S. de J.J Abrams et Doug Dorst

S. de Doug Dorst et J.J Abrams

Straka est le nom de l’écrivain le plus énigmatique du XXe siècle. Auteur de dix ouvrages sombres et scandaleux, il aurait trouvé la mort en 1946, sans que nul n’ait jamais découvert son identité. D’aucuns pensent qu’il est lié au déclenchement de la Première Guerre mondiale, d’autres, qu’il est le nom derrière lequel se cache une sinistre société secrète ; quelques originaux disent même qu’il s’agit de l’esprit d’une nonne martyre s’exprimant par l’intermédiaire d’une fillette de 9 ans ! Éric, doctorant en lettres fasciné par cet auteur, tente de percer son mystère. Pourtant, seul, il piétine. Ce n’est qu’en retrouvant la copie égarée du dernier ouvrage de Straka, Le Bateau de Thésée, annoté par Jennifer, une autre étudiante, qu’il avance dans son enquête. La jeune fille a un esprit plus audacieux que le sien, et ses théories farfelues pourraient bien être plus proches de la vérité que les siennes. Travaillant de concert, les deux étudiants sont désormais tout près de découvrir l’identité de Straka. Un secret qui a pourtant défié le monde pendant près d’un siècle. Et certains sont prêts à tout pour le préserver… jusqu’à faire couler le sang. La vérité n’a pas de prix.

 Première phrase : Qui était V.M Starka ? Le monde connaît son nom, sa réputation d’auteur prolifique d’œuvres de fictions provocatrices, de romans qui ont jeté l’opprobre sur d’impitoyables industriels, et anticipé l’épouvantable vague de totalitarisme, véritable fléau de ces dernières décennies.

 Édition : Michel Lafon

 Nombre de pages : 473

 Mon avis :

Aujourd’hui je vais vous parler d’un livre très particulier de par sa forme. Il s’agit de S. de Doug Dorst et J.J Abrams, le célèbre scénariste de plusieurs séries (Lost, Person of interest, etc.) et films. Vous en avez peut-être entendu parlé dans la blogosphère mais si ce n’est pas le cas, une petite explication sur ce livre objet hors du commun.

On peut séparer ce livre en plusieurs parties : une première qui constitue le tout, ce coffret noir qu’on achète en tant que livre. Une seconde qui est le livre hors coffret, qui est reproduit pour sembler être un livre intitulé Le bateau de Thésée, emprunté en bibliothèque avec tout ce que ceci comporte (dos marqué, tampon de bibliothèque, date des retours, aspect vieilli, même l’odeur du vieux livre !). Ensuite on a l’intérieur du livre qui est donc composé du texte du Bateau de Thésée mais aussi et surtout d’annotations qui s’étalent sur tout le livre, laissées par deux personnes, Jen et Eric, mais aussi des documents qu’ils s’échangent à travers le livre et que nous avons également. Je vais donc parler de ce livre en trois points.

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Tout d’abord l’objet-livre donc. J’avoue que quand je l’ai eu dans les mains j’étais toute heureuse, un livre d’une telle densité, une présentation si soignée, un livre avec plein de couleurs (retour en enfance), des documents tout partout qui menacent de déborder si on n’y fait pas attention… Bref chaque feuilletage comportait son ensemble de découvertes, et ça c’était super chouette. Les auteurs expliquent dans une interview (en anglais ici) qu’ils ont voulu rendre hommage au livre avec cet O.V.N.I qui comporte tout ce qu’on pourrait attendre d’un livre numérique enrichi, mais sur papier. Ils voulaient que le lecteur en ayant ce livre entre les mains se sentent comme entraîné dans un autre monde, qu’il rentre dans une certaine intimité provoquée par les annotations. De ce côté là les auteurs ont parfaitement réussi leur pari !

Parlons maintenant du livre Le bateau de Thésée (BDT) de V.M Starka, auteur aussi majeur que mystérieux du XXe siècle sur lequel de nombreuses études se sont penchées. L’intrigue est intéressante bien que peu évidente à suivre au début. Elle raconte l’histoire d’un homme, S. qui a perdu la mémoire et ne se souvient de rien. Il entame alors une quête pour retrouver son identité dans un monde semblable au nôtre mais dans lequel vient se glisser des éléments qui semblent surnaturel. Un peu dystopique par son ambiance de monde corrompu par une élite financière à laquelle s’oppose une poignée de gens, un peu roman d’aventure par la quête du héros et ce qu’il va vivre en différents lieux, fantasy par certains éléments troubles… Moi personnellement ça m’a plu et je ne me suis pas ennuyée, même si on a un peu de mal à rentrer dans l’histoire et que parfois des détails sont difficiles à saisir.

Venons maintenant à la partie du livre qui rend ce roman si original, les valeurs ajoutées du livre, soit les annotations et les documents glissés dans le livre.

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Tout d’abord les annotations, elles sont donc laissées par Jen et Eric qui enquêtent sur V.M Starka. Cet ouvrage est le dernier qu’il a écrit et on apprend au fil de notre lecture que cachée derrière l’histoire de S. se cache une auto-biographie de l’auteur et un dialogue entre lui et son traducteur qui laisse des notes de bas de page à son intention. Cette enquête reste très floue pour nous lecteur, en tous cas pour moi. Les échanges des personnages sont peu explicites et il manquait à mon sens des éléments pour que l’on comprenne tout. Malgré tout, même si on ne comprend pas comment tel élément est arrivé là, on le retient et tout repart comme sur des roulettes ! Les auteurs voulaient créer « une sorte de sudoku diabolique » c’est réussi aussi mais peut-être trop bien réussi…

Autre aspect des annotations, elles permettent outre l’enquête de dévoiler les deux personnages, leur histoire, un peu de leur vie, et forcément il va y avoir une romance… Au début j’ai été déçue, mais finalement à part pendant les dix dernières pages leurs échanges sont vifs et plein de réparties, jamais trop mielleux, quand l’un l’est, l’autre casse la romance. Donc mon petit cœur de midinette a plutôt aimé cette relation que l’on voit évoluer en même temps que les personnages, même si elle n’est pas forcément crédible et un peu trop attendue.

Et dernier aspect qui est à mon sens le mieux trouvé, les annotations s’étalent sur plusieurs niveaux dans le temps et on peut voir cela grâce à des codes couleurs. Gris quand Eric a écrit dedans seul, bleu/noir quand ils commencent à écrire tous les deux dedans, orange/vert ensuite violet/rouge, etc…. Il y a en tout 5 périodes si je ne me trompe pas, qui se retrouvent parfois sur la même page vu qu’ils reviennent sur ce qu’ils ont dit. Et j’ai trouvé ça relativement bien si on exclu le fait que forcément pour la trame narrative entre les deux héros, il y a plus d’annotations bleues/noires au début du roman, et des annotations rouges/violettes à la fin. Mais voilà, quand on a un format tel que celui-ci, le fond comporte forcément des éléments peu logiques. Je suis juste un peu déçue que l’édition française n’ait pas gardé le travail de design fait sur les polices et les couleurs qui sont plus travaillées dans la version US (un clic sur l’image au-dessus).

Et un petit paragraphe sur les documents, ils sont bien insérés, éclairent parfois l’histoire, et sont surtout très réalistes, un bon petit plus donc ! Il faut juste faire attention à ne pas les perdre, ce n’est pas évident pour retrouver la bonne page où les mettre après… J’ai parfois eu l’impression qu’il me manquait des documents par rapport aux annotations, je ne sais pas si c’est une erreur de la maison d’édition ou bien s’il n’y a juste pas de document à ces endroits.

Pour conclure, un roman dont je salue la forme hors du commun, avec néanmoins quelques maladresses dans le fond, mais je lui pardonne ! Une bonne découverte dont je garderai un bon souvenir et dont je vous conseille la lecture, au moins pour l’expérience qu’il propose.

Et quelquefois j’ai comme une grande idée de Ken Kesey

Alors que la grève installée à Wakonda étrangle cette petite ville forestière de l’Oregon, un clan de bûcherons, les Stampers, bravent l’autorité du syndicat, la vindicte populaire et la violence d’une nature à la beauté sans limite. Mené par Henry, le patriarche incontrôlable, et son fils, l’indestructible Hank, les Stampers serrent les rangs… Mais c’est sans compter sur le retour, après des années d’absence, de Lee, le cadet introverti et toujours plongé dans les livres, dont le seul dessein est d’assouvir une vengeance.

Première phrase : Dévalant le versant ouest de la chaîne côtière de l’Oregon… viens voir les cascades hystériques des affluents qui se mêlent aux eaux de la Wakonda Auga. (si c’est pas une super invitation ça…)

Édition : Monsieur Toussaint Louverture

Nombre de pages : 799

Mon avis :

Alors, petit paragraphe du départ du : pourquoi j’ai lu ce livre qui a priori n’avait pas grand-chose pour m’attirer mise à part sa jolie couverture ? Déjà, on m’a pas mal conseillée de le lire, il est selon la même personne « le meilleur livre qu’il a lu de sa vie », donc quand je l’ai vu à la bibliothèque, malgré ses 800 pages, je l’ai embarqué dans mon sac. Alors certes j’ai mis au moins deux mois à le lire, mais c’est à cause du travail, d’autres lectures, de la fac… Absolument pas parce qu’il ne m’a pas plu, bien au contraire.

D’habitude je fais à ce moment un rapide résumé de l’histoire à ma façon, mais cette fois-ci je n’en ferai rien, car je suis rentrée dans l’histoire sans en savoir plus que « c’est une histoire de bûcherons dans une bourgade où il pleut tout le temps ». Et si au début j’ai été un peu perdue, je m’y suis vite retrouvée. Donc je vais essayer de vous parler de ce livre grandiose sans trop en dire sur l’intrigue générale, mais seulement sur les personnages.

Les personnages, évoquons les donc plus en détails. Il y a tout d’abord la famille Stamper, qui aux premiers abords nous apparaît de manière plutôt désagréable car présentée par le village qui lui en veut. On comprend dans les quelques pages suivantes que ce qui nous est présenté là est la fin du roman, cependant c’est tellement énigmatique, que rien ne peut nous laisser présager ce qui va suivre, ou ce qui a précédé selon le point de vue.

Les Stampers sont une grande famille de bûcherons dont Henry a été le chef de l’exploitation, avant que son fils Hank reprenne la barre. Famille avec un fort passé, ils nous sont présentés comme des hommes forts, voyageurs et fiers. Le demi-frère de Hank, Lee qui habite en ville sera appelé car il manque des hommes sur l’exploitation pour finir le contrat en cours à temps. Une vieille rivalité existe entre ses deux frères, rivalité qui sera la clé du roman, ce sur quoi beaucoup de choses se basent. Elle instaure un climat de tension tranquille tout au long du livre, une sorte de routine mais dans laquelle un trouble de plus en plus grand s’installe. Cela aurait pu donner quelque chose de répétitif et ennuyeux, mais non. Ken Kesey sait captiver son lecteur grâce à plusieurs choses.

Tout d’abord la tension monte très lentement, voire de manière insidieuse mais on la sent quand même, on a envie de savoir ce qu’il va arriver, comment un tel roman peut se finir. Ensuite le style. Ah le style de Ken Kesey… Il aurait pu écrire n’importe quoi, rien que pour le style je l’aurai lu. Il casse les codes, il bouleverse le lecteur, le transporte d’un point de vue à un autre. On peut d’une phrase à l’autre changer de narrateurs, passer d’une première personne à une troisième personne de narration, le « je » n’est pas toujours le même (parfois Hank, parfois Lee, parfois Henry…), les pensées des personnages se croisent et se répondent… Et ce qui pourrait choquer si c’était mal fait passe ici comme une lettre à la poste, on se rend parfois compte de ces changements que quelques pages après qu’ils aient eu lieu. Ce style narratif si particulier est soutenu par des jeux de typographies : parenthèses, italique, guillemets ou non, majuscules… Bref une virtuosité hors du commun pour manier les mots (ce qui rend le roman parfois difficilement accessible, on peut être pas mal déstabilisé au début) et le maniement des esprits de ses personnages. Personnages qui constituent le dernier (bon l’avant dernier finalement) point d’accroche du roman dont je voulais vous parler.

Le fait que l’on soit presque forcément dans leur esprit à un moment à un autre nous rapproche d’eux, nous fait les comprendre, on les voit devenir réels sous nos yeux, on s’y attache, ils deviennent des personnes à part entière. Ce qui peut provoquer de fortes émotions quant au bout de 750 pages de connaissance l’auteur nous met au centre du tsunami émotionnel qui a lieu. Pleurs, colère, tristesse, compassion, empathie, fureur, rien ne m’aura été épargné pendant ma lecture, et je crois bien que c’est le livre pour lequel j’ai versé le plus de larmes tant de frustration et de colère que de tristesse. Mais ce n’était pas pour autant une « lecture éprouvante », je ne m’étais pas particulièrement identifié aux personnages, mais j’avais l’impression de les connaître, d’être un membre de la famille, silencieux et inactif, qui voyait tout ce qu’il se passait. Petits mots sur les personnages, les générations précédentes de la famille Stamper sont présentées au début du roman, on peut donc s’y perdre un peu, mais ce n’est pas grave, il faut continuer, tout se met en place progressivement et de manière très fluide.

Dernier point, la bourgade, Wakonda, et ses habitants. Ils font également partis des points de vue que l’on va avoir, des petites histoires qui se tissent au fur et à mesure des pages, et c’est très plaisant de sortir parfois de la maison des Stampers. D’une part ça nous sort de cette maison isolée à la tension parfois lourde, et d’autre part cela nous permet de voir comment les Stampers sont considérés. Le Snag, bar de la bourgade ou tout se passe constitue un lieu phare de ce roman et on s’y imaginait facilement l’ambiance grâce aux descriptions du barman.

Ce roman peut intéresser beaucoup de monde par les nombreux thèmes qu’il aborde comme le suicide, l’adultère, la famille, la mort et le deuil, les oppositions qu’il soulève entre ville et campagne, éducation et travail physique. Tous traités de manière intéressante et parfois très subtile, sans jugement et a priori.

Bref, jetez-vous sur ce pavé dès les grandes vacances (ou tout de suite), si je n’irai pas jusqu’à dire que c’est le meilleur livre que j’ai lu de ma vie, c’est de loin le style le plus inventif et maitrisé que j’ai pu lire, et puis sérieusement, qui peut résister à ce titre (sachant que la suite, parce qu’il est tiré d’une chanson, est « de me jeter dans la rivière ») et à cette couverture ?!

Et j’en profite pour remercier la maison d’édition Monsieur Toussaint Louverture qui a travaillé pendant huit ans sur ce titre avant de pouvoir le publier enfin en France (sorti en 1964 aux États-Unis !), ils ont fait un travail formidable et je vous encourage à aller voir leur site qui est une mine de trouvailles inattendues.

Quelques livres en vrac… (3)

Bonjour à tous !

Plus d’article depuis un moment sur ce pauvre petit blog, et la faute au bac (uniquement et seulement, pas du tout à cause d’une petite baisse de motivation !). Mais il y a néanmoins quelques livres que j’ai lu dont j’aimerai vous parler, donc je vais uniquement faire des petits avis rapides.

La vie rêvée d’Ernesto GLa vie rêvée d'Ernesto G - Guenassia
Jean-Michel Guenassia

Après Le club des incorrigibles optimistes (dernier livre de la liste) qui avait déjà été un coup de cœur  j’ai renoué avec l’écriture entraînante de cet auteur passionnant dès la sortie de son second livre. Et c’est de nouveau un coup de cœur ! A travers ce roman nous vivons une véritable fresque historique composée des événements historiques majeurs, de chassés-croisé de personnages, de différents pays , de nombreuses villes… Un aperçu fictionnel mais néanmoins réaliste de l’Europe du XXè siècle. Tout commence et s’achève à Prague mais nous passons entre temps à Paris, à Alger, à Chamonix… On croise un pléthore de personnages hauts en couleurs qui se révèlent peu à peu et au sujet desquels on ne sait parfois que penser. Les périodes qui m’ont le plus plu sont celle à Alger, qui m’a permis de découvrir cette ville et de voir la seconde guerre mondiale d’un point de vue plus extérieur, et celle à Prague, lorsqu’on suit Héléna, la fille de Joseph et son improbable histoire d’amour avec ce légendaire Ernesto G… La vision proposée par l’auteur de la Guerre Froide est passionnante et j’espère pouvoir visiter Prague un jour après y avoir imaginé une telle histoire. Un roman envoûtant et instructif qui nous plonge dans les méandres d’un siècle si riche.

Editions Albin Michel
535 pages

La valse aux adieux - KunderaLa valse des Adieux 
Milan Kundera

Après avoir découvert Prague par le livre précédent et d’avoir eu la chance de discuter et d’échanger quelques mails avec son auteur qui m’a conseillé du Kundera je me suis plongée dedans sans trop attendre !  Au final je n’ai pas vu beaucoup Prague mais j’ai énormément aimé. Dans ce genre de roman, ce n’est pas vraiment l’histoire qui est utile, mais ce qu’elle sert à amener comme réflexion. Ici elle est plutôt simple, un homme qui trompe sa femme dont la maîtresse tombe enceinte. Toute une réflexion philosophique autour de la jalousie, du rapport à autrui, de la liberté… Avec un fond politique qu’on peut apercevoir en filigrane qui plane sur tous les habitants de cette agréable ville d’eau. Dernier point, le style de l’auteur qui est très brut et simple mais néanmoins d’une finesse rare. Je retenterai très prochainement une escapade dans l’univers si plaisant de Milan Kundera.

Editions Folio
328 pages

Platon et son ornithorynque entrent dans un bar, la philosophie expliquée par les blagues (sans blagues ?)Platon et son ornithorynque - Cathcart & Klein
Thomas Cathcart & Daniel Klein

Les titres font quand même généralement beaucoup dans notre choix de livres… Et celui-ci est quand même assez irrésistible. Le livre est divisé en plusieurs parties qui renvoient chacune à un thème de la philosophie (métaphysique, logique, épistémologie, existentialisme, philosophie politique et sociale…) chacun étant sous divisé en plusieurs catégories reflétant les différentes mouvances philosophiques. Et ainsi, chaque concept est expliqué tout d’abord par les auteurs dans des termes simples et de manière amusante puis illustrée par des exemples sous forme de blagues. Pour tout dire, leur explication de Descartes me l’a fait apprécier… ce qui n’était pas une mince affaire ! Certaines blagues sont très drôles, d’autres un peu moins mais on passe un très bon moment tout en s’instruisant car si c’est expliqué de manière accessible ce n’est pour autant pas vulgarisé. Alors à votre philo !

Editions Seuil
254 pages

Nos étoiles contraires - GreenNos étoiles contraires
John Green

Alors voilà, je ne lis quasiment plus de littérature jeunesse, mais là j’ai succombé à cause de facteurs divers. On suit Hazel et Augustus, tous les deux atteints d’un cancer. Il y a plus réjouissant je vous l’accorde. Et effectivement on pleure (beaucoup) mais on rit aussi, et il y a une force et une luminosité dans ce roman si sombre qui font qu’on en sort pas totalement déprimé (juste un peu). L’écriture est très fluide et une fois ouvert on ne le referme que la dernière page tournée et les yeux qui brillent d’émotion. Une belle histoire qui nous prend au cœur et qu’on n’oublie pas rapidement.

Editions Nathan
331 pages

Gatsby le Magnifique Gatsby le magnifique - Fitzgerald
Francis Scott Fitzgerald

Lu pour mon cours d’anglais, j’ai peu aimé ce roman à cause de ses personnages creux et superficiels qui m’agaçaient au plus haut point et qui rendent la lecture pénible, et l’analyse qu’on en a fait en cours a confirmé cela. Mais j’étais en désaccord avec l’analyse concernant Daisy principalement, or j’ai été voir le film (que j’ai beaucoup aimé, plus que le livre d’ailleurs, il le respecte bien en y ajoutant même certain éléments et en accentuant le thème des années folles) et il propose une adaptation avec laquelle je suis plus en accord, donc j’ai été un peu réconciliée avec ce livre mais pas au point de le relire ! Cependant je conseille le film, très beau et entraînant.

Editions Folio
202 pages

Les trois romans suivants ont été lus dans le cadre du prix Relay pour lequel j’ai été sélectionnée pour faire partir du jury, et les minis avis que voici sont à peu de mots près ceux que j’ai envoyé comme critique.

Yellow birds - PowersYellow Birds 
Kevin Powers

Me voilà  embarquée en Irak malgré le fait que ce roman ne se rapproche pas du tout de ce que je lis habituellement. Les périodes de combats alternent avec les chapitres d’avant et d’après guerre et j’ai été plus conquise par le style d’écriture de la première, plus rapide, vif et brutal qui reflète la violence, que par celui plus posé et lent, plus descriptif qui montre le désarroi et le mal, voir l’incapacité que le soldat a à revivre une vie normale après les horreurs des conflits. Psychologiquement la seconde partie m’intéressait plus, mais son style a fait que j’ai eu du mal à me concentrer dessus. Le roman s’accélère à la toute fin, et cette accélération aurait été la bienvenue un peu plus tôt dans le roman.
Finalement, un roman nécessaire qui informe sur la guerre et ses conséquences sur la vie d’un homme mais qui ne m’a pas convaincu plus que ça…

Editions Stock 
264 pages

Luke et Jon9782841115105
Robert Williams

Un roman agréable, qui se lit très vite et facilement avec comme thème une relation amicale entre deux adolescents, l’un ayant perdu sa mère et dont la pensée du deuil est le fil rouge du roman, l’autre un garçon un peu excentrique qui se fait violenter au collège. Deux thèmes difficiles à évoquer, et encore plus du point de vue adolescent. Et pourtant l’auteur réussit avec brio à les transcrire avec un style simple mais élégant et beaucoup d’humour malgré les situations parfois graves qui y sont présentées. Les personnages sont attachants et la narration intéressante, on alterne souvenirs et présent sous forme de très courts chapitres, ce qui rend la lecture très fluide. Il m’a malgré tout manqué un petit quelque chose, le petit plus qui fait que j’aurai accroché totalement.
Au final, une histoire vite lue avec plaisir et sourires mais à laquelle il manque un petit peu de pep’s.

Editions Nil
222 pages

Crime d'honneur - ShafakCrime d’honneur
Elif Shakaf 

Un livre dont on ne ressort pas indemne ! Une multitude de personnages avec des liens de parentés plus ou moins proche dans lesquels on se perd souvent au début mais qu’on finit par comprendre au fil des pages par la découverte des caractères bien propres à chaque personnage. On voyage entre la Turquie et l’Angleterre avec cette famille Kurde qui va se séparer pour prendre des chemins différents. Amour et religion, respects des valeurs traditionnelles et volonté de s’adapter dans un pays occidental, sont autant de thèmes qui s’entrechoquent et se croisent tout au long de ce magnifique roman plein de vie et de personnages passionnants. Le roman s’étale à travers plusieurs générations, on suit donc plusieurs personnages et l’évolution de leur vie ce qui donne un très bon rythme au roman qu’on ne lâche que difficilement.
Pour conclure, un livre à lire, qui montre un choc des cultures de manière grandiose à travers un fabuleux roman qui ne laisse pas indifférent.

Editions Phébus
416 pages 

Voilà quelques avis rapides qui permettent de faire revivre un peu le blog d’une manière qui ne me prend pas trop de temps ! Effectivement le bac avance à grands pas et je suis en train de me mettre à jour dans mes fiches (plus que deux chapitres de philo !) et de réviser les chapitres déjà appris, donc je ne pense pas avoir le temps de revenir d’ici la fin des épreuves qui est le 21 juin.

Sinon, j’ai fêté mes 18 ans et j’ai eu deux livres à cette occasion qui me tentent énormément et que je pense lire pendant les vacances, et je me suis fait un petit cadeau également, ont donc rejoint ma bibliothèque : Belle du Seigneur d’Albert Cohen, Lire Lolita à Téhéran d’Azar Nafisi et Mon journal, morceaux choisis de Marie Bashkirtseff, une artiste au haut tempérament de le fin du XIXè siècle que je suis en train de lire.

Sur ce, je nous souhaite que le soleil revienne afin qu’on puisse de nouveau sortir un peu lire sur l’herbe !  Et en attendant, bonne lecture au chaud sous la couette…

Quelques livres en vrac … (2)

Me voilà revenue de vacances et ayant lu une bonne dizaine de livres pendant celles-ci, je vais reprendre le principe des avis rapides (premier volet ici) pour une bonne partie des livres lus, sauf pour quelques uns qui auront le droit à un article pour eux tout seul (les chanceux).

Commençons par les quelques uns que j’ai abandonné lâchement, par manque de motivation et par l’envie de lire un livre avec plaisir au soleil.

Lignes de Faille
Nancy Huston

Ce livre se divise en quatre parties, chacune consacrée à un membre de la famille, on remonte dans le temps à travers des périodes de vies des quatre narrateurs. Je me suis arrêtée à la fin de la première partie car elle ne m’avait vraiment pas été agréable à lire. On a le point de vue d’un enfant de six ans avec des capacités mentales hors du commun, et ce qu’il dit ammène une ambiance malsaine et montre l’enfant comme manipulateur. Ce n’est pas le genre de chose qui me gêne en littérature habituellement, donc ce n’était peut-être pas la bonne période pour lire ce roman, ou alors le fait que ce sentiment soit attribué à un enfant, le renforce et le rend encore plus pesant. Peut-être le reprendrais-je plus tard.

Editions Acte Sud
481 pages, 21.60 euros

Blue Jay Way
Fabrice Colin

Je n’ai vu que des avis positifs sur ce livre, et comme il est en plus sorti chez Sonatine c’était pour moi une valeur sûre. Eh bien que nenni, je vais faire dissonance mais je n’ai pas du tout apprécié ce roman, mais je pense que c’est tout à fait personnel. On est plongé dans la jeunesse hollywoodienne et ce que ça comporte : excès en tous genres : drogues, alcools, sexe. Donc déjà c’est pas mon truc cette ambiance, et en plus j’ai trouvé que ça faisait cliché. Le personnage central m’énervait ainsi que les autres. Je n’ai pas accroché à l’écriture : les dialogues font faux et surjoués, type mauvaise série policière, et la construction du récit ne m’a pas plue. Bref, aucun regret de l’avoir arrêté.

Editions Sonatine
481 pages,  22.30 euros

Voilà pour les abandons, il y a aussi eu Petits suicides entre amis d’Arto Paasilino, mais je pense qu’il peut me plaire, c’était juste pas le bon moment, je le finirai bientôt je pense. Passons aux autres livres :

Les Hirondelles de Kaboul
Yasmina Khadra

Avec ce livre, je finissais le triptyque Orient/Occident que nous offre Yasmina Khadra. Après l’Irak et l’Israël, c’est maintenant l’Afghanistan que décrit l’auteur. Le livre commence fort, et nous décrit la place des femmes dans la sociétés et l’occupation du pays par les talibans à travers deux couples très différents. Nous suivons leur vie et les rapports qu’ils entretiennent entre eux et avec leur pays. Cette partie est riche d’informations, mais la fin du roman devient totalement romanesque et semble invraisemblable, ce qui décrébilise le reste du livre. Un peu déçue par ce tome, et L’attentat reste donc celui que j’ai préféré.

Editions Pocket
149 pages, 5.70 euros

Le cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates
Mary Ann Shaffer et Annie Barrows

Ce livre avait fait grand bruit à sa sortie en 2009 et il traînait dans ma bibliothèque depuis pas mal de temps et la mère de ma meilleure amie m’a convaincu de l’en sortir, c’est donc chose faite. Et je ne regrette pas ! Il est sous forme épistolaire, genre que j’apprécie, et on suit Juliet, jeune femme anglaise, auteure à succès qui va découvrir peu à peu les habitants de Guernesey. Le ton est léger mais raconte toutefois des épisodes de l’histoire qui le sont moins, l’occupation de l’île, les restrictions alimentaires, les rapports avec les allemands et à travers Elizabeth, jeune femme qui est le fil rouge du récit sans qu’elle ne soit jamais présente, les camps et les traitements qu’on y infligeaient aux prisonniers. Mais le livre reste très frais et agréable à lire, les nombreuses anecdotes m’ont fait sourire et même si tout est assez prévisible, c’est un bien joli livre.

Editions 10/18
411 pages, 8.80 euros

Un soupçon légitime
Stefan Zweig

Je continue ma découverte de cet auteur à travers ses nouvelles. Celle ci n’est pas une des plus réussi que j’ai lu, il n’y a pas de chute époustouflante, c’est assez attendu, tout l’art de cette nouvelle réside dans la narration et la subjectivité de la narratrice dont les sentiments sont comme toujours, admirablement décrits.

Editions Grasset
81 pages, 10.20 euros

La Peur
Stefan Zweig

Encore une nouvelle de ce remarquable auteur, et mieux réussi à mon goût ! Celle-ci est plus longue ce qui permet de faire monter crescendo le sentiment dominant du récit, qui est, vous l’aurez deviné, la peur, mais aussi l’appréhension et la honte. Le personnage du mari m’a beaucoup plu, ainsi que les échanges qu’il a avec sa femme (très peu nombreux). La chute est vraiment très belle, tout en restant surprenante comme je les aime.

Editions Le Livre de Poche
54 pages pour la nouvelle, 22.30 euros l’intégrale

Les chaussures italiennes
Henning Mankell

Déjà, j’adore la Suède. Je rêve d’y aller, sans savoir vraiment pourquoi mais c’est assez magnétique, donc un livre suédois ne pouvait rester longtemps dans  ma PAL. Je n’ai pas été déçue, l’auteur arrive parfaitement à nous immerger dans cette île perdue de la Baltique où habite seul Fredrick Welen. Les personnages sont tous très marquants et tous marginaux, ils vivent presque tous coupés du monde ou du moins coupé de la civilisation telle qu’on la définit aujourd’hui. Les thèmes abordés comme la vieillesse, la mort, les promesses et le mensonge, sont excellemment bien traités, d’une manière crue mais à la foi très douce grâce au style de l’auteur. Celui-ci est très épuré et agréable et comme dit plus haut, rend parfaitement les impressions des lieux. Les sentiments sont également parfaitement rendus, et l’émotion est au rendez-vous. Il s’avale en très peu de temps, plongez-vous y sans hésiter !

Editions 10/18
373 pages, 7.60 euros

Le club des incorrigibles optimistes
Jean-Michel Guenassia

Et me voilà replongée dans l’Europe de l’après guerre, c’est un peu obsessionnel cette période pour moi en ce moment, mais tant que je ne tombe que sur des bons livres ce n’est pas près de cesser ! Nous suivons Michel, un jeune garçon dans les années 60, qui va se lier d’amitié avec les membres d’un club d’échecs qui sont tous des pays de l’Est (URSS, Tchécoslovaquie, Pologne).  L’histoire de Michel n’est pas seulement celle d’une adolescence à Paris, mais une chronique de la vie parisienne en plein Gaullisme, dans une famille qui parle de la guerre d’Algérie, d’engagement, de déchirements mais aussi d’amitiés précieuses. Ces chapitres sont entrecoupé d’autres sur l’histoire des principaux membres du club et ce qui les a fait arriver en France, l’abandon de leur famille pour vivre dans une grande instabilité, avec leur attachement nostalgique au socialisme en arrière plan. Les retours en arrière sont très bien fait et comme j’aime beaucoup apprendre sur l’URSS, ça m’a forcément plu. Des histoires de croisent, des secrets résistent jusqu’à la fin du livre et les personnages sont tous extrêmement attachants et le mot optimiste n’est pas pour rien dans le titre, on lit le sourire aux lèvres ! Je conseille très fortement ce coup de coeur dont on dévore les 700 pages !

(Et on file voir la chronique de Diabazo qui est superbe et totalement en adéquation avec ce que je pense du livre ! )

Editions Le Livre de Poche
730 pages, 8.50 euros

Voilà un tour d’horizon sur une partie de mes lectures de l’été, on revient normalement à Simone de Beauvoir ou Sartre pour le prochain article ! (Obsessionnel vous dis-je, obsessionnel.)  

American Psycho de Bret Easton Ellis

Patrick Bateman, 26 ans, flamboyant golden-boy de Wall Street, fréquente les endroits où il faut se montrer, sniffe quotidiennement sa ligne de coke, et surtout ne se pose aucune question. Parfait yuppie des années quatre-vingt, le jour il consomme. Mais la nuit, métamorphosé en serial killer, il tue, viole, égorge, tronçonne, décapite.
Portrait lucide et froid d’une Amérique autosatisfaite où l’argent, la corruption et la violence règnent en maîtres…

Première phrase : ABANDONNE TOUT ESPOIR TOI QUI PENETRES ICI peut-on lire, barbouillé en lettres de sang au flanc de Chemincal Bank, presque au coin de la Onzième avenue et de la Première avenue, en caractères assez grands pour être lisibles au fond du taxi qui se faufile dans la circulation pour sortir de Wall Street, et à l’instant où Thimoty Price remarque l’inscription un bus s’arrête et l’affiche des Misérables collée à son flanc lui bouche la vue mais cela ne semble pas contrarier Price, qui à ving-six ans et travaille chez Pierce & Pierce, car il promet cinq dollars au chauffeur s’il monte le son de la radio, qui passe Be My Baby sur WYNN, et le chauffeur, un Noir, un étranger, obtempère.

Edition : 10/18

Nombre de pages : 529

Mon avis : 

Premièrement c’est un livre violent, très violent. Tant moralement, psychologiquement que physiquement. J’ai lu quelques scènes en diagonales tant c’est parfois insoutenable, donc personnes sensibles, je ne vous le conseille pas vu que c’est principalement cette violence qui sert en tant qu’outil de dénonciation.

Cette dénonciation concerne la société de consommation américaine, l’extrême richesse qui ne s’intéresse qu’à des détails futiles et qui au final, a tellement tout qu’elle ne sait plus quoi faire de ses journées. Alors elle va au restaurant, dans des bars, se fait faire des manucures, va au centre sportif, boit, se drogue, et dans le cas de notre héros, en vient à tuer.

Cette critique est très intéressante mais la manière de faire est parfois un peu lourde. Nous avons le droit à une description détailllée (de la veste aux chaussettes) de ce que porte chaque personne rencontrée, même une secrétaire ou un collègue avec qui il échange à peine deux mots (et ne vous imaginez pas une petite description, on a la matière de chaque vêtement, ainsi que sa marque. Surtout sa marque. Dont je n’ai pour la plupart jamais entendu parler d’ailleurs). Mais se ne sont pas seulement les vêtements qui sont décrits de cette manière là, chaque objet, chaque action est détaillé de manière à bien nous faire comprendre que même l’objet le plus anodin est exceptionnel et demande une grande richesse de la part de Bateman : on ne croise pas tous les jours une bouilloire sifflant Tea for two quand l’eau bout… De ces descriptions s’ensuivent des rencontres toutes plus futiles les unes que les autres : les personnages sont incapables de se reconnaître, ils cherchent tout le temps à savoir qui est qui, en se trompant généralement ce qui montre bien l’interchangabilité de ces derniers, des soirées qui se ressemblent toutes entrecoupées de rails de coke et de cocktails J&B on the rocks. Le monde est séparé en deux : ceux qui savent s’habiller et ceux qui ne savent pas, ceux qui ont les moyens et ceux qui ne les ont pas, et ça change tout.

Parlons un peu du personnage principal, que j’ai un peu de mal à appeler héros. Patrick Bateman est un jeune cadre flamboyant de Wall Street, auquel ses amis et autres connaissances demandent conseil pour savoir avec quoi peut se mettre un costume en laine et autres questions existentielles de ce genre. Toute trace d’humanité est difficile à trouver en lui, si ce n’est son humour glacial et cynique. On se retrouve plongé dans ses pensées, toujours très cadrées et structurées au début du récit, puis il tombe de plus en plus de la folie, ce qui accompagne la montée de la violence qu’on abordera plus tard. Donc par là déjà le récit est très violent, on est quand même dans la tête d’un psychopathe pendant 529 pages, ce qui n’est pas rien. Il ne supporte pas la pauvreté dans laquelle il ne voit que médiocrité et versatilité, ce qui se voit particulièrement lorsqu’il compte les clochards dans les rues. Aucune motivation sur ces gestes nous est donné, si ce n’est l’envie, le besoin. Tuer devient son addiction, car la drogue ne lui suffit plus pour sortir de son ennui.

Mais si ce héros par sa sociopathie n’éveille en nous aucun sentiment, les horreurs commises elles, oui. Et étonnemment, il y a de l’humour. Un humour totalement absurde qui se voit principalement dans les dialogues, tant superficiels qu’ils en deviennent drôles. Entre une conversation de plusieurs pages où des personnages dissertent des bienfaits de  l’eau minérale, une autre où Bateman cherche désespéremment le noms des rennes de Noël, ses blagues aux SDF, ou encore la scène où ils restent trois heures au téléphone à tergiverser sur quel restaurant ils iront dîner le soir même, vraiment l’humour est là, absurde, noir et trash mais il est là, après il faut apprécier ce genre d’humour.

Au fil de ma lecture, je trouvais que ça se répétait et pendant les quelques pages du milieu c’est le cas. Ce n’est qu’un étalement du rien, du vide qui en est tellement creux que ça devient lassant. Ensuite on assiste a une montée crescendo de la violence qu’on voit assez clairement par le fait qu’on ne peut plus y croire. Je m’explique, au début du roman, le premier meurtre effraie et horrifie, les derniers ne sont plus que dégoût et écoeurement devant tant d’horreur. C’est tellement trop qu’on n’y croit plus, ce n’est plus crédible.

Mais pour autant, je ne rejoins pas la thèse de ceux qui disent que tout ceci est le résultat d’un fantasme de Bateman qu’il invente pour se sortir de son ennui. En fait, à mon sens, le fait que se soit un fantasme ou pas n’est pas important, ce qui compte c’est de l’avoir écrit qu’on nous le raconte, qu’on visualise, car que se soit vrai ou pas, Bateman le vit et nous, nous subissons ces descriptions aussi précises dans la description des vêtements que dans les actes de tortures, de viols et de meurtres. Et la dénonciation est toujours là.

Pour le style de Ellis, j’ai vu que plusieurs personnes le trouvaient assez exceptionnel,alors certes ses descriptions très minutieuses sont impressionnantes et ils arrive à nous donner un aperçu complet de ce qui se passe en saisissant les moindres expressions des personnages. Mais je n’ai pas été convaincue plus que ça personnellement.Reste que malgré ces descriptions, les pages se tournent très vite.

En résumé, un livre qui marque par la dénonciation de cette société du toujours plus riche et par ses descriptions, mais qui malgré tout s’étalent un peu trop au milieu du roman. Un livre qui part ses premiers et derniers mots, ne laisse aucun espoir. (Et non, je ne vous dirais pas le dernier, il va falloir lire le livre !). Je lirai sûrement un autre livre de cet auteur, mais pas tout de suite. Si vous avez des conseils, n’hésitez pas !

Au-delà du mal de Shane Stevens

10 ans, Thomas Bishop est placé en institut psychiatrique après avoir assassiné sa mère. Il s’en échappe quinze ans plus tard et entame un périple meurtrier à travers les États-Unis. Très vite, une chasse à l’homme s’organise : la police, la presse et la mafia sont aux trousses de cet assassin hors norme, remarquablement intelligent, méticuleux et amoral. Les destins croisés des protagonistes, en particulier celui d’Adam Kenton, journaliste dangereusement proche du tueur, dévoilent un inquiétant jeu de miroir, jusqu’à un dénouement captivant. 

Première phrase : Les flammes dévoraient le corps voracement, elles le flétrissaient, ravageaient à toute vitesse la chair et les muscles.

Edition : Pocket

Nombre de pages : 889

Mon avis :

Premièrement, le livre porte bien son titre, ou du moins sa traduction vu qu’en Anglais c’est By reason of insanity, qui fait référence à une notion de droit, mais j’en reparlerai plus tard. Donc oui, son titre français est bien adapté, je n’ai jamais lu un livre aussi noir, et encore noir c’est faible, c’est vraiment un noir charbon, un noir opaque. Tous les personnages ont droit à une description psychologique et caractérielle qui met en avant leurs défauts plus que leurs qualités : les femmes sont vénales et manipulatrices, les politiciens véreux et les médias se servent de sujets chocs dans le but unique de vendre toujours plus. Et ce qui relie tout ce monde, c’est Thomas Bishop, notre tueur fou, un être qui au vu de ses crimes semble totalement inhumain. Et cependant, on s’y attache, on ne peut s’empêcher de ressentir de la compassion, de l’empathie, pour cet homme qui a tant souffert.
Shane Stevens nous offre ici des personnages totalement manichéens, du tueur aux victimes.

Ce qu’il faut également souligner, c’est le fait que le point de départ de l’histoire s’appuie sur des faits réels. Ce qui, à mon sens, rend la lecture plus forte et percutante. Caryl Chessman, accusé de vols, d’enlèvements et de viols, a été condamné à mort en 1948 et a vécu dans le couloir de la mort jusqu’en 1960. Or, notre héros est persuadé d’être le fils de cet homme. Thomas Bishop grandit élevé par une mère folle et traumatisée par les hommes. Entre coups et conditionnement dans la haine des hommes on ne peut pas dire que Thomas Bishop ait eu une enfance heureuse. A 10 ans, il tuera sa mère et sera interné en hôpital psychiatrique où il grandira jusqu’à sa fuite, quinze ans plus tard. Durant ces quinze années, notre héros (ou plutôt notre anti-héros) sera devenu un être froid, capable de manipuler qui il veut sans mal en adaptant ses comportements et réactions à ce que la société considère comme « normal ». Le livre commence donc par l’histoire des parents de notre serial-killer, continue avec son internement et seulement après, débute son périple meurtrier à travers les Etats-Unis, périple ô combien sanglant et grandiose. (Âmes sensibles s’abstenir d’ailleurs.)

Nous sommes donc plongés dans l’intimité d’un serial-killer – intimité légèrement dérangeante vous en conviendrez –  mais pas que, ce livre est un véritable puzzle dont chaque personnage est une pièce qui nous permet de voir l’ensemble. Nous suivons d’un côté, Adam Kenton, journaliste d’investigation qui doit démasquer le tueur qui fait trembler les Etats-Unis, ainsi que d’autres journalistes ; d’un autre côté, des policiers : l’un très scientifique, l’autre plus psychologique ; un académicien passionné par les tueurs en série ; et enfin un politicien qui compte bien profiter de l’évasion de ce « malade mental, ce fou assoiffé de sang, capable d’infliger des souffrances barbares et de semer la mort dans son sillage » pour servir son ambition personnelle en remettant en question la peine de mort.

Car ce livre aborde des réflexions très intéressantes. Il traite avec brio le sujet épineux qu’est la peine de mort en s’emparant d’une affaire qui avait fait des vagues à l’époque. Le titre anglais By the reason of insanity se rapporte au fait qu’un procès peut-être annulé car l’accusé est déclaré irresponsable de ses actes à cause de problèmes de santé mentaux. Peut-on juger quelqu’un qui ne comprend pas ce qu’il a fait de mal ?
A travers les journalistes on aborde le pouvoir des médias qui ne renoncent à rien, ou presque, dans le but de faire vendre leurs reportages, mais est aussi abordé le lien ténu qui relie ces mêmes journaux à la politique. Le thème de la psychiatrie est également abordé, ne nous fondons-nous pas trop sur cette science dans certains cas ? Telle est la question que l’auteur nous pose.

De plus, le roman faisant 900 pages, fait inhabituel pour un thriller, l’auteur prend bien le temps de poser la psychologie de tous les personnages, de nous offrir toutes leurs réflexions et pensées, donnant un rythme assez lent mais réfléchi et creusé au livre.

L’épisode final est horrifiant, mais ce qui m’a le plus marqué ce sont vraiment les dernières pages qui sont tout simplement monumentales. La fin est extrêmement rapide, ce qui fait qu’on se prend vraiment tout en pleine tête sans avoir le temps de se préparer ou de réfléchir à ce qui s’est passé juste avant.

Vous l’aurez compris, ce livre fût un véritable coup de cœur, car ce n’est pas uniquement un thriller, c’est un livre d’action, de politique et même d’histoire. A lire !

Souvenir de Philip K. Dick

Lorsqu’il convient d’effectuer un petit rajustement de la réalité, il est sans doute préférable de ne pas se fier à un chien capable de vous tenir un discours tout à fait pertinent sur ladite réalité; car vous pourriez bien devenir le grain de sable qui se glisse dans cette minutieuse procédure…

Voyager dans le temps réserve également quelques surprises: découvrir un futur dans lequel l’humanité a totalement disparu, ou bien créer par inadvertance le monde de vos rêves.

Et que dire, justement, de ce monde de rêve où l’éducation de vos enfants serait confiée à des robots? Après tout, vous êtes bien imparfaits pour remplir cette tâche…

Première phrase : Il faisait grand jour. (Rajustement)

Edition : Folio SF

Nombre de pages : 300

Mon avis :

Premier livre de cet auteur pour moi, considéré comme un Dieu de la Science-fiction. Ce recueil de nouvelles en contient 9  :

– Le nazisme et le haut château : Dans cette nouvelle Dick parle de son livre : Le maître du  haut château, que je n’ai pas lu, donc forcément je n’ai pas tout saisi. Il développe des idées très intéressante, donc je lirais sûrement Le maître du haut Château prochainement, qui est une uchronie sur la seconde guerre mondiale si l’Axe l’avait gagné.

– La schizophrénie et le livre des changements : Alors on est un peu perdu en la lisant, mais cette nouvelle m’a fait sourire plusieurs fois, c’est une de mes préférées dans le recueil.

– Rajustement : Première nouvelle du recueil qui est romancée (les deux premières sont théoriques), c’est pour celle-ci que j’ai acheté le livre car je voudrais voir le film (L’agence) qui en a été inspiré.  L’écriture du monsieur est très agréable, et l’idée de départ est très bonne : la réalité pourrait être réajustée selon les envies/besoins d’être tout puissant…

– Interférence : Sûrement ma préférée du recueil, la chute est magistrale ! Impossible à lâcher une fois commencée, on voyage dans le futur avec Hasten pour trouver la cause de l’éradication de la vie humaine.

– Souvenir : Toutes les planètes découvertes fonctionnent selon un système de réseaux : même culture, mêmes informations communiquées à toutes les planètes, mais une planète est découverte qui ne se plie pas à ses règles et vit encore avec les idées du XVIème siècle. Encore un très bon thème mais la façon dont s’est développée ne m’a pas convaincue.

– Progéniture : Cette nouvelle évoque le fait que les enfants soient élevés par des robots et non par leurs parents. Ces robots ont la faculté de déterminer dans quel domaine l’enfant sera le plus apte et le plus doué pour exercer, ce qui enlève totalement les choix personnels et le libre-arbitre. Personnellement cette vision de l’éducation des enfants m’a totalement rebutée, elle est assez effrayante.

« -Qu’en pense Peter ? »

Bish fronça les sourcils, « Je ne comprends pas, monsieur.

-Qu’en pense-t-il ? Quel est son sentiment à lui ? »

-Mr Boyle, votre fils a la possibilité de devenir l’un des meilleurs biochimistes du monde. »

Et le pire c’est que les enfants, qui sont éduqués dans cette optique ne rejette rien de ces enseignements car ça leur parait tout naturel. Cette nouvelle montre comment une fois la population adulte endoctrinée il est facile d’éduquer les enfants selon des critères définis.

– Sur la Terre sans joie : Vraiment très bizarre. Une femme a le pouvoir d’appeler la mort, ou plutôt, vu les descriptions, les anges de la mort, mais à trop jouer avec le feu on fini par se brûler. Son mari va essayer de la ressusciter, mais à quel prix ? Je n’ai pas trop aimé celle-ci, vraiment très étrange dans la narration, et l’histoire en elle même ne m’a pas intéressée plus que ça, surtout à cause des personnages que j’ai tous trouvés énervants.

– Etrange Eden : Encore une chute surprenante ! La nouvelle est vraiment très courte donc je préfère ne rien vous en dire.

– Le monde de Jon :  Lors d’un voyage dans le passé pour récupérer des plans, un élément imprévu va venir bouleverser le passé et influencer le futur. Un rapport cause à effet très intéressant, et une vision de soldats/robots peu réjouissante !

Pour conclure, une très bonne découverte : les nouvelles sont toutes très bien menées et les thèmes abordés m’ont beaucoup plus. Avec un coup de coeur pour Interférence que j’ai vraiment adoré !