lutter contre l’occidentalisation qui représente le mal absolu, la décadence et la perte des valeurs. Dans un pays où lire Gatsby est considéré comme immoral, Azar Nafisi va se battre pour enseigner comme elle le désire, c’est à dire tête nue et en étudiant les romans qu’elle juge important et pas ceux qui sont déclarés moraux par le gouvernement. Car là-bas, on ne diffère pas la différence entre l’oeuvre d’art et la réalité, si dans Gatsby, Daisy est immorale, alors le livre le devient. C’est noir ou c’est blanc. Et tout ce qui vient d’Amérique penche rarement du côté clair… Suite à l’opposition qu’elle rencontre dans son cours face à cette œuvre, Azar Nafisi va organiser un procès au livre en donnant un rôle aux étudiants qui le veulent et elle-même représentant le livre. Ce passage est très intéressant et illustre parfaitement le jugement manichéen que le gouvernement veut imposer à son peuple.

Ces parties qui par rapport aux deux autres se situent dans le passé permet de rendre compte de la manière dont Azar Nafisi a rencontré ses étudiantes, comment ont évolué les lois islamiques, de quelle façon les lois s’appliquent-elles à l’université, comment les professeurs réagissent… Et on voit bien qu’il y a une grande répression des intellectuels du pays qui sont renvoyés de leur poste ou pire. On vit également les évènements historiques de cette période, la mise en place progressive d’un régime de plus en plus restrictif, la mort de Khomeini, l’espoir alors d’un changement dans le régime,

Forcément, en tant que récit non-fictif, nous avons les interrogations de l’auteur : enseigner qui est sa passion quitte à se soumettre à des règles contraires à ses convictions, quitter un pays qu’elle aime ou y rester et y être malheureuse ? Dans ses interrogations, le personnage du magicien, un homme mystérieux qui jouit d’un grand prestige auprès des intellectuels et qui s’est reclus dans son appartement pour ne pas côtoyer le régime islamique.

Finissons ce déjà bien trop long billet par le style. On retrouve dans les analyses un style universitaire mais abordable et très fluide qui arrive à parfaitement mettre en lumière les points importants, on tombe souvent au détours d’une page sur une jolie phrase ou réflexion et les pages se tournent toutes seules. Une écriture simple et qui ne prend pas de détours mais qui très agréable à lire en résumé.

Pour conclure, je dirai que c’est réellement un livre à lire pour tous les lecteurs curieux de découvrir une autre civilisation à la lumière de classiques occidentaux, mais également curieux de découvrir des classiques occidentaux à la lumière d’une civilisation différente de la nôtre. En effet, l’auteur explique à la fin, que ce livre lui permet de remercier (ironiquement mais quand même) la république islamique de lui avoir fait tant aimer ces auteurs mais aussi la liberté, qui est un thème qui revient très souvent. Un livre à lire absolument !

Grenouilles de Mo Yan

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Le narrateur, Têtard, adresse une lettre à son maître, un écrivain japonais, pour lui parler de la pièce qu’il envisage d’écrire sur sa tante, une femme à la personnalité fascinante, célèbre gynécologue à l’origine du planning familial sous Mao. Têtard et sa tante vivent dans la région de Gaomi. Cette fresque permet de dresser le portrait d’une période complexe.

Première phrase : Cher Monsieur Sugitani Yoshihito, voilà bientôt un mois que nous nous sommes quittés, pourtant je revois très nettement tout ces moments que nous avons passés ensemble dans mon pays natal.

Edition : Seuil

Nombre de pages : 408

Mon avis : 

Après ma découverte de la littérature Russe avec Tolstoï, j’ai fait une petite descente au Sud pour arriver en Chine. Grande découverte également et encore plus dépaysante et instructive.

Ce livre m’avait attiré il y a un moment après un article de Caelina, comme il ne se décidait pas à sortir en poche, je l’ai finalement eu à Noël dernier et je l’ai lu récemment (oui, oui, il faut un peu de temps, beaucoup de livres attendent). Je l’avais commencé cet été et je l’ai repris en voyant que l’auteur avait eu le prix Nobel de Littérature. Quitte à avoir un Nobel dans sa bibliothèque, autant le lire. Me voilà donc embarquée dans la Chine des années 1960 à aujourd’hui.

Je partais totalement inculte sur ce pays à part les lieux communs que l’on entend de toutes parts, et ce livre éclaire bien la vie de paysans chinois vivant dans des petits villages reculés et ayant du mal à s’adapter aux nouvelles contraintes qu’a imposé Mao à son arrivée au pouvoir. Notamment la politique de l’enfant unique, et là intervient la Tante, grand protagoniste de l’histoire.

De nombreux personnages jalonnent le récit, tout d’abord Têtard qui nous raconte l’histoire, ou plutôt l’écrit à un grand romancier japonais qu’il considère comme son maître. Car se rêvant dramaturge il a en projet d’écrire une pièce sur sa tante, gynécologue qui a fait de la politique de l’enfant unique son cheval de bataille.

On voit à travers elle l’extrême violence de cette politique : les avortements forcés, les vasectomies et ablations de l’utérus après les deux enfants autorisés en campagne mais seulement si le premier était une fille, et surtout l’excessive conviction de la Tante qui dans son esprit accomplissait un travail juste et légitime. 

J’aurai du mal à vraiment vous parler de l’histoire qui est très linéaire et complexe par les nombreux personnages qui y interviennent donc je vais me contenter de soulever quelques points.

Tout d’abord, les noms. Tous ou presque se composent d’un nom chinois puis d’une partie du corps (Chen l’Oreille, Wang le Foie…). Pour s’y retrouver au départ, c’est quasiment mission impossible. Mais au final peu de personnages sont réellement importants tout au long de l’histoire, c’est plutôt des épisodes de la vie de chacun, donc le nom apparaît souvent pendant quelques pages, pendant lesquelles on le retient, puis disparaît. Mais c’est quelque chose auquel il faut s’habituer.

L’histoire de la Chine est extrêmement présente et je pense qu’il faudrait que je le relise plus tard quand j’en saurai plus sur ce pays car j’ai du passer à côté de beaucoup de choses ce qui a fait que je n’ai pas tout compris et que par conséquent je n’ai pas été aussi prise par le roman que j’aurai pu l’être. C’est un roman très dense et très pointu donc je pense qu’un minimum de connaissance sur la Chine est nécessaire pour l’apprécier comme il faut.

Mais cependant, j’ai bien aimé me plonger dans ce roman, même si j’ai l’impression de ne pas du tout avoir tout compris, il y a une évolution intéressante ; on se plonge dans la vie d’une famille, d’un village ; et d’un pays à travers tout ces évènements. Mais également d’une mentalité. De plus le style est très intéressant. 

C’est le premier livre asiatique que je lis et donc première fois que je me confronte à un style de ce genre, il change du tout au tout par rapport à un style occidental (qui change déjà de pays à d’autres). C’est une écriture très douce, mais qui se permet d’être sarcastique et moqueuse parfois, c’est très beau et discret, une plume très humble au final.

La mise en forme du récit est particulière. Comme dit précédemment, c’est un style épistolaire mais nous n’avons que les lettres de Têtard, et pas les réponses de son destinataire. Il y a en tout quatre lettres, qui composent chacune une partie du roman. Mais les lettres sont tellement longues qu’on en oublierait ce qu’elles sont, s’il n’y avait pas des petits rappels de style épistolaire, ou des interventions de Têtard en dehors du récit qu’il narre. C’est au final, des lettres qu’on pourrait dire romancées et qui au delà de s’adresser au grand romancier japonais, maître de Têtard, s’adresse à chacun de nous. Si j’ai été surprise au début, on s’habitue néanmoins mais je n’ai pas trouvé que ça apportait quelque chose en plus au récit, peut-être un peu de dynamisme, mais encore. Par contre, la dernière partie du livre est la fameuse pièce de théâtre que Têtard souhaitait écrire, on passe dès lors d’un style épistolaire à un style théâtral. Je n’ai pas été fan de ce mélange des genres, surtout que la pièce ne m’a pas passionnée plus que ça. 

Au final, je sors de ce livre mitigée mais pourtant ravie d’avoir fait cette découverte, d’avoir appréhendé un nouveau style, un nouveau pays, une Histoire qui m’étais inconnue. Ma curiosité a donc été très satisfaite, mais à la découverte d’un prochain pays (je ne sais pas encore lequel), je me documenterai un peu plus dessus si le livre parle d’un sujet politique, histoire de comprendre un peu plus ce que je lis. Je serai curieuse de connaître les avis d’autres personnes l’ayant lu, n’hésitez pas !