Correspondance 1923-1941 de Vita Sackville-West et Virginia Woolf

Correspondance 1923-1941 - Woolf-Sackville West

C’est au cours d’un dîner, en 1922, que Virginia Woolf rencontra Vita Sackville-West, qui allait être, jusqu’à sa mort, une des personnes les plus importantes de sa vie. En lisant leur correspondance, qui se poursuivit sur plus de dix-huit ans, on ne peut douter de la profondeur de la passion indestructible qui lia ces deux femmes exceptionnelles. Vita-Sackville West excellait dans l’art de la correspondance, que ce soit pour dépeindre les jardins anglais, les montagnes de la Perse ou les déserts de l’Arizona. Ses lettres nous transportent dans une époque où Gide et Proust choquaient, où un procès en obscénité était intenté à une romancière accusée de saphisme. Virginia Woolf, pour sa part, se débattait sans cesse dans les affres de l’enfantement de « sa » vérité de l’écriture. À travers cette correspondance, c’est un nouvel aspect de son fascinant et multiple visage que nous apprenons à connaître.

Première phrase : Chère Mrs Woolf, je vous écris cette lettre ce soir, parce qu’il me semble que vous m’aviez dit que vous partiez pour l’Espagne le 27 et je tiens à ce que vous ayez ce mot avant votre départ.

Edition : Le Livre de Poche

Nombre de pages : 689

Mon avis : 

Vous l’aurez compris, j’aime beaucoup, énormément, passionnément, à la folie, Virginia Woolf. Et j’aime aussi beaucoup les correspondances. Je trouve qu’elles permettent de rentrer dans la vie de l’auteur par une petite porte, et de vivre avec eux pendant un moment de leur vie. De plus, la forme épistolaire donne un aspect un peu plus dynamique qu’une autobiographie, ou qu’un journal. Alors imaginez donc quand j’ai mêlé ma chère Virginia à une correspondance dont elle une des auteurs… 

Cette correspondance est très intéressante car elle s’étale sur un long laps de temps, de 1923, date de sa rencontre avec Vita, à 1941, année de sa mort. Cela qui nous permet de voir l’évolution de la relation entre les deux correspondantes, et les évènements importants qui se passent dans leur vie. 

vita1919Je ne connaissais pas Vita Sackville West avant d’entamer cette correspondance, et je n’ai toujours rien lu d’elle, mais ça devrait être fait dans l’année sans aucun doute, même si elle n’est pour l’instant que peu traduite en français. C’était un écrivain prolifique et variée : romans, essais, biographies, traductions, carnets de voyage et poésies, sont passés sous sa plume. A travers cette biographie on découvre une femme croyant en ses convictions, libre,  fougueuse, et indépendante. Cette correspondance nous permet bien de voir les différents aspects de sa vie.  Épouse d’Harold Nicholson de qui elle fût très proche. Bisexuels tous les deux, ils ont vécu dans un mariage libre avec chacun des aventures homosexuelles à côté. Elle s’installa avec lui dans les différents pays où il fut nommé ambassadeur (Allemagne, Perse). Femme, à travers ses liaisons, les dîners, les réceptions… Mais aussi et surtout, écrivain. 

virginia20woolf1Passons maintenant à Virginia Woolf. Elle apparaît plus fragile que Vita de par sa maladie et ses migraines fréquentes qui l’empêchent beaucoup plus de voyager. Mais, tout comme Vita, c’est une femme forte avec un esprit indépendant et dont les œuvres ont chamboulé la littérature. Si elle est relativement souvent malade, durant les périodes où elle va bien c’est une femme très dynamiques, qui sort et voit du monde. Elle a un jugement acéré et vif sur beaucoup de personnes et le regard qu’elle porte sur eux peut parfois être assez amusant. On la découvre également en tant qu’éditrice, en effet, elle et son mari Léonard ont commencé cette activité en 1917 comme un loisir, mais c’est rapidement devenu une activité professionnelle à part entière et ont été les premiers à publier des ouvrages de psychanalyse. La maison publia une grande partie de l’oeuvre de Virginia, un peu de celle de Vita et quelques ouvrages de certains membres du club de Bloomsbury.

L’évolution de leur relation se voit de manière très claire grâce à cette correspondance. Elles ont toujours été des amies proches, et on peut mettre en doute le fait que leur amour a déprécié avec le temps. Pour ma part, je pense qu’il y a eu certaines périodes où elles ont été moins proches, en partie « à cause » des escapades de chacune mais un fort sentiment les a toujours lié, et je pense que Virginia a toujours été amoureuse de Vita. Cette dernière, pour sa part, ressent une grande admiration envers Virginia qui n’a jamais faiblie. Et toutes les deux sont toujours très tendres, et veillent mutuellement l’une sur l’autre.

Passons maintenant au contenu de ses lettres, que peuvent bien se dire deux femmes intellectuelles pendant près de 20 ans ? Et bien elles parlent de la société qui gravite autour d’elles, de littérature, d’écriture, de voyages, d’excursions prévues, de quand vont-elles se revoir (très compliqué parfois), de leur vie quotidienne, de l’actualité… 

Concernant la société, cette correspondance nous en offre un bel aperçu. Surtout que Virginia évoluait dans le club de Bloomsbury, un ensemble d’intellectuels et d’artistes (Keynes, les Woolf…) qui se réunissait souvent pour parler de choses et d’autres et dont les idées étaient proches, du moins sur le sens de l’esthétique. On les croise souvent au détours d’une réception à laquelle l’une ou/et l’autre a été et nous est souvent rapporté quelques sujets de conversations qui ont eu lieu. 

Au sujet de l’écriture et de la littérature, ces deux auteurs nous offrent de beaux échanges, elles se demandent ce qui différencie intrinsèquement la poésie du roman, se questionnent sur leurs écrits, et parlent beaucoup de la littérature qui leur était contemporaine puisque Vita rédigeait des compte rendu de différents livres qu’elle remettait à Léonard, le mari de Virginia. On a également quelques anecdotes d’éditeurs à travers Virginia et la Hogarth Press.

Au niveau des voyages, Vita passe longtemps de temps en Perse et visite une partie du pays, dont elle fait profiter Virginia à travers ses très belles descriptions des paysages, des gens, des coutumes, etc… Elle va également aller à Berlin, qu’elle détestera et dont les commentaires seront donc beaucoup moins enthousiasmes que pour la Perse. Elle découvrira également les Etats-Unis mais les délais de distribution des lettres étant long et  y passant peu de temps, nous avons peu de lettres en parlant, mais toutes sont enchantées.  Virginia fait quelques excursions en France mais elle reste globalement en Angleterre. 

Un petit mot maintenant sur l’édition qui a été très bien faite. Les lettres sont séparées en plusieurs périodes, avec pour chacune un petit résumé au départ qui explique ce découpage. Il y a pas mal de notes qui permettent de comprendre de quoi les deux correspondantes s’entretiennent quand c’est très relatif à leur époque et un des fils de Vita a collaboré avec les éditrices pour apporter le plus de précisions possibles quand il le fallait. 

Dans le style, on retrouve les écritures différentes de Virginia et de Vita, mais toutes les deux dégagent une grande tendresse, une complicité et une véritable vitalité.

En résumé : lire les lettres de deux femmes d’un tel talent est un régal, des écritures magnifiques, une vie romanesque pour Vita, passionnée pour Virginia, j’avais l’impression de les connaître. Leur correspondance se lit comme un roman, on a envie de savoir ce qui va leur arriver, quand elles vont se revoir, comment avances leurs romans… Forcément, parfois elles parlent tellement de leur prochaine rencontre que l’on est déçu de ne pas la voir raconter, mais c’est le jeu avec l’épistolaire ! 

« Quand il ne s’agit que de penser, on arrive à farder les réalités, à les surmonter, à expliquer, à excuser. Mais si on écrit les choses, elles se séparent les unes des autres et deviennent disproportionnées et, par suite, un peu irréelles. »
Virginia Woolf, dans la lettre du 31 janvier 1926

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6 réflexions sur “Correspondance 1923-1941 de Vita Sackville-West et Virginia Woolf

  1. Je viens suite à ton conseil, et je dois dire que ton avis ne fait que confirmer mon envie de le lire ! J’en avais entendu parler comme la plus belle correspondance d’amour écrite jusqu’à nos jours. L’aspect historique et sociologique aussi m’intéressent, en plus que Virginia Woolf est une auteur qui m’a toujours intrigué. Elle a un profil et une personnalité assez intéressants, je suis sûre qu’elle réserve beaucoup de surprise.
    Tu écris de beaux articles, je suis bien ravie que tu sois intervenue sur le chat, car nous avons quelques lectures communes qui ne présagent que du bien. De quoi me sourcer en de nouvelles idées de lectures. Très joli blog en tout cas !

    • J’attends ton avis alors 😉 J’espère que tu aimeras autant que moi ! En tous cas ça devrait te donner envie de découvrir ces deux auteurs par leurs œuvres également car elles en parlent souvent et ça intrigue vite. Ça nous donne l’envers du décor de la création.
      Merci beaucoup pour tous ces compliments, je vais aller jeter un œil sur ton blog !

  2. C’est la deuxième fois en peu de temps que j’entends parler des correspondances de Virginia Woolf, et j’ai très envie de m’y mettre maintenant. Rien que pour les descriptions de la vie à l’époque, ça doit être passionnant !
    Je crois que je préférerais tout de même lire un peu l’auteur avant de m’y plonger. Tu me conseillerais quoi ? ^^ Pour le moment, j’oscille entre « Elles » et « Mrs. Dalloway » !

    • Oui c’est vraiment très intéressant, et en plus là on côtoie pas mal de beau monde ! Qu’on ne connaît plus forcément aujourd’hui, mais avec quelques recherches c’était des personnalités assez importantes à l’époque.
      Je n’avais jamais entendu parler de Elles, je viens d’aller voir du coup, et il a l’air superbe ! Il mêle le roman et la vision du féminisme de Virginia… Ca ne peut que être du bon ! Moi je commencerai donc par celui-là. Mrs Dalloway est très intéressant au niveau du style et de l’histoire mais c’est très axé mondanités, donc c’est à toi de voir ce que tu préfères. ^^

  3. Ca a l’air super intéressant à lire ^^ Surtout que je ne savais pas que les deux auteures avaient entretenues une correspondance ! Je note alors !

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