C’est lundi que lisez-vous ? #1

Histoire de garder un peu animé le blog, un petit récapitulatif de mes lectures. Je vais reprendre le rendez-vous initié par Mallou et repris par Galleane qui consiste à répondre à 3 petites questions.

 

Qu’ai-je lu la semaine dernière ? 

Aurélien de Louis Aragon. J’étais sur ce petit pavé depuis le début de l’année et malgré le temps mis à le lire j’ai beaucoup aimé. C’est la première fois que je lisais du Aragon et je dois dire que son style m’a beaucoup plu, tout en suggestions et en nuances. On nous présente un canevas de personnages tous ayant une psychologie vraiment intéressante et développée, qui vont évoluer dans le Paris mondain de l’après-guerre. La guerre est d’ailleurs un thème qui revient souvent puisqu’il a beaucoup marqué le personnage éponyme. Mais Aurélien est avant tout un magnifique roman d’amour qui ne tombe pas dans le cliché grâce à sa multitude de détails qui créent le récit, aux différentes influences d’Aragon qui se croisent et aux nombreux rebondissements toujours placés dans des scènes clés hors du temps. Je l’ai principalement lu dans le métro et c’était vraiment agréable de pouvoir visualiser les lieux parisiens dont le roman est truffé, ça crée une complicité qui place la lecture dans une sorte de cocon et d’intimité avec les personnages. Je l’ai lu dans le cadre de mes cours et je le conseille vivement ! D’ailleurs si certains sont intéressés, je peux envoyer mon cours à la fin du semestre avec plaisir, par contre forcément il spoile !

 

Que suis-je en train de lire en ce moment ?

Chez soi, une odyssée de l’espace domestique de Mona Chollet. Un essai sur le thème de la maison, de l’espace à soi, sur l’accès aux logements, sur le fait d’être casanier, sur la conciliation entre sa vie en dehors de chez soi et sa vie domestique, sur la place de la femme dans ce logement… Sur plein de sujets qui concernent notre chez nous. Sujet assez original et écrit par une auteure dont j’avais déjà apprécié Beauté Fatale, les nouveaux visages d’une aliénation féminine mais pour l’instant je suis mitigée. Je trouve les idées développées vraiment intéressantes et parfois très originales mais l’auteur s’appuie beaucoup sur sa propre vie notamment pour les deux premiers chapitres. Cependant le chapitre que je viens de lire sur l’accès au logement, un chapitre plus économique que les deux premiers, était vraiment passionnant donc j’ai hâte de le continuer.

Que vais-je lire ensuite ?
Bon je pense que ça va être la question que je zapperai souvent, je ne prévois jamais mes lectures en avance car elles dépendent beaucoup de mon esprit du moment, de l’humeur où m’a laissée ma lecture, du temps que j’ai devant moi, etc. J’adore ce moment un peu indécis après une lecture où tous les possibles livresques me sont ouverts, tous les univers et les genres. Depuis quelques temps je lis pas mal de contemporain en tous cas, à voir si ça sera toujours le cas après mon essai !
Et vous que lisez-vous ? Très bonne semaine !
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Indigo de Catherine Cusset

Indigo - Cusset

Un festival culturel rassemble pendant huit jours en Inde quatre Français, deux hommes et deux femmes, qui ne se connaissent pas. Une surprise attend chacun d’eux et les confronte avec leur passé. Cette semaine bouleverse leur vie. De Delhi à Kovalam, dans le Sud, ils voyagent dans une Inde sur le qui-vive où, juste un an après les attentats de Bombay, se fait partout sentir la menace terroriste. Une Inde où leur jeune accompagnateur indien déclare ouvertement sa haine des États-Unis.
Une Inde où n’ont pas cours la légèreté et la raison française, où la chaleur exacerbe les sentiments, où le ciel avant l’orage est couleur indigo.
Au bout du monde, les quatre français se retrouvent en huis clos, face à leur passé et à leurs limites.

Première phrase : « On ne passe plus, alerte à la bombe ».

Edition : Folio

Nombre de pages : 328

Mon avis :

J’avais très envie de lire ce livre lorsque je l’ai aperçu l’année dernière dans la sélection du prix relay, alors quand il a été proposé en partenariat chez Livraddict, j’ai sauté sur l’occasion. J’en profite donc pour remercier Livraddict et Folio de l’envoi de ce livre.

Passons à la chronique qui ne va pas être très enthousiaste malheureusement. Je pense que j’attendais beaucoup de ce livre ce qui contribue en partie à ma déception.

Le résumé nous situe un an après les attentats de Bombay où se fait encore « sentir la menace terroriste ». Cette mention me faisait penser qu’il y aurait un cadre politique plus présent que ce qu’il en est. Certes il y a des mentions de ces attentats, mais cela reste faible. Le contrôle est renforcé, il y a des militaires, mais ces contrôles décrits ne débouchent à rien dans l’intrigue générale. Ils donnent juste l’ambiance de l’Inde après ces évènements.

On rencontre plusieurs personnages dans ce roman polyphonique, les chapitres alternent les points de vue de trois d’entre eux, et nous laisse dans un certain flou concernant Raphaël, le plus mystérieux et renfermé de tous. Nous avons donc Géraldine, expatrié en Inde elle s’occupe de la rencontre entres les invités conviés, et les invités : Charlotte, Roland et sa compagne Renata, et Raphaël.

Je dois admettre que les histoires de tous ces personnages m’ont laissée un peu indifférente, ils sombraient tous dans le cliché. Raphaël le taciturne à l’enfance torturée, Roland l’homme à femme bon vivant et enjoué, Charlotte femme froide et hautaine en quête d’un souvenir de sa meilleure amie perdue, et Géraldine heureuse avec son mari et son enfant qui va révéler ses failles peu à peu. Des personnages à priori banals qui nous dévoileront et se dévoileront leurs secrets, leurs faiblesses. J’aurai aimé que les interactions entre eux soient plus développées, que les personnages interagissent plus entre eux. Là on se contente d’intrigues principalement entre Roland et sa compagne, et Géraldine et Raphaël. Il aurait été intéressant de les voir dans un vrai huis clos comme le vante la quatrième de couverture, où les échanges auraient alors été plus vivants. Là le « huis clos » se résument à l’Inde…

Dans les dernières pages tout s’accélère et le rythme devient plus intense, des éléments imprévus font effet de surprise et cassent quelques impressions que l’on a eu pendant la lecture du récit. Mention particulière à l’intrigue Roland/Renata qui aborde un thème intéressant.

Les thèmes abordés sont d’ailleurs très nombreux, voire trop ce qui ne donne pas la possibilité de tous les creuser : le deuil, la rupture, le mariage, la paternité imposée, l’Inde avec ses contrastes de développement, l’écriture… Des thèmes touchant à la vie quotidienne ou à l’actualité, qui peuvent donner lieu à des recherches de la part du lecteur ensuite.

Le style de l’auteur est agréable à lire, fluide, brut aussi bien que parfois très doux, Catherine Cusset arrive très bien à rétablir des ambiances, des impressions et réussi à nous faire ressentir les émotions et les atmosphères des lieux, des conversations. Elle gère son récit polyphonique de manière maîtrisée, et jongle ainsi entre les personnages et le temps. Les points de vue alternatifs permettent de décrire ce qui se passe au même moment dans des endroits différents, ou même si l’endroit est le même, d’une perspective différente.

Pour conclure, une découverte que je ne regrette pas mais je m’attendais à un roman plus épique et un peu plus dynamique que ce que nous propose l’auteur…

Quelques livres en vrac… (5)

Ça faisait longtemps que je n’avais pas fait un petit melting-pot de mes lectures avec des avis rapides, donc en voilà un nouveau pour quelques livres dont j’aimerais vous parler !

Sinon, j’en profite pour des petites nouvelles, je rentre en partiels lundi pour deux semaines mais après je serai en vacances (enfin cela dépend de si je travaille maintenant ou plus tard en été…). J’espère en profiter pour pouvoir lire lire lire et lire (si possible au soleil), et donc chroniquer ! Voilà, voilà, passons aux livres !

 

Hôtel Particulier - SorelHôtel Particulier
Guillaume Sorel

Genre dont je vous parle très peu (jamais ?), voilà un roman graphique que j’ai véritablement adoré et qui a été un joli coup de cœur. Les dessins sont vraiment enchanteurs, baignés d’une lumière magnifique, dans les tons épurés qui donnent un côté très tendre à l’histoire, et qui sait devenir plus cruelle avec des couleurs stridentes. L’histoire mêle le fantastique avec le réel mais de manière si naturelle que cela parait normal. Il y a un grand nombre d’allusions littéraires très appréciables et originalement exploitées. Je ne trouve rien à lui reprocher et je pense l’acheter dès que possible pour le relire ou du moins le feuilleter souvent ! Recommandé très fort, il se lit vite, se trouve généralement en bibliothèque, il n’y a aucun échappatoire possible là. 😉

Édition : Casterman

Le ProcèsLe procès - Kafka
Franz Kafka

Je découvre cet grand auteur pour les cours, et puis un peu parce que je vais à Prague quelques jours en vacances alors c’était quand-même bien de découvrir cet auteur avant pour visiter son musée consacré ! Je suis ressortie de cette lecture totalement perdue, je ne savais pas quoi en penser, si j’avais aimé ou non, etc… Au final j’en garde un assez bon souvenir, surtout grâce aux études que j’ai pu lire sur ce texte qui me l’ont éclairé. Une bonne découverte, surprenante et intéressante.

Édition : Folio Classique

Le ravissement de Lol V. Stein - DurasLe ravissement de Lol V. Stein
Marguerite Duras

Une petite nouvelle de cette grande auteure si connue et un peu intimidante… Eh bien c’est un style grandiose que j’ai rencontré, elle introduit ici un procédé très intéressant, celui de nous narrer l’histoire à travers un narrateur interne à l’histoire, qui connaît les personnages, mais qui ne nous est pas présenté. Assez déstabilisant et intrigant beaucoup ! L’histoire en elle-même n’est pas passionnante mais tellement courte qu’on l’avale très rapidement, malgré le malaise que Duras insinue au fil des pages. Je continuerai ma découverte de l’auteur !

Édition : Folio

Une poignée de gensUne poignée de gens - Wiazemski
Anne Wiazemski

Magnifique livre ! J’avais déjà lu Une année studieuse de l’auteure dont la plume tout en finesse, évoquant le sujet de l’amour mais sans niaiserie m’avait séduite, et j’ai été très heureuse de la retrouver. Ce livre nous plonge dans l’univers paysan de la Russie du début du XXème siècle pendant la seconde guerre mondiale, lorsque les Bolchevicks cherchaient à s’emparer du pouvoir et que les paysans se révoltaient. Pour cela on entre dans l’histoire d’une grande famille de Russie à travers la figure de Nathalie, qui épouse le prince de la maison.
L’histoire des premiers chapitres qui se passe en 2004 n’a comme but que de nous introduire l’histoire grâce à Marie qui va se retrouver à s’intéresser à ses racines russes pour x raison.  Les transitions entre les deux époques sont bien menées et peu nombreuses, heureusement car le roman étant court trop d’aller retour n’aurait pas permis d’aller au fond des choses.
C’est donc un roman sur les origines, sur la condition paysanne et noble au début du XXe en Russie, sur la Seconde guerre mondiale, mais également un roman sur la famille, et qui se fonde sur une belle histoire d’amour qui m’aura fait verser une ou deux larmes à la fin…
Bref, je conseille vivement !

Édition : Folio

Ce qui nous lie - BaillyCe qui nous lie
Samantha Bailly

J’ai beaucoup aimé le style d’écriture de l’auteur qui malgré une simplicité apparente trouve des formules qui marchent, qui font mouche et qui révèlent un vrai travail sur les mots. Malgré tout les dernières pages ne m’ont pas spécialement emportées, je suis restée assez distante vis à vis de l’héroïne même si l’auteur a réussi à m’arracher une petite larme au début du livre. Du coup ce début que j’ai beaucoup aimé en m’a fait attendre sûrement trop pour la suite qui ne m’a pas convaincue, du moins sur la romance car j’ai trouvé la relation entre Raphaël et Alice assez déplaisante. Sinon l’idée des liens entre les gens est très originale et m’a beaucoup plu. Par contre au niveau des personnages j’ai beaucoup aimé Jonathan et Sébastien, ainsi et surtout que la grand-mère d’Alice à laquelle on s’attache très vite. Une bonne découverte au niveau du style donc, mais la romance m’a un peu refroidie…

Édition : Milady

J’espère que ces avis vous donneront envie, et n’hésitez pas à me dire si vous en avez lu certains ce que vous en avez pensé ! 😉

La Princesse de Clèves de Madame de La Fayette

La Princesse de Clèves - La Fayette

La Princesse de Clèves met en scène, à la cour du roi Henri II, un trio tragique : le duc de Nemours est épris de la princesse de Clèves, qui l’aime en retour, mais est adorée de son époux… Par refus de s’abandonner à une passion coupable, la princesse commet l’irréparable : elle avoue tout au prince. Et cet aveu central dont dépend l’issue du drame a fait couler beaucoup d’encre, ainsi que le résume la romancière Marie Darrieussecq : « Les premiers lecteurs de Mme de La Fayette, au XVIIe siècle, le jugèrent invraisemblable : quelle épouse pense devoir informer son mari de ses tentations adultères ? Au XVIIIe siècle, cet aveu, on l’a trouvé charmant. Au XIXe, immoral. Au XXe, idiot : mais quelle l’épouse donc, son bellâtre de cour ! Et au début du XXIe, on dit qu’il ne faut plus lire ce livre, mais c’est encore une autre histoire. »

Première phrase : La magnificence et la galanterie n’ont jamais paru en France avec tant d’éclat que dans les dernières années du règne de Henri second.

Edition : GF Flammarion

Nombre de pages : 362 pages

Mon avis :

La princesse de Clèves… Lorsque l’on en entend parler sa réputation de roman ennuyeux, plein de noms et d’intrigues de cour précède le roman en lui-même. Et à tort !

J’étais la première, ou en tous cas pas la dernière à le penser. Je l’avais lu en seconde et ça avait été assez laborieux, je crois même que j’avais sauté pas mal de pages dans la première partie. Et ma relecture fut une véritable découverte, j’ai donc très hâte de l’étudier à la fac pour en voir tous les mécanismes cachés.

Il est vrai que la première partie est remplie de 25 noms par pages, d’alliances entre diverses personnes, de maîtresses, de roi et de reines… Et il y a facilement de quoi se perdre. Mais finalement j’ai beaucoup aimé cette première partie où avec quelques retours en arrière pour se souvenir qui est telle personne ou telle autre, on arrive à avoir un aperçu de la cour assez global et cela permet de situer La princesse de Clèves par rapport à toutes ces personnes. De plus, on ne reste pas uniquement concentré sur la cour dans laquelle la Princesse évolue, il y a également des retours dans le passé sur certaines intrigues pour mieux comprendre les rivalités qui sont en place au moment où se passe l’histoire.

Mais il y a aussi la description de l’héroïne, Mademoiselle de Chartres, future Princesse de Clèves : une très jeune-femme n’ayant jamais vécu à la cour et donc très pure, vertueuse, mais également pleine d’éclat et d’une grande beauté. Beauté dont on comprend qu’elle l’expose particulièrement dans un lieu où elle est louée.

Dans tout le livre il y a vraiment un côté tragique, on sait que ça ne finira pas bien et la fin n’est pas l’intérêt du livre même, l’intérêt c’est cette sorte de destin funeste que les personnages eux-mêmes s’emploient à mettre en place au nom de convictions, de principes, de respect d’une personne.

La Princesse de Clèves est également connu comme le premier roman psychologique français, et cette fois à raison.  La Princesse de Clèves est torturée par ses sentiments, elle se découvre au fur et à mesure du roman, découvre ce qu’est l’amour, la jalousie, elle analyse son comportement et ce que ses actions ou celles d’autrui pourrait provoquer.

Ce thème principal de l’amour (interdit) rappelle les romans précieux par les personnages de la Princesse et du Duc de Nemours, son amant interdit, qui sont tous les deux supérieurs aux autres par leur beauté et leur éclat ; par les nombreuses réunions dans les salons où l’amour est le thème principal des conversations…

Mais j’ai surtout pensé au libertinage à la lecture de ce roman. Il se voit particulièrement à travers les conversations dans ses salons où il s’agit de séduire mais sans se faire remarquer des autres, donc en utilisant un langage propre, des moyens détournés pour se faire comprendre de la personne désirée. On voit également le libertinage dans le personnage du Vidame de Chartres qui est loin d’être fidèle, mais également dans le comportement de Madame de Thémines, une soi-disant veuve éplorée…

Sinon, mis-à-part la première partie du roman, et encore, je trouve ce livre plein de rebondissement et d’actions (oui, oui, d’actions). La passion qui ressort de ces pages donne un véritable élan au roman, une étincelle qui fait qu’on suit les personnages dans leur amour.

Je pense également que le fait de l’avoir déjà lu m’a apporté un regard différent que lors de ma première lecture, je savais sur quoi il fallait que je m’attarde, j’ai fait attention à des détails que je n’aurai pas forcément vu en le lisant pour la première fois… Un livre à lire et à relire donc !

Evidemment le style est délicieusement suranné, les constructions ne sont pas les mêmes au XVIe siècle qu’au XXIe forcément mais on se régale. Il y a une grande délicatesse, une certaine pudeur, un style assez naturel et pas prétentieux du tout.

Pour conclure, la redécouverte d’un magnifique classique de la littérature française qui montre les ravages que la passion peut faire dans le cœur d’une jeune-femme vertueuse, méritante et honnête,  et les tourments qu’elle peut apporter.

Le choeur des femmes de Martin Winckler

Le choeur des femmes - Winckler

Je m’appelle Jean Atwood. Je suis interne des hôpitaux et major de ma promo. Je me destine à la chirurgie gynécologique. Je vise un poste de chef de clinique dans le meilleur service de France. Mais on m’oblige, au préalable, à passer six mois dans une minuscule unité de  » Médecine de La Femme « , dirigée par un barbu mal dégrossi qui n’est même pas gynécologue, mais généraliste! S’il s’imagine que je vais passer six mois à son service, il se trompe lourdement. Qu’est-ce qu’il croit? Qu’il va m’enseigner mon métier? J’ai reçu une formation hors pair, je sais tout ce que doit savoir un gynécologue chirurgien pour opérer, réparer et reconstruire le corps féminin. Alors, je ne peux pas – et je ne veux pas – perdre mon temps à écouter des bonnes femmes épancher leur coeur et raconter leur vie. Je ne vois vraiment pas ce qu’elles pourraient m’apprendre

Première phrase : « Qu’est-ce qu’on m’avait raconté déjà ?

Edition : P.O.L

Nombre de pages : 601

Mon avis :

Premier livre de l’année et découverte magnifique. J’ai avalé les 600 pages en 3 jours, et je me réveillais le matin avec le souvenir du moment où je m’étais arrêtée. Vraiment, un énorme coup de cœur. Je vais essayer d’expliquer pourquoi j’ai tant aimé, mais ce n’est jamais évident.

Nous suivons Jean Atwood, prononcez Djinn, une interne brillante et arrogante pour qui l’important est d’être en salle d’opération, point barre. Mais pour finir son internat, elle doit passer dans le service « Médecine de la femme » de l’hôpital où elle travaille. Service dirigé par le docteur Franz Karma, un médecin à l’écoute ses patientes, qui ne suit pas les dogmes enseignés en fac de médecine et utilise des méthodes peu orthodoxes, et qui est d’une humilité incroyable. Alors passer six mois dans le service de ce médecin, généraliste et même pas gynécologue, à écouter des « bonnes femmes » parler de leurs soucis, ça ne lui plaît pas du tout.

Evidemment, il va y avoir une évolution dans le comportement de Djinn, ça on s’en doute, de plus on sent qu’il y a un secret dans le choix de la spécialisation de Djinn, un secret personnel qui se dévoile peu à peu, mais au final, ce n’est pas tout ça l’important même si ça porte bien le récit et que ça nous pousse à continuer, en tous cas une curieuse comme moi.

L’important c’est les consultations que l’on suit, les apprentissages que l’on fait, ce que l’on apprend sur la médecine française et étrangère, les éclairages que ce livre nous apporte sur des pratiques gynécologiques…

Ce récit polyphonique mêle la voix de Jean, de patientes, d’infirmières, de secrétaires… On a tour à tour le regard des uns sur les autres. Chaque personnage possède un style bien particulier, Jean est très crue, elle a un parler relativement oral et un ton mordant qui donne une bonne impulsion au roman ainsi que son côté amusant. Les patientes sont tour à tour désespérées, angoissées, déterminées, curieuses… Mais cela ne tombe jamais dans le pathos.

A travers les prises de position du docteur Karma, l’auteur-médecin fait passer ses convictions et transforme ce roman en manifeste pour une médecine plus psychologique et plus proche des patients : « Tu ne soignes pas des résultats d’analyses, tu soignes des personnes » ; « c’est aux professionnels d’adapter leur savoir-faire aux patientes, et pas l’inverse » ; « Beaucoup de médecin pensent que ‘si c’est pour le bien des patientes’, la douleur est justifiée. Aucune douleur n’est justifiée. Jamais. Et la moindre des choses pour un soignant, est de toute mettre en œuvre pour ne pas faire mal ».

Il met l’accent sur l’absence de formation au dialogue, à la communication, à l’écoute du patient dans l’apprentissage français de la médecine, et montre que les étudiants sont totalement formatés à une étude clinique : « je parle de la manière dont les patrons à qui vous avez eu affaire vous ont déformé pour vous transformer en robots ! » Ce côté très engagé peu certainement faire un peu peur, car il ne prend pas de gant et est assez virulent, et c’est ce qui m’a plu car j’ai une petite connaissance personnelle de ce monde médical et ce livre est arrivé particulièrement au bon moment en ce qui me concerne. Surtout qu’il fait passer ses convictions par des personnages, personnages qui sont plein d’émotions, qui pleurent, se mettent en colère, ne mâchent pas leur mot, et c’est ça aussi qui donne un ton si entraînant et si dynamique à ce roman.

Il critique également grandement les laboratoires pharmaceutiques et leur stratégie marketing importante auprès des médecins et autres professionnels de la santé, leur manière de faire, etc.

Un petit avis sur la fin, qui nous emmène très (trop ?) loin et qui nous plonge dans une histoire de famille assez alambiquée, je reconnais que c’est un peu tiré par les cheveux, mais j’ai tellement aimé ce livre, que ça ne m’a absolument pas dérangée, j’étais tellement attachée à Djinn que je voulais continuer un bout d’histoire avec elle, en savoir plus sur elle, quitte à ce que ça soit rocambolesque. J’espérai que des pages apparaîtraient par magie pour que ce livre ne finisse jamais… Et c’est à mon sens le plus beau compliment que l’on peut faire à un livre.

Au final, je pense que c’est un livre que tout le monde devrait lire : les médecins pour se remettre en question (et certains en auraient bien besoin), les femmes pour savoir ce qu’elles doivent attendre et ce qu’elles peuvent exiger ou refuser à leur gynécologue (ce n’est pas toujours facile de s’opposer à un Médecin avec un grand M, et ce livre en donne le courage), les hommes pour connaître un peu mieux les problèmes auxquels les femmes peuvent être soumises. J’espère que j’ai réussi à faire transparaître tout ce qui m’a plu dans ce roman en tous cas, et que je vous donne envie de le lire, car vraiment, il est à découvrir. 

« D’abord, ce n’est pas ‘faux’, c’est ce que [cette femme] ressent. Son interprétation n’est peut-être pas conforme aux acquis de la science, mais elle lui permet d’appréhender la situation d’une manière intelligible, de ne pas se laisser gagner par la panique. Notre boulot ce n’est pas de lui dire que ce qu’elle ressent est ‘vrai’ ou ‘faux’ mais de chercher pour son bénéfice et avec son aide, ce que ça signifie. »

La nuit des temps de René Barjavel

La nuit des temps - Barjavel

Dans l’immense paysage gelé, les membres des Expéditions Polaires françaises font un relevé sous-glaciaire. Un incroyable phénomène se produit : les appareils sondeurs enregistrent un signal. Il y a un émetteur sous la glace…

Première phrase : Ma bien-aimée, mon abandonnée, ma perdue, je t’ai laissé là-bas au fond du monde, j’ai regagné ma chambre d’homme de la ville avec ses meules familiers sur lesquels j’ai si souvent posé mes mains qui les aimaient, avec ses livres qui m’ont nourri, avec son vieux lit de merisier où a dormi mon enfance et où, cette nuit, j’ai cherché en vain le sommeil.

Edition : Pocket

Nombre de pages : 394

Mon avis :

J’ai lu ce livre dans le cadre d’un club de lecture qui s’est déroulé il y a maintenant plus de deux semaines (je suis d’une telle ponctualité…), club de lecture dont il ressorti que nous avons toutes eu le même avis : une GROSSE déception. Et pourquoi donc ?

Petit avertissement avant que vous lisiez la chronique, la quatrième de couverture dévoile très peu l’intrigue du roman, et le plaisir que j’ai pu avoir en lisant sa première partie venait de ce flou, du fait que je voulais en savoir plus. Cependant pour ma chronique je suis quand même obligée de parler de l’intrigue (trop fou, n’est-ce-pas ?), donc ceux qui prévoient de le lire, si vous continuez à lire ces lignes, vous le faite en toute connaissance de cause !

Un petit résumé tout d’abord : nous sommes en Antarctique avec une équipe de scientifiques français qui effectuent des recherches dans cet univers froid et gelé. Ces scientifiques font découvrir un émetteur sous la glace et en creusant, ils vont trouver un homme et une femme cryogénisés qui ont plus de 900 000 ans (j’avais un peu une vision de Blanche-Neige sous son cercueil de verre). Ils vont réanimer la jeune femme qui se nomme Elana, et grâce à elle découvrir cette civilisation qui est la plus vieille jamais découverte.

Franchement, c’est sympa comme trame, non ? (Même si le fait qu’ils aient une technologie plus avancée que la notre 900 000 ans auparavant et qu’on en ait retrouvé aucune trace me laisse fort perplexe).

Pendant la première partie, on suit les scientifiques dans leurs recherches, comment ils vont réussir à atteindre cet émetteur, l’émulation que cela provoque en Antarctique où de nombreuses unités de chercheurs sont rassemblées par nationalités. Cette découverte demandant des moyens techniques rares, toutes les nations vont s’unir et il va se tisser des liens entre différents membres. On voit également l’impact que cette découverte a sur le grand public, sur les différents pays qui vont essayer de s’accaparer les choses qui vont se découvrir par la suite, la réaction de l’ONU, etc. Il y a quelques petites incohérences à ce niveau, mais ça ne gène pas. J’ai vraiment lu cette première partie en étant emportée et j’avais bien envie de savoir la suite. Qui s’est avérée bien décevante…

La seconde partie commence lors de la découverte des deux corps et le réveil d’Elana. Grâce à des appareils technologiques, beaucoup plus avancé que les notres, qui ont été conservé dans le lieu où était les deux corps, elle peut se nourrir et montrer sa vie d’avant aux scientifiques. Cette partie se centre donc sur un retour dans ce monde vieux de 900 000 ans. Bon, déjà l’idée peut être paraître pas si mauvaise mais personnellement j’aurai préféré que l’histoire continue son côté un peu archéologique et scientifique avec des recherches, etc. mais bon ce n’est pas le cas, donc pourquoi pas s’embarquer dans ce monde.

Et là catastrophe : l’auteur a choisi de développer cette civilisation sous un angle entièrement amoureux à travers lequel on découvre des pans de cette vie passée. C’est assez intéressant d’un côté car on a l’impression que c’est un monde parfait, avec une technologique qui dépasse totalement la nôtre, mais on se rend rapidement compte que tout n’est pas si rose, quelques concepts intéressants sont abordés mais malheureusement peu développé. Et puis le côté amoureux est d’un niais… Vraiment les scènes érotiques sont dignes d’un harlequin et il n’en ressort aucun sentiment. Je n’ai pas envie de trop développer pour laisser la découverte, mais il n’y a aucun libre-arbitre dans cette société, notamment dans la relation amoureuse justement, et ça m’a fortement déplu. Autre point, le narrateur principal, Simon, passe son temps à se plaindre, il est tombé fou amoureux d’Elana au premier regard alors même qu’ils ne s’étaient pas parlé, amour qui ne sera jamais réciproque, et engendrera les plaintes (exemple avec la première phrase). Elana est de plus décrit uniquement comme belle, et l’homme dans la pièce avec elle, est l’intelligence même. Bonjour les clichés… Années 60 d’accord, mais quand même. J’ai beaucoup à reprocher à ce roman mais je vais éviter de trop en dire sinon ça en dévoilerai trop sur l’intrigue.

Je vais juste parler un peu de la fin qui est une sorte de Roméo et Juliette à la sauce sciences-fiction, alors ça peut peut-être plaire, mais moi Roméo et Juliette, ça ne me touche pas du tout. (je vais me faire des ennemis là…). 

Donc bon… Une grosse déception pour moi, j’ai trouvé le côté sciences-fiction vraiment très mal exploité, l’idée de base était vraiment très bonne mais son développement est un vrai gâchis à mon goût. 

La Liseuse de Paul Fournel

La liseuse - Fournel

«Regardez, le texte s’ouvre.
– Et j’avance comment?
– On tourne les pages dans le coin d’en bas avec le doigt.
– Comme un bouquin?
– Oui, c’est le côté ringard du truc. Une concession pour les vieux. Quand on se souviendra plus des livres, on se demandera bien pourquoi on avance comme ça. Autant défiler vertical. Scroller. Ce serait plus logique.
– C’est Kerouac qui va être content.»
Robert Dubois, éditeur de la vieille garde, se voit remettre une liseuse par une stagiaire. Quelque chose couve qui pourrait être une révolution et cette perspective le fait sourire.
Un roman aussi tendre que drôle sur ce que lire veut dire.

Première phrase : Longtemps j’ai croisé les jambes dessus pour un peu de détente, d’élévation, pour un peu de sang au cerveau, maintenant il m’arrive de plus en plus souvent d’y poser la tête, surtout le soir, surtout le vendredi soir. 

Edition : Folio

Nombre de pages : 190

Mon avis :

fragoliseuseLa Liseuse. Sans attendre d’ouvrir la première page, le titre donne le ton. Nous sommes en pleine transition entre La Liseuse de Fragonard et la liseuse, ce petit objet électronique pouvant contenir plusieurs étagères de livres. Paul Fournel, écrivain et éditeur reconnu, nous présente un portrait de l’édition contemporaine à travers lequel il questionne le devenir de l’édition traditionnelle avec l’arrivée du numérique. Comment la petite liseuse en robe jaune s’adaptera à ce nouvel instrument, comment cet étrange instrument arrivera-t-il à séduire la jeune fille ? 

Nous rencontrons Robert Dubois, éditeur depuis trente ans habitué à ses manuscrits d’encre et de papier. Il nous présente son univers d’éditeur parisien de Saint Germain des Prés qui va lire ses manuscrits dans une bonne brasserie traditionnelle, univers qui m’a paru très confiné. Je l’imaginais parfaitement dans un petit bureau assez sombre avec de baux meubles en bois jonchés de pile de manuscrits. Le premier sentiment que l’on ressent est une certaine lassitude, un désabusement vis à vis de son métier : toujours les mêmes histoires dont il connaît le déroulement au bout de 7 pages lues, plein de têtes formées au métier « pour mieux les broyer ensuite« … Mais malgré ça on sent son amour profond pour la littérature, l’espoir qui ne quitte jamais un éditeur de découvrir LE roman qui se vendra bien, le plaisir de lire une belle poésie sur un banc au soleil, de déjeuner avec ses auteurs, rencontrer ses représentants… 

On voit également que l’édition est maintenant un monde dominé par l’économie à travers la figure de Meunier, un étudiant banquier arrivé dans l’édition qui propose quelques solutions farfelues pour faire vivre la maison d’édition, se réjouit des départs en retraite, demande à combien peut se vendre un livre avant d’en savoir l’histoire, etc… A travers cette phrase « Nous avons vidé les livres de ce qu’il y avait dedans pour en vendre d’avantage et nous n’en vendons plus. C’est notre faute » nous voyons le désenchantement de l’éditeur qui ayant toujours préféré « les livres à l’argent » accuse la perte de la littérature d’être responsable des chiffres en baisse. Je ne suis pas complètement d’accord même s’il y a sûrement un peu de vrai, je pense que la vente des best-sellers attendus par le grand public (je ne citerai pas de noms mais on se comprend bien j’espère !) permettent de financer des textes un peu plus littéraire dans lesquels les éditeurs croient mais qui ne se vendront pas assez pour rentabiliser le travail qu’ils ont demandé. 

Mais voilà qu’arrive une stagiaire qui lui donne une liseuse. Celle-ci fait mauvaise impression aux premiers abords : froide, où disparaissent les pages tournées, impossible de la froisser, de la tâcher, trop propre au final, trop inhumaine. Puis l’éditeur l’apprivoise, et voit en elle un moyen de sortir de la lassitude qui l’avait envahi. Il comprend qu’elle peut être un support de développement novateur pour la littérature qui va vite devenir un jeu. Elle peut être présentée sous des formats peu classiques : applications sur téléphone, textes éphémères, relecture des classiques de manière différente avec des ajouts d’image, un enrichissement du texte, des jeux sur le texte, des devinettes très écrites…

Cependant, l’éditeur soulève aussi les problèmes que posent cette nouvelle manière d’aborder le livre. Comment gérer ce changement des droits éditoriaux auxquels s’ajoutent les droits électroniques, le problème du piratage, et quel impact aura la liseuse sur les modes de lecture, car en plus d’être un outil pour lire, c’est aussi un outil de distraction. Ainsi pouvons-nous donc encore nous concentrer sur la littérature uniquement et seulement, avec ce mode de lecture ?

Pour ma part, je ne suis ni pour ni contre la liseuse. Je pense que c’est un outil intéressant qui a plusieurs avantages et qui peut être bien utile, mais j’aurai je pense du mal à lire dessus pour la simple et bonne raison que je retiens très mal quand je lis sur écran et que je suis une petite mémé qui a beaucoup de mal avec le changement… Et même si je m’y fais j’aurai toujours besoin de mes livres pour la simple et bonne raison que j’aime me mettre devant ma bibliothèque et regarder rêveusement tous mes bouquins adorés.

Oh? et vous ai-je dit qu’Alain Fournier était le président de l’OuLiPo ? Ce qui se justifie totalement grâce à une petite note en fin d’ouvrage où il explique que son texte est composé comme une sextine, une forme poétique inventée au Moyen-Âge par un troubadour, ce qui explique quelques particularités dans le style qui peuvent parfois interloquer. Parlons justement du style, très agréable et vivant grâce aux dialogues plein de grâce et de réalisme, de jolies phrases pour un bien joli livre.

Pour conclure, nous avons un portrait original et nuancé de ce monde éditorial, avec un auteur/éditeur qui au lieu de rechigner devant le numérique et de se braquer contre ce nouvel objet en profite pour écrire un livre où il y montre l’intérêt de cette technologie et l’usage qu’on pourrait en faire. La liseuse pourrait alors finalement plaire à La Liseuse, mais il ne faudra pas pour autant qu’elle oublie ses livres papiers, l’un ne remplaçant pas l’autre mais se complétant.