Bilan livresque de 2015

Pendant l’année 2015 j’ai pu lire 43 livres soit 18581 pages ce qui est un bon bilan pour moi. Mais ce dont je suis le plus contente c’est la diversité qu’il y a dans ces livres : classiques, poésie, contemporain, jeunesse, SFFF, théâtre… Ça manque juste un peu d’essais ! Pendant cette année j’ai pu renouer avec certains de mes auteurs adorés, en découvrir d’autres, être surprise par certains… Revenons sur les livres qui m’ont marquée.

J’ai continué ma découverte de Romain Gary, plus je côtoie cet auteur, plus je l’aime ! Pour tout dire, j’envisage même la possibilité de faire mon mémoire de master en rapport avec lui, je laisse ça mûrir jusqu’en septembre prochain ! J’ai lu cette année Les enchanteurs et La promesse de l’Aube, dans le premier on suit un enchanteur et son père qui combattent la Réalité sur près de 200 ans, le second est autobiographique et centré sur la relation si particulière entre l’auteur et sa mère. J’ai préféré celui-ci mais il faut dire que j’ai un faible pour les autobiographies et le ton qu’emploie Gary pour parler de lui-même, une prétention ironique chargée d’auto dérision, est plein de charme et d’humour. Et c’est grâce à ce style si particulier que Gary arrive à faire de sa vie un véritable roman et des gens qui l’entourent des personnages hors du commun. En premier lieu sa mère, femme de caractère, pleine d’ambition pour son fils et jamais à court de ressource, totalement fantasque par sa démesure mais terriblement attachante. On suit leurs vies de la naissance de Romain Gary en actuelle Lituanie, à la fin de la seconde guerre mondiale, 400 pages où se dévoile tout l’amour d’une mère hors du commun.

L’année a commencé avec des lectures classiques sur le thème des « visages d’Eros » que j’étudiais dans mon cours de littérature comparée. J’ai donc pu découvrir Goethe, Garcia Marquès et Laclos que je devais lire depuis un moment. Ma préférence a été sans aucun doute à L’amour aux temps du choléra, j’en garde le souvenir d’un livre qui fait voyager, qui a une atmosphère vraiment particulière faite d’enchantement, de volupté et d’un arrière-goût un peu amer. Les trois protagonistes sont vraiment intéressants et parfois même surprenants, la narration non-linéaire renverse l’idée que l’on pouvait se faire d’eux au départ et c’est un point que j’ai beaucoup apprécié, j’aime être surprise dans mes lectures ! J’ai bien aimé Les liaisons dangereuses mais c’est surtout l’étude qu’on en a faite qui m’a beaucoup intéressée, par contre Les souffrances du jeune Werther n’ont pas trouvées grâce à mes yeux, mais je ne suis pas une grande fan des héros romantiques…

Niveau jeunesse/young adult j’ai fait connaissance avec l’auteure Rainbow Rowell qui a su faire battre mon cœur de midinette avec Attachements et Fangirl, avec une préférence pour le deuxième. Outre la romance qui est plus surprenante qu’on pourrait le croire au début du roman, l’auteure aborde à chaque fois des thèmes variés et intéressants : la gémellité, l’univers des fan-fiction, l’entrée à la fac et les attentes qu’on peut en avoir… Le tout avec justesse, tendresse mais aussi beaucoup d’humour. Cat est une héroïne vraiment attachante et on avale les nombreuses pages du livre avec délice ! J’ai également lu La bibliothèque des cœurs cabossés de Katarina Bivald, une trame narrative pas forcément surprenante mais l’évocation de nombreux classiques de la littérature m’a beaucoup plu et l’auteure pose des problèmes intéressants sur les choix qu’on peut faire et le courage qui doit les accompagner. Mais en bref, c’est surtout un livre qui fait du bien au moral !

En SF j’ai enfin découvert le fameux livre d’Alain Damasio, La horde du contrevent qui m’a tenue en haleine grâce à une intrigue complexe et passionnante, aux personnages nombreux et ayant chacun leur particularité. On s’attache beaucoup à eux et on apprend à les connaître grâce au style qui change en fonction du personnage, ils ont chacun leur manière de raconter les choses, de les voir, et ce mode de narration un peu complexe à suivre au début est vraiment intéressant, il permet de voir le même évènement de différent point de vue et surtout de mieux cerner les personnages sans passer par de longues explications et en étant plus subtile.
Et en fantasy j’ai fini la saga de L’Assassin Royal de Robin Hobb, commencée il y a bien quatre ans, j’ai avalé les six tomes qui me manquaient pendant l’été, je ne vais pas trop en parler vu que je spoilerai la moitié de la série mais j’ai adoré retrouver les intrigues politiques de Castercelf et les nombreux personnages qui peuplent cette ville.

Et pour finir le contemporain ! J’ai fait une bonne moisson cette année, entre découverte ou redécouverte de certains auteurs.
Muriel Barbery a sorti son troisième livre La vie des elfes que j’attendais avec impatience et qui ne m’a pas déçu même s’il est complètement différent de L’élégance du hérisson. On nage dans une ambiance féérique à la limite de l’onirisme. On connaît finalement très peu les personnages, on n’a pas leur psychologie entière mais juste des esquisses qui vont à l’essentiel. C’est surtout l’atmosphère qui est très particulière, j’avais l’impression d’être en suspension quand je lisais. Tout est dessiné de manière à peine appuyé, on suit les mots en se laissant emporter et sans se poser de questions. L’écriture est magnifique, je pense que c’est un roman à lire à voix haute pour vraiment s’immerger dans cette campagne farouche entourée d’une certaine magie sombre et de beaucoup de mystères.

J’ai aussi redécouvert Catherine Cusset, je n’avais pas trop aimé Indigo mais Un brillant avenir a eu plus de succès. Il s’étale sur plusieurs années, nous suivons l’histoire d’Hélène en alternant des chapitres biographiques qui racontent son histoire et des chapitres plus actuels, de nombreux thèmes sont abordés à travers cette femme forte qui a émigré aux États-Unis avec son mari et son fils : le deuil, la religion, l’éducation, l’indépendance des enfants… Je ne saurai pas vous le résumer brièvement, surtout qu’une partie du plaisir vient de la découverte de l’histoire d’Hélène, mais je vous le conseille vivement !

Dans les découvertes : Joël Dicker et Thomas B. Reverdy. J’ai enfin lu La vérité sur l’affaire Harry Québert du premier, je l’ai commencé sans trop savoir de quoi ça parlait et j’ai beaucoup aimé. Cela faisait longtemps que je n’avais pas été prise dans un roman comme ça, l’envie de savoir ce qu’il va se passer, lire quelques pages même si ce n’est que deux dès qu’on en a l’occasion… Ce thriller est assez original puisqu’il détourne un peu les codes du genre, déjà il s’étale sur 850 pages, ensuite la temporalité est assez large et le récit ne suit pas une ligne chronologique, on fait des bonds dans le passé, les points de vue sont variés et présenté très subjectivement sans trop de mise à distance donc on a du mal à démêler le vrai du faux. Il y a des réflexions intéressantes sur l’écriture, sur les relations, la vie dans les petites villes, mais surtout j’ai admiré les renversements de situation que l’auteur mène d’une main de maître ! Bon je suis un peu nulle pour trouver la fin des livres, là j’en imaginais une qui me plaisait déjà bien mais l’auteur réussit à aller encore plus loin et j’ai beaucoup aimé être surprise comme ça. J’ai eu la suite à noël, Le livre de Baltimore, j’espère qu’il sera aussi bien.

Pour le second, Il était une ville de Thomas B. Reverdy, je pense en faire une chronique dans la semaine, elle est déjà en partie préparée donc ça devrait aller vite.

Sur ce, bon week-end à tous, je vous laisse avec le nouveau single d’un groupe que j’affectionne, The Jezabels :

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Correspondance 1923-1941 de Vita Sackville-West et Virginia Woolf

Correspondance 1923-1941 - Woolf-Sackville West

C’est au cours d’un dîner, en 1922, que Virginia Woolf rencontra Vita Sackville-West, qui allait être, jusqu’à sa mort, une des personnes les plus importantes de sa vie. En lisant leur correspondance, qui se poursuivit sur plus de dix-huit ans, on ne peut douter de la profondeur de la passion indestructible qui lia ces deux femmes exceptionnelles. Vita-Sackville West excellait dans l’art de la correspondance, que ce soit pour dépeindre les jardins anglais, les montagnes de la Perse ou les déserts de l’Arizona. Ses lettres nous transportent dans une époque où Gide et Proust choquaient, où un procès en obscénité était intenté à une romancière accusée de saphisme. Virginia Woolf, pour sa part, se débattait sans cesse dans les affres de l’enfantement de « sa » vérité de l’écriture. À travers cette correspondance, c’est un nouvel aspect de son fascinant et multiple visage que nous apprenons à connaître.

Première phrase : Chère Mrs Woolf, je vous écris cette lettre ce soir, parce qu’il me semble que vous m’aviez dit que vous partiez pour l’Espagne le 27 et je tiens à ce que vous ayez ce mot avant votre départ.

Edition : Le Livre de Poche

Nombre de pages : 689

Mon avis : 

Vous l’aurez compris, j’aime beaucoup, énormément, passionnément, à la folie, Virginia Woolf. Et j’aime aussi beaucoup les correspondances. Je trouve qu’elles permettent de rentrer dans la vie de l’auteur par une petite porte, et de vivre avec eux pendant un moment de leur vie. De plus, la forme épistolaire donne un aspect un peu plus dynamique qu’une autobiographie, ou qu’un journal. Alors imaginez donc quand j’ai mêlé ma chère Virginia à une correspondance dont elle une des auteurs… 

Cette correspondance est très intéressante car elle s’étale sur un long laps de temps, de 1923, date de sa rencontre avec Vita, à 1941, année de sa mort. Cela qui nous permet de voir l’évolution de la relation entre les deux correspondantes, et les évènements importants qui se passent dans leur vie. 

vita1919Je ne connaissais pas Vita Sackville West avant d’entamer cette correspondance, et je n’ai toujours rien lu d’elle, mais ça devrait être fait dans l’année sans aucun doute, même si elle n’est pour l’instant que peu traduite en français. C’était un écrivain prolifique et variée : romans, essais, biographies, traductions, carnets de voyage et poésies, sont passés sous sa plume. A travers cette biographie on découvre une femme croyant en ses convictions, libre,  fougueuse, et indépendante. Cette correspondance nous permet bien de voir les différents aspects de sa vie.  Épouse d’Harold Nicholson de qui elle fût très proche. Bisexuels tous les deux, ils ont vécu dans un mariage libre avec chacun des aventures homosexuelles à côté. Elle s’installa avec lui dans les différents pays où il fut nommé ambassadeur (Allemagne, Perse). Femme, à travers ses liaisons, les dîners, les réceptions… Mais aussi et surtout, écrivain. 

virginia20woolf1Passons maintenant à Virginia Woolf. Elle apparaît plus fragile que Vita de par sa maladie et ses migraines fréquentes qui l’empêchent beaucoup plus de voyager. Mais, tout comme Vita, c’est une femme forte avec un esprit indépendant et dont les œuvres ont chamboulé la littérature. Si elle est relativement souvent malade, durant les périodes où elle va bien c’est une femme très dynamiques, qui sort et voit du monde. Elle a un jugement acéré et vif sur beaucoup de personnes et le regard qu’elle porte sur eux peut parfois être assez amusant. On la découvre également en tant qu’éditrice, en effet, elle et son mari Léonard ont commencé cette activité en 1917 comme un loisir, mais c’est rapidement devenu une activité professionnelle à part entière et ont été les premiers à publier des ouvrages de psychanalyse. La maison publia une grande partie de l’oeuvre de Virginia, un peu de celle de Vita et quelques ouvrages de certains membres du club de Bloomsbury.

L’évolution de leur relation se voit de manière très claire grâce à cette correspondance. Elles ont toujours été des amies proches, et on peut mettre en doute le fait que leur amour a déprécié avec le temps. Pour ma part, je pense qu’il y a eu certaines périodes où elles ont été moins proches, en partie « à cause » des escapades de chacune mais un fort sentiment les a toujours lié, et je pense que Virginia a toujours été amoureuse de Vita. Cette dernière, pour sa part, ressent une grande admiration envers Virginia qui n’a jamais faiblie. Et toutes les deux sont toujours très tendres, et veillent mutuellement l’une sur l’autre.

Passons maintenant au contenu de ses lettres, que peuvent bien se dire deux femmes intellectuelles pendant près de 20 ans ? Et bien elles parlent de la société qui gravite autour d’elles, de littérature, d’écriture, de voyages, d’excursions prévues, de quand vont-elles se revoir (très compliqué parfois), de leur vie quotidienne, de l’actualité… 

Concernant la société, cette correspondance nous en offre un bel aperçu. Surtout que Virginia évoluait dans le club de Bloomsbury, un ensemble d’intellectuels et d’artistes (Keynes, les Woolf…) qui se réunissait souvent pour parler de choses et d’autres et dont les idées étaient proches, du moins sur le sens de l’esthétique. On les croise souvent au détours d’une réception à laquelle l’une ou/et l’autre a été et nous est souvent rapporté quelques sujets de conversations qui ont eu lieu. 

Au sujet de l’écriture et de la littérature, ces deux auteurs nous offrent de beaux échanges, elles se demandent ce qui différencie intrinsèquement la poésie du roman, se questionnent sur leurs écrits, et parlent beaucoup de la littérature qui leur était contemporaine puisque Vita rédigeait des compte rendu de différents livres qu’elle remettait à Léonard, le mari de Virginia. On a également quelques anecdotes d’éditeurs à travers Virginia et la Hogarth Press.

Au niveau des voyages, Vita passe longtemps de temps en Perse et visite une partie du pays, dont elle fait profiter Virginia à travers ses très belles descriptions des paysages, des gens, des coutumes, etc… Elle va également aller à Berlin, qu’elle détestera et dont les commentaires seront donc beaucoup moins enthousiasmes que pour la Perse. Elle découvrira également les Etats-Unis mais les délais de distribution des lettres étant long et  y passant peu de temps, nous avons peu de lettres en parlant, mais toutes sont enchantées.  Virginia fait quelques excursions en France mais elle reste globalement en Angleterre. 

Un petit mot maintenant sur l’édition qui a été très bien faite. Les lettres sont séparées en plusieurs périodes, avec pour chacune un petit résumé au départ qui explique ce découpage. Il y a pas mal de notes qui permettent de comprendre de quoi les deux correspondantes s’entretiennent quand c’est très relatif à leur époque et un des fils de Vita a collaboré avec les éditrices pour apporter le plus de précisions possibles quand il le fallait. 

Dans le style, on retrouve les écritures différentes de Virginia et de Vita, mais toutes les deux dégagent une grande tendresse, une complicité et une véritable vitalité.

En résumé : lire les lettres de deux femmes d’un tel talent est un régal, des écritures magnifiques, une vie romanesque pour Vita, passionnée pour Virginia, j’avais l’impression de les connaître. Leur correspondance se lit comme un roman, on a envie de savoir ce qui va leur arriver, quand elles vont se revoir, comment avances leurs romans… Forcément, parfois elles parlent tellement de leur prochaine rencontre que l’on est déçu de ne pas la voir raconter, mais c’est le jeu avec l’épistolaire ! 

« Quand il ne s’agit que de penser, on arrive à farder les réalités, à les surmonter, à expliquer, à excuser. Mais si on écrit les choses, elles se séparent les unes des autres et deviennent disproportionnées et, par suite, un peu irréelles. »
Virginia Woolf, dans la lettre du 31 janvier 1926

Lire Lolita à Téhéran de Azar Nafisi

Lire Lolita à Téhéran - Nafisi

Après avoir dû démissionner de l’Université de Téhéran sous la pression des autorités iraniennes, Azar Nafisi a réuni chez elle clandestinement pendant près de deux ans sept de ses étudiantes pour découvrir de grandes œuvres de la littérature occidentale. Certaines de ces jeunes filles étaient issues de familles conservatrices et religieuses, d’autres venaient de milieux progressistes et laïcs ; plusieurs avaient même fait de la prison. Cette expérience unique leur a permis à toutes, grâce à
la lecture de Lolita de Nabokov ou de Gatsby le Magnifique de Scott Fitzgerald, de remettre en question la situation  » révolutionnaire  » de leur pays et de mesurer la primauté de l’imagination sur la privation de liberté. Ce livre magnifique, souvent poignant, est le portrait brut et déchirant de la révolution islamique en Iran.
 

Première phrase : A l’automne 1995, après avoir démissionné de l’université, j’ai décidé de me faire plaisir et de réaliser un rêve.

Edition : 10/18

Nombre de pages : 468

Mon avis :

J’ai eu ce livre à l’occasion de mon anniversaire et je n’ai pas traîné à le lire. Bien m’en a pris car ce livre a été un véritable coup de cœur.

Ce livre c’est un peu de tout : de la littérature, de l’analyse littéraire, une auto-biographie, de l’Histoire, un témoignage. Mais aussi des rencontres : avec l’auteur, avec ses proches, avec des livres, avec un pays, avec un régime opposé au nôtre.

Tout d’abord, abordons le côté technique du récit. Celui-ci est divisé en quatre parties, chacune portant sur un écrivain et une de ses œuvres en particulier. Nous avons donc Nabokov avec Lolita, Fitzgerald avec Gatsby le magnifique, James avec Daisy Miller et Jane Austen avec Orgueil et préjugés. En bref, que du beau monde. Et là où ça devient vraiment intéressant, c’est quand ces livres sont utilisés pour éclairer le régime islamique dans lequel l’auteur vit.

Le choix de narration par romans permet de détourner l’ordre chronologique auquel on pourrait s’attendre pour des mémoires et permet à l’auteur de nous montrer la perte de ses libertés qui se fait de plus en plus flagrante au fil du temps. On commence avec Lolita, Azar Nafisi a déjà été renvoyée de l’université où elle enseignait et elle a monté le petit groupe de lecture qui vient chez elle le jeudi matin discuter d’œuvres littéraires. A travers ces œuvres elles questionnent ainsi le régime dans lequel elles vivent, les discussions dépassent le cadre littéraire pour s’élever à une fonction plus générale. Quand elles en viennent à parler de ce qui est moral, de ce qui est bien ou non, à travers les infidélités de Madame Bovary ou d’Anna Karénine, une des étudiantes interroge : « Et si on disait que ce qui est bien c’est ce que nous avons envie de faire et non ce que la société ou ses dirigeants nous disent de faire ? ». Lire ces livres dans un régime comme celui-là c’est justement s’y opposer.

Parlons un peu plus de ce « club » et des membres qui le composent : elles sont huit, Azar Nafisi et sept étudiantes qu’elle a choisi non pour leurs idéaux, leurs convictions, ou leur religion, mais pour l’intérêt qu’elles vouent à la littérature ainsi que leur perspicacité dans les analyses. Ces étudiantes sont toutes différentes : croyantes ou non, aimant leur pays ou voulant le fuir, mariées, célibataires ou fiancées, provocatrices ou réservées, venant de familles progressistes et laïcs ou conservatrices et religieuses. Leurs différences font naître des débats intéressants, passionnés et enflammés.

Durant ces rencontres il arrive parfois que la littérature soit mise de côté pour parler de problème personnel qu’une des filles aurait pu rencontrer, ce qui nous permet de les connaître un peu plus, et de connaître les conditions de répression sévères que subissent les femmes, mais également parfois les hommes. On retrouve les mêmes faits que dans Persélopis de Marjane Satrapi, mais également d’autres agissements révoltants.

La différence d’âge entre l’auteur et les étudiantes est intéressante car l’auteur a connu l’Iran sous le régime du Shah, donc une Iran libre et occidentale malgré un dictateur au pouvoir, tandis que ses étudiantes sont nées sous le régime de l’Ayatollah Khomeini et certaines choses interdites qui nous paraissent aberrantes leur est normal.

Revenons au côté littéraire de ces rencontres. A travers le récit de celle-ci, Azar Nafisi nous livre des analyses fines et perspicaces sur les romans qu’elle étudie, les analyses qu’elle propose ne sont pas toujours les plus conventionnelles, et celle sur Lolita est particulièrement intéressante.

Ces rencontres littéraires sont donc relatées dans la première et la dernière partie de ce récit, pour Nabokov et pour Austen. La partie sur Orgueil et préjugés m’a donné envie de me replonger en toute hâte dans ce grand roman.

Maintenant, les parties centrales de ce livre. La seconde concerne donc Gatsby et la deuxième Daisy Miller. Ayant étudié Gatsby le Magnifique cette année en cours d’anglais, je me réjouissais de voir l’analyse qu’en proposait Azar Nafisi. Cette fois-ci nous ne sommes plus avec les étudiantes mais dans l’amphi-théâtre où l’auteur enseignait. Et quel plaisir ! C’est comme si nous étions nous aussi dans l’amphi, avec ses étudiants à s’interroger sur les livres. Ce point de vue est très intéressant car il nous permet de voir comment les étudiants se situent dans le régime islamique. Et malheureusement, il y en a pas mal qui sont pour et qui soutiennent les actions de l’Ayatollah pour lutter contre l’occidentalisation qui représente le mal absolu, la décadence et la perte des valeurs. Dans un pays où lire Gatsby est considéré comme immoral, Azar Nafisi va se battre pour enseigner comme elle le désire, c’est à dire tête nue et en étudiant les romans qu’elle juge important et pas ceux qui sont déclarés moraux par le gouvernement. Car là-bas, on ne diffère pas la différence entre l’oeuvre d’art et la réalité, si dans Gatsby, Daisy est immorale, alors le livre le devient. C’est noir ou c’est blanc. Et tout ce qui vient d’Amérique penche rarement du côté clair… Suite à l’opposition qu’elle rencontre dans son cours face à cette œuvre, Azar Nafisi va organiser un procès au livre en donnant un rôle aux étudiants qui le veulent et elle-même représentant le livre. Ce passage est très intéressant et illustre parfaitement le jugement manichéen que le gouvernement veut imposer à son peuple.

Ces parties qui par rapport aux deux autres se situent dans le passé permet de rendre compte de la manière dont Azar Nafisi a rencontré ses étudiantes, comment ont évolué les lois islamiques, de quelle façon les lois s’appliquent-elles à l’université, comment les professeurs réagissent… Et on voit bien qu’il y a une grande répression des intellectuels du pays qui sont renvoyés de leur poste ou pire. On vit également les évènements historiques de cette période, la mise en place progressive d’un régime de plus en plus restrictif, la mort de Khomeini, l’espoir alors d’un changement dans le régime,

Forcément, en tant que récit non-fictif, nous avons les interrogations de l’auteur : enseigner qui est sa passion quitte à se soumettre à des règles contraires à ses convictions, quitter un pays qu’elle aime ou y rester et y être malheureuse ? Dans ses interrogations, le personnage du magicien, un homme mystérieux qui jouit d’un grand prestige auprès des intellectuels et qui s’est reclus dans son appartement pour ne pas côtoyer le régime islamique.

Finissons ce déjà bien trop long billet par le style. On retrouve dans les analyses un style universitaire mais abordable et très fluide qui arrive à parfaitement mettre en lumière les points importants, on tombe souvent au détours d’une page sur une jolie phrase ou réflexion et les pages se tournent toutes seules. Une écriture simple et qui ne prend pas de détours mais qui très agréable à lire en résumé.

Pour conclure, je dirai que c’est réellement un livre à lire pour tous les lecteurs curieux de découvrir une autre civilisation à la lumière de classiques occidentaux, mais également curieux de découvrir des classiques occidentaux à la lumière d’une civilisation différente de la nôtre. En effet, l’auteur explique à la fin, que ce livre lui permet de remercier (ironiquement mais quand même) la république islamique de lui avoir fait tant aimer ces auteurs mais aussi la liberté, qui est un thème qui revient très souvent. Un livre à lire absolument !

Tout compte fait de Simone de Beauvoir

Dissiper les mystifications, dire la vérité, c’est un des buts que j’ai le plus obstinément poursuivis à travers mes livres.
Cet entêtement a ses racines dans mon enfance ; je haïssais ce que nous appelions ma soeur et moi la  » bêtise  » : une manière d’étouffer la vie et ses joies sous des préjugés, des routines, des faux-semblants, des consignes creuses. j’ai voulu échapper à cette oppression, je me suis promis de la dénoncer. 

Première phrase : Chaque matin, avant même d’ouvrir les yeux, je reconnais mon lit, ma chambre.

Editions : Folio

Nombre de pages : 634

Mon avis : 

Ça y est, c’est la fin. Dernier tome de la très intéressante autobiographie de Simone de Beauvoir, j’étais un peu triste en l’entamant de me dire qu’ensuite s’en était fini de cette vie palpitante pendant cette époque qui m’attire tant. Et puis non ! Découverte lors d’une flânerie en librairies : ses carnets de jeunesse sur lesquels elle s’est basée pour écrire Mémoire d’une jeune fille rangée qui ont été édités en deux tomes chez la nrf, je suis donc ravie ! Et puis, j’ai aussi ses lettres (bien qu’elles me plaisent moins de ce que j’en ai pour l’instant lues).

Ce tome diffère des précédents par son organisation qui n’est plus chronologique mais thématique, ce qui apporte un aperçu moins précis de sa vie mais plus centré sur les évènements que Simone de Beauvoir trouve important.

On aborde donc tour à tour, ces amitiés avec des personnes défuntes, puis ses amitiés qui continuent encore lorsqu’elle écrit le livre, les voyages en France et à l’étranger, personnels ou organisés lorsqu’elle est invitée avec Sartre dans des pays qui veulent les recevoir, ses écrits, la manière dont elle est arrivée là où elle est à l’époque où elle écrit ce dernier tome de ses mémoires, son rapport à la lecture, des épisodes de l’histoire et sa participation à ceux-ci, puis diverses interrogations et positionnement sur plusieurs sujets qui sont dispersés à travers tout le livre.

Toute la première partie du livre occupent son rapport à la lecture, à l’écriture, son rapport de l’écriture par rapport à elle même (qui serait-elle si elle n’avait pas écrit ?). Nous avons un grand nombre des livres qui l’ont marquée qui sont cités, avec un avis dessus et ça permet d’en découvrir pas mal !

Continuons par les amitiés. C’est un vrai plaisir de retrouver de vieilles connaissances du Castor que nous avions rencontré dans Mémoires d’une jeune fille rangée et de voir ce qu’ils sont devenus. Giacometti, Violette Leduc, Camille, Lise, Stepha et Fernando… Mais de nouvelles figures apparaissent également dans ses amitiés au cours des dix années que Simone de Beauvoir compte : Léna, une russe francophone qui a servi d’interprète à Sartre et à Simone de Beauvoir pendant leur voyage en URSS, Tito, le fils de Fernando et Stepha (d’ailleurs, petite parenthèse, je lisais Le Monde, la page des nécrologies (petite lubie) et je suis tombée sur un hommage à Tito de la part d’un ami à lui. Après avoir lu un résumé de sa vie, ça faisait un peu étrange, et même si cette coïncidence est fort peu joyeuse et que j’aurai préféré une autre annonce, j’aime quand je croise dans l’actualité des choses faisant écho au livre que je suis en train de lire.),  et surtout Sylvie Le Bon, que l’auteur a considéré comme sa fille adoptive.  Nous avons pour chacun une petite rétrospective de leur vie, de la manière dont ils sont entrés dans la vie du Castor et quels étaient les liens qu’ils entretenaient ensemble. 

Les voyages occupent une grande partie du livre, elle revient sur les randonnées qu’elle aimait faire auparavant, les paysages qu’elle a découverts… J’avoue que si j’aime les paysages, ce que je préfère, et de loin, c’est les interactions avec les gens qu’elles rencontrent. Donc, tout ce qui est randonnée, et description des paysages, bof. Je préfère le faire par moi même ! Par contre, ses voyages à l’étranger m’ont passionnée, notamment ceux fait dans un cadre politique ou pour les besoins de l’édition.

Nous embarquons donc pour le Japon,  l’URSS, l’Égypte, l’Israël et d’autres encore. Pour tous ces pays, nous avons un rendu général de leur situation économique, de leur manière de se situer par rapport au monde, leurs idéaux politiques, etc. C’est passionnant pour un point : beaucoup de conflits, problèmes économiques que nous avons aujourd’hui, on prit leur source dans les années que Simone de Beauvoir écrit, c’est donc intéressant d’avoir l’origine de tous les problèmes dont on nous parle aujourd’hui. Et malheureusement beaucoup des prévisions pessimistes du Castor se sont avérées vraies. A travers ces voyages nous découvrons également les coutumes, les modes littéraires des pays, ses intellectuels avec qui Sartre et Simone de Beauvoir se lient mais aussi des gens du « peuple ». C’est donc un aperçu très complet de chaque pays que nous avons, très riche et compréhensible.

Autre pays abordé pour une raison politique, mais ce n’était pas un problème politique dans ce pays. La Suède a accueilli en Mais 1967, le Tribunal. Ce projet a été créé par les Américains de gauche pour juger les crimes Américains commis pendant la guerre du Vietnam sur le modèle du tribunal de Nuremberg. Pour que le Tribunal prennent forme, de nombreux intellectuels et politiques sont invités à être juges en représentant leur pays, ce que vont être Sartre et Beauvoir. Je n’avais jamais entendu parler de tout ça et c’est le passage qui m’a le plus plu dans le livre. Nous avons toutes les démarches faites par le Tribunal, les membres qui le composent, des descriptions des exposés fait pour décrire les conditions de vie des Vietnamiens, l’établissement des questions sur lesquelles ils devaient trancher : Les Américains sont-ils coupable d’un génocide ? Y a-t-il eu des bombardements dirigés volontairement contre les civils ? Les Américains ont-ils violés les lois de la guerre ? Les manières utilisées et les nombreuses divergences qu’il y a pu avoir entre les différents juges… Vraiment c’était passionnant et je pense que je le relirai bientôt pour bien tout comprendre et m’en souvenir.

En dernier arrive avec les voyages les évènements historiques : la guerre du Vietnam avec le Tribunal, les conflits en Orient avec l’Égypte, et l’Israël, la Chine et sa révolution Culturelle et enfin, retour en France : Mais 68 qui nous est très détaillé et qui est rendu très vivant par les descriptions précises mais non lassantes que le Castor en fait.

Le livre fini sur les mouvements féministes auxquels Simone de Beauvoir a pris part, ceux qui se passent dans les autres pays, et surtout l’avis que Simone de Beauvoir porte sur ce mouvement. Elle explique l’évolution de sa pensée depuis la parution du Deuxième sexe et s’ébahit devant le fait que depuis les années cinquante, rien ou presque n’ait changé pour les femmes.

Je conclurai sur l’image que ces écrits m’ont donnée du Castor : une femme forte et curieuse de tout, avide de savoir et de connaissances, une femme pas rangée du tout, au contraire ! Une grande écrivain qui arrive à travers son style a refléter son caractère, on ressent une femme posée, réfléchie et calme mais qui sait se passionner pour des sujets avec un grand enthousiasme et qui très agréable à lire. Il y aurai encore sûrement beaucoup à dire sur cette grande femme, mais je vais m’arrêter là et je m’attellerai prochainement à ses romans.

La force des choses I et II de Simone de Beauvoir

             

Peu de temps après le jour V, je passai une nuit très gaie avec Camus, Chauffard, Loleh Bellon, Vitold, et une ravissante Portugaise qui s’appelait Viola. D’un bar de Montparnasse qui venait de fermer, nous descendîmes vers l’hôtel de la Louisiane  ; Loleh marchait pieds nus sur l’asphalte, elle disait : « C’est mon anniversaire, j’ai vingt ans. » Nous avons acheté des bouteilles et nous les avons bues dans la chambre ronde  ; la fenêtre était ouverte sur la douceur de mai et des noctambules nous criaient des mots d’amitié  ; pour eux aussi, c’était le premier printemps de paix. 

Première phrase : Nous étions libérés.

Edition : Folio

Nombre de pages : 376 et 507

Mon avis :

Me voilà presque à la fin des longues et ô combien passionnantes mémoires de Simone de Beauvoir. Cet avant dernier volet, séparé en deux par la maison folio, est premièrement paru en un seul, j’ai donc lu les deux à la suite. Pour ce qui est de la coupure, elle est bien faite et ne gène pas pour la continuité de la lecture car le Castor, comme l’appelait Sartre, a fait un intermède dans lequel elle explicite quelques sujets sur l’écriture ce qui fait une coupure naturelle, mais j’y reviendrais plus tard.

Dans ce tome, le terme de mémoire se confirme totalement car les évènements historiques sont omniprésents. Après la seconde guerre mondiale du tome précédent, nous sommes maintenant en pleine guerre froide et décolonisation. La première partie de ce tome est centrée sur la guerre froide, la seconde sur la décolonisation et plus particulièrement sur la guerre d’Algérie. 

La première partie est relativement difficile à suivre si on n’a pas un minimum de bases historiques, j’ai souvent été perdue à cause des nombreux sigles utilisés dont je ne connaissais pas les significations. De plus, l’année de chaque évènement n’est pas forcément rappelée, il faut donc se débrouiller et replacer soit même dans le contexte qu’on connaît.  Une fois habituée aux sigles, ça reste abordable et c’est toujours fascinant de vivre l’histoire de l’intérieur et non de loin à travers les livres d’histoire. Lesquels ne disent pas par exemple la peur de la population pendant toute cette période, la crainte d’une guerre et les divisions que le pays connu. Je reproche pas mal ce côté aux manuels scolaires d’ailleurs, beaucoup de factuel et peu de social. 

Pour la deuxième partie, elle m’a littéralement captivée. N’ayant pas vu cette partie de l’histoire en cours (Vive les programmes de deux ans qui doivent être fait en un …) et ne m’y étant pas particulièrement intéressée avant, je partais en terre inconnue. Et en plus, cette partie s’inscrivait bien dans l’actualité vu que l’on fête les cinquante ans de l »indépendance de l’Algérie cette année. Un rappel des atrocités commises lors de cette période n’était donc pas du luxe. Simone de Beauvoir raconte sa honte d’être française, ce sentiment de culpabilité qui l’habita pendant toute cette période, cette honte d’être assimilée à ce gouvernement qui cautionnait tortures physiques et psychologiques, sans qu’elle ne puisse rien y faire, ou presque.  Les actions entreprises par la gauche française sont très détaillées : sa participation au FLN, le manifeste des 121, les actions de la revue Les temps modernes, dirigée par Sartre qui a pris position pour l’indépendance de l’Algérie dès 1956, et qui défendra son point de vue par de nombreuses conférences dans les pays où ils voyageaient. Elle décrit cette période avec une France apolitique, et ce reproche qu’elle exprime vivement nous confronte directement à ce qu’on nous on aurait fait. Prendre parti pour un côté ou un autre, ne rien faire et par là cautionner les atrocités commises ? Etant pour l’indépendance de l’Algérie, et en tant que Française honteuse, elle décrit dans son livre plus longuement les drames dont le gouvernement français, la police, les pieds-noirs, etc sont responsables que ceux dont le FLN provoqua. Les crimes ici décrits sont appuyés par des rapports officiels de journalistes et même d’hommes politiques, rapports donc très prosaïque et qui ne nous épargne rien des méthodes de torture. L’attitude de l’armée en Algérie et de la police en France est déplorable, désastreuse, scandaleuse. A la fin de la guerre, lorsque l’indépendance était assurée pour l’Algérie, ceux qui y étaient les plus opposés commirent des crimes plus horribles les uns que les autres. Je ne doute pas que l’autre côté a également commis des crimes, mais ne connaissant pas bien cette période, je parle de ce dont j’ai lu. Je ne manquerai pas de lire des ouvrages sur la guerre d’Algérie pour en apprendre plus, je dois dire que ça m’a beaucoup passionnée. Si vous avez des suggestions n’hésitez pas d’ailleurs ! Mais revenons au livre même.

A travers la guerre d’Algérie, on suit inévitablement le gouvernement et le portrait qu’elle fait de De Gaulle est loin d’être élogieuse, nous avons un homme se souciant uniquement de sa grandeur et de l’opinion qu’il donne de lui. Malraux est également critiqué sans gêne.  

La Russie, le Brésil, l’Italie, les Etats-Unis, Cuba, l’Espagne, le Japon, sont autant de pays dans lesquels on voyage avec Simone de Beauvoir forcément, mais aussi avec Sartre,  Algren, Lanzmann et les nombreuses personnes qu’ils rencontrent sur leur chemin. C’est assez fou cette époque (peut-être est-ce aussi le cas maintenant, je n’en sais fichtre rien, ne fréquentant pas le beau Monde…) pour ça d’ailleurs. Où qu’ils aillent, ils rencontrent quelqu’un qu’ils connaissent, une personne influente de l’époque, etc… 

Dans chaque partie, nous faisons la connaissance d’un des amours de Simone de Beauvoir, Algren tout d’abord, Lanzmann ensuite. Sartre et elle n’ayant pas une relation exclusive. Elle en définit d’ailleurs les inconvénients que ces relations incombent aux « amours contingents » qu’ils s’autorisent et nuance par là la perfection de cette relation si particulière qu’elle avait défini avec moins de contraste dans La force de l’âge. J’ai d’ailleurs pris Lettres au Castor de Sartre à la bibliothèque, pour découvrir l’autre partie de cette relation.

Côté écriture, commence sa période féministe mais assez timidement. J’ai personnellement beaucoup de mal à considérer Simone de Beauvoir comme une féministe, ce n’est vraiment pas l’aspect qui ressort le plus de sa personnalité dans ses écrits autobiographiques. Lorsqu’elle écrit Le deuxième sexe elle précise que c’est parce qu’elle veut s’intéresser à son histoire, et que donc elle doit se pencher sur la condition féminine en général pour ensuite se situer en elle. Peut-être que ses engagements directs ne viendront qu’après, ou qu’elle a choisi de ne pas les mettre en avant dans ces écrits… Ou je passe totalement à côté, ce qui est possible aussi !

Nous avons toujours la vie littéraire et théâtrale qui est racontée ainsi que les avis de cette grande dame sur la question. Les réactions journalistiques m’enthousiasment toujours autant, j’aime les partis pris de chaque journal et la subjectivité qui en ressort. Et j’en déteste parfois la passivité et la désinformation. 

Si nous avons la vie littéraire des contemporains du Castor, la sienne est aussi bien présente. Elle parle de ses écrits, de l’accueil du public, des gens qu’elle fréquente, des critiques françaises et étrangères… Et, écrit intéressant d’ailleurs : elle commence à écrire son premier tome des mémoires pendant cette période qu’elle décrit, ça fait donc une mise en abîme intéressante car nous avons ses impressions au moment où elle écrivait le premier tome de ce qui sera une grande autobiographie. Et cela se poursuit jusqu’au début même de celui qu’on est en train de lire. 

Terminons sur l’intermède dont je vous parlais au début. Elle se rend compte qu’elle n’écrit pas l’essentiel de sa vie qui se retrouve dans son travail, car pour elle ça coule de source. Après des critiques telles que « J’en aurai fait autant ! » elle explique ses méthodes de travail qui lui demandent rigueur, concentration et recherche pour restituer historiquement et exactement ces souvenirs. Elle justifie pourquoi elle a opté pour un récit chronologique et explicite des méprises qu’il pourrait y avoir par rapport à ses sentiments et affectations que les différents évènements historiques ou personnels ont pu lui causer. Ces quelques pages la livrent beaucoup plus intimement qu’une grande partie du livre.

Pour conclure, plus je découvre et plus j’aime cette femme et surtout cette époque ! Le vingtième siècle est véritablement passionnant et je vais continuer à découvrir les écrits des gens de ce cercle. Oh, et bravo à vous si vous êtes arrivé à la fin de cet avis…

La force de l’âge de Simone de Beauvoir

Vingt et un ans et l’agrégation de philosophie en 1929. La rencontre de Jean-Paul Sartre. Ce sont les années décisives pour Simone de Beauvoir. Celles ou s’accomplit sa vocation d’écrivain, si longtemps rêvée. Dix ans passés à enseigner, à écrire, à voyager sac au dos, à nouer des amitiés, à se passionner pour des idées nouvelles. La force de l’âge est pleinement atteinte quand la guerre éclate, en 1939, mettant fin brutalement à dix années de vie merveilleusement libre.

Première phrase : Je me suis lancée dans une imprudente aventure quand j’ai commencé à parler de moi : on commence, on n’en finit pas.

Edition : Folio

Nombre de pages : 787

Mon avis : 

Voilà un peu plus d’un mois que j’étais sur cette auto-biographie et je commençais vraiment à n’en avoir marre bien que le livre soit passionnant ! Pourquoi ce délais alors ? Ce n’est pas que je n’ai pas aimé, ou que cela ne m’intéressait pas mais commencer un pavé de presque 800 pages en période d’examens blanc n’est pas forcément une bonne idée. De plus que le beau temps est arrivé, et avec lui les sorties, plus le salon du livre, etc… Et donc peu de temps pour lire et pas forcément l’envie. Après cette digression, passons au livre !

Ce tome est la suite chronologique de Mémoire d’une jeune fille rangée que j’avais lu cet été, et ayant énormément aimé le personnage et me reconnaissant en Simone de Beauvoir par certains traits de caractères, je m’y étais beaucoup attachée. J’ai donc commandé tous les tomes de son autobiographie que j’ai eus à Noël.

On retrouve donc Simone de Beauvoir en septembre 1929 lors de son retour à Paris, mais le récit même est précédé d’un prologue dans lequel elle explique qu’elle n’a pas le même détachement sur sa vie d’adulte que d’enfant et que par conséquent, certains faits seront volontairement éludés. Bref, Simone de Beauvoir est maintenant enseignante et loge à Paris en savourant sa vie libre de toutes contraintes.

Le récit se situe entre son retour à la capitale et la libération de cette même ville en Août 1944 donc. Avant la guerre, Sartre et elle vivait dans une certaine insouciance, entre randonnée, voyages, sorties et leur travail respectif dans différentes régions de France. La période de guerre occupe une bonne partie du livre, on découvre l’Occupation, la « douce » montée du nazisme en France, la vie sur le Front à travers Sartre, les dictatures qui s’installent dans les pays voisins et l’organisation pendant cette période d’une manière plus directe et plaisante que dans les livres d’histoires. Historiquement et politiquement, le livre est donc très riche.

Il y a aussi une part accordé aux contemporains de l’auteur, on rencontre pas mal d’écrivains, de philosophes, de metteur en scène, de musiciens etc… Par forcément directement mais par les lectures, les pièces, les musiques que Simone de Beauvoir lit, voit et écoute. Il y a d’ailleurs un portrait particulièrement savoureux d’Albert Camus.

On suit le parcours personnel de Simone de Beauvoir dans son travail d’écrivain mais aussi dans son avancée personnelle, deux chemins liés et qui ont des incidences l’un sur l’autre. On peut regretter des longueurs car le récit est parfois trop centré sur les actions et pas sur l’interprétation de ces actions, ce qui ammène une énumération de fait un peu monotone mais beaucoup de passages passionnants effacent ces longueurs ! J’ai relevé une bonne vingtaine d’extraits (plus ou moins longs) qui part leur propos ou style sont très intéressants et à relire sans modération.

Ce livre m’a également permis d’apprendre beaucoup sur moi, sur les relations que l’on peut avoir avec les autres, ce que l’on peut attendre d’eux ou pas, et certainement plein d’autres choses inconsciemment.

Voilà donc un livre très intéressant tant par le côté historique, culturel et personnel qu’il peut apporter. Cependant, ne vous attendez pas à trouver le combat d’une féministe à l’image de Simone Weil en ouvrant ce livre, Simone de Beauvoir n’est pas encore une femme engagée à cette période de sa vie.

Quelques livres en vrac…

Vous aurez remarqué que ce blog est (un peu) en mal d’articles en ce moment. La faute au manque de temps, de motivation et aussi de lectures… Je vais donc faire un billet avec les livres que j’ai lu cette année qui ont été des coups de coeur mais que je n’ai pas chroniqués parce que j’étais en vacances ou autres :). Je rajoute également mes derniers livres lus, juste un petit avis express dessus !

La grammaire est une chanson douce
Erik Orsenna 

C’est un livre très court qui nous transporte dans un monde où les mots sont bien vivants, habitent dans des villages différents selon leur nature grammaticale (j’ai l’impression de revenir en primaire.), sont susceptibles mais précieux pour tous. Ces cent cinquante pages sont un hymne à la langue française et à toutes ses complexités qu’on en vient à apprécier au fil des pages. A faire lire à tous ! (Je l’ai d’ailleurs conseillé à mon frère de 12 ans qui a beaucoup aimé.)

Edition Le livre de Poche
150 pages, 5.00 euros

  La Porte des Enfers 
  Laurent Gaudé

Avec ce roman nous sommes plongés dans un univers noir, dérangeant qui a pour cadre la ville de Naples. Un couple     doit faire face à la mort de leur enfant, deuil qu’ils vont faire en essayant de se venger. Laurent Gaudé mêle avec brio le     fantastique, le mythologique, le drame, le récit épique et encore d’autres genres sans jamais égarer son lecteur, au contraire ce mélange rend la lecture encore plus attractive et prenante. Fortement conseillé !

Edition Acte Sud
266 pages, 19.50 euros

Mémoires d’une jeune fille rangée
Simone de Beauvoir

Cette première partie de la vie de Simone Beauvoir qui va jusqu’à sa vingt-et-unième année est tout simplement passionnante ! Je voulais lire des biographies et plus particulièrement de autobiographies, je me suis donc plongée dans celle-ci pendant les vacances d’été. Je n’ai pas été déçue du tout, au contraire j’ai été passionnée par la vie de cette femme. Je me suis retrouvée dans ses pensées et principes pendant une bonne partie du livre, ses réflexions sur la religion, le mysticisme sont très intéressantes. On découvre avec joie le Paris des années cinquante et la vie mondaine de Simone qui ne reste pas dans la cage imposée à son âge et à son sexe mais qui au contraire brave les interdits et nous entraîne dans les bars et les dancings, lie des amitiés masculines, lis des lectures interdites… N’hésitez pas à vous plongez dedans.

Edition Folio
473 pages,  8.10 euros


L’attentat

Yasmina Khadra

Attention livre choc ! On en ressort retourné, claqué, éprouvé, ébranlé… Vous avez compris l’idée. Nous suivons le docteur Amine, chirurgien à Tel Aviv en Palestine. En soignant les victimes d’un attentat il va découvrir que sa femme en est la responsable. A partir de là commence la descente aux enfers de cet homme : refus, incompréhension, désespoir et quête pour comprendre le geste de la femme qui partageait sa vie. Nous sommes donc plongés dans le conflit israëlo-palestinien et ce roman permet de mieux le comprendre, de l’aborder de l’intérieur, d’en avoir un autre point de vue. Les personnages sont parfaitement réalistes et c’est cela qui effraie le plus. Les différents points de vue permettent à l’auteur de parfaitement rendre compte de la complexité de la situation, tout en restant objectif et impartial. La plume est exquise, tout en poésie et métaphores. Une lecture indispensable.

Edition Pocket
246 pages, 7.20 euros

Le Portrait de Dorian Gray
Oscar Wilde 

Premier roman que je lis de cet auteur (et le dernier, vu que c’est le seul qu’il ait écrit) et je suis sous le charme de cette plume incisive, ironique, et cruelle pour la société et les rapports humains. L’histoire – un homme qui souhaite conserver sa jeunesse éternellement et qui pour ça enferme son âme et sa vieillesse dans un tableau – est superbe mais ce qui m’a surtout touchée et séduite fût la façon dont l’auteur nous emporte dans le Londres du XIXème siècle grâce aux mots. Oscar Wilde nous livre ici des personnages haut en couleur, Lord Henry remporte de loin la palme du meilleur personnage pour moi ! Sa répartie et sa finesse sont à déguster sans modération. Un chef d’oeuvre !

Edition Le Livre de Poche
285 pages, 3.50 euros

Les Grandes Espérances
Charles Dickens

Une plume délicieuse, des rebondissements, une société anglaise dépeinte avec la plume incisive de Dickesn, des personnages creusés que l’on prend plaisir à suivre dans l’Angleterre du XIXème siècle qui s’industrialise. Une bonne découverte, un peu long, les 700 pages peuvent faire peur mais l’écriture est très contemporaine, on a du mal à croire que ça a été écrit en 1861 ! Miss Havisham et son caractère détestable mais tellement attachant m’ont beaucoup plus, ainsi que Mr Jaggers et ses manières. Je vais sûrement continuer ma découverte de cet auteur avec ses contes de Noël.

Edition Le Livre de Poche
700 pages, 7.50 euros

Nietzsche
Stefen Zweig 

Un livre captivant pour toute personne s’intéressant à Nietzsche. Un résumé passionnant de sa vie, sa pensée, ses principes, qui est servi par une plume exquise, toute en poésie et en douceur avec quelques touches d’ironie. A lire sans modération pour en comprendre toute la portée.

Edition Stock
152 pages, 8.05 euros

Le Libraire de Kaboul
Asne Seistreid

Un témoignage d’une journaliste Suédoise qui a vécu dans une famille afghane après la chute du régime taliban, mais avec de nombreux retour en arrière qui nous dévoilent une partie de la vie de plusieurs membres de la famille. Nous découvrons la condition de la femme , différentes visions de la religion, l’autorité paternelle indiscutable… Très intéressant et instructif. On constate une opposition intéressante entre les idées de Sultan, le père de famille, qui accepte la nouveauté, ses idées sont relativement novatrices, et la cage de traditionnalité dans laquelle il enferme sa famille. L’écriture est journalistique et essaie de garder un certaine objectivité même si l’on sent parfois la révolte de l’auteur face à certaines conditions. J’ai relu certaines phrases plusieurs fois pour les comprendre, mais c’est peut-être dû à la traduction. Une lecture très intéressante.

Edition Le Livre de Poche
346 pages, 6.00 euros

Les Sirènes de Bagdad
Yasmina Khadra

Dans la continuité de L’attentat, ce livre nous fait découvrir la vie dans Bagdad à travers un personnage que l’on voit s’enfoncer dans un destin de plus en plus sombre. Une vision intérieure très intéressante de la guerre Irakienne et de l’intervention des Américains dans celle-ci. Ce livre est tout intéressant que L’attentat mais il m’a moins marqué, sûrement parce que je n’ai pas pu le lire d’un coup contrairement au précédent, mais l’histoire est tout aussi dure.

Edition Pocket
318 pages, 6.60 euros

Juste la fin du monde
Jean-Luc Lagarce

Cette pièce de théâtre présente une écriture surprenante, hachée ma qui arrive à rester très musicale. Cette pièce montre bien que le théâtre doit être joué et non lu, aucune didascalie n’est présente. Il faut arriver à se représenter et les personnages pour bien comprendre le texte, le visualiser. C’est une très belle pièce sur les rapports familiaux, particulièrement fraternels, sur les non-dits dans les familles, les rancunes passées qui resurgissent et sur l’absence d’un proche. L’auteur nous plonge dans une famille, la sienne en l’occurrence, dans son intimité, mais c’est une intimité universelle, qu’on retrouve en chacun. Grâce à cela la pièce acquiert une portée universelle. A lire à voix haute !

Edition Les Solitaires Intempestifs
40 pages, 10 euros

Voilà, un petit aperçu et une mise à jour de mes lectures pour bien commencer l’année !

J’espère que vous avez passés un beau Noël, j’essaierai d’être un peu plus présente en 2012 mais je ne garantis rien. 🙂

Bon passage en 2012 😉