Grenouilles de Mo Yan

Mo%20Yan%20-%20%20Grenouilles_0

Le narrateur, Têtard, adresse une lettre à son maître, un écrivain japonais, pour lui parler de la pièce qu’il envisage d’écrire sur sa tante, une femme à la personnalité fascinante, célèbre gynécologue à l’origine du planning familial sous Mao. Têtard et sa tante vivent dans la région de Gaomi. Cette fresque permet de dresser le portrait d’une période complexe.

Première phrase : Cher Monsieur Sugitani Yoshihito, voilà bientôt un mois que nous nous sommes quittés, pourtant je revois très nettement tout ces moments que nous avons passés ensemble dans mon pays natal.

Edition : Seuil

Nombre de pages : 408

Mon avis : 

Après ma découverte de la littérature Russe avec Tolstoï, j’ai fait une petite descente au Sud pour arriver en Chine. Grande découverte également et encore plus dépaysante et instructive.

Ce livre m’avait attiré il y a un moment après un article de Caelina, comme il ne se décidait pas à sortir en poche, je l’ai finalement eu à Noël dernier et je l’ai lu récemment (oui, oui, il faut un peu de temps, beaucoup de livres attendent). Je l’avais commencé cet été et je l’ai repris en voyant que l’auteur avait eu le prix Nobel de Littérature. Quitte à avoir un Nobel dans sa bibliothèque, autant le lire. Me voilà donc embarquée dans la Chine des années 1960 à aujourd’hui.

Je partais totalement inculte sur ce pays à part les lieux communs que l’on entend de toutes parts, et ce livre éclaire bien la vie de paysans chinois vivant dans des petits villages reculés et ayant du mal à s’adapter aux nouvelles contraintes qu’a imposé Mao à son arrivée au pouvoir. Notamment la politique de l’enfant unique, et là intervient la Tante, grand protagoniste de l’histoire.

De nombreux personnages jalonnent le récit, tout d’abord Têtard qui nous raconte l’histoire, ou plutôt l’écrit à un grand romancier japonais qu’il considère comme son maître. Car se rêvant dramaturge il a en projet d’écrire une pièce sur sa tante, gynécologue qui a fait de la politique de l’enfant unique son cheval de bataille.

On voit à travers elle l’extrême violence de cette politique : les avortements forcés, les vasectomies et ablations de l’utérus après les deux enfants autorisés en campagne mais seulement si le premier était une fille, et surtout l’excessive conviction de la Tante qui dans son esprit accomplissait un travail juste et légitime. 

J’aurai du mal à vraiment vous parler de l’histoire qui est très linéaire et complexe par les nombreux personnages qui y interviennent donc je vais me contenter de soulever quelques points.

Tout d’abord, les noms. Tous ou presque se composent d’un nom chinois puis d’une partie du corps (Chen l’Oreille, Wang le Foie…). Pour s’y retrouver au départ, c’est quasiment mission impossible. Mais au final peu de personnages sont réellement importants tout au long de l’histoire, c’est plutôt des épisodes de la vie de chacun, donc le nom apparaît souvent pendant quelques pages, pendant lesquelles on le retient, puis disparaît. Mais c’est quelque chose auquel il faut s’habituer.

L’histoire de la Chine est extrêmement présente et je pense qu’il faudrait que je le relise plus tard quand j’en saurai plus sur ce pays car j’ai du passer à côté de beaucoup de choses ce qui a fait que je n’ai pas tout compris et que par conséquent je n’ai pas été aussi prise par le roman que j’aurai pu l’être. C’est un roman très dense et très pointu donc je pense qu’un minimum de connaissance sur la Chine est nécessaire pour l’apprécier comme il faut.

Mais cependant, j’ai bien aimé me plonger dans ce roman, même si j’ai l’impression de ne pas du tout avoir tout compris, il y a une évolution intéressante ; on se plonge dans la vie d’une famille, d’un village ; et d’un pays à travers tout ces évènements. Mais également d’une mentalité. De plus le style est très intéressant. 

C’est le premier livre asiatique que je lis et donc première fois que je me confronte à un style de ce genre, il change du tout au tout par rapport à un style occidental (qui change déjà de pays à d’autres). C’est une écriture très douce, mais qui se permet d’être sarcastique et moqueuse parfois, c’est très beau et discret, une plume très humble au final.

La mise en forme du récit est particulière. Comme dit précédemment, c’est un style épistolaire mais nous n’avons que les lettres de Têtard, et pas les réponses de son destinataire. Il y a en tout quatre lettres, qui composent chacune une partie du roman. Mais les lettres sont tellement longues qu’on en oublierait ce qu’elles sont, s’il n’y avait pas des petits rappels de style épistolaire, ou des interventions de Têtard en dehors du récit qu’il narre. C’est au final, des lettres qu’on pourrait dire romancées et qui au delà de s’adresser au grand romancier japonais, maître de Têtard, s’adresse à chacun de nous. Si j’ai été surprise au début, on s’habitue néanmoins mais je n’ai pas trouvé que ça apportait quelque chose en plus au récit, peut-être un peu de dynamisme, mais encore. Par contre, la dernière partie du livre est la fameuse pièce de théâtre que Têtard souhaitait écrire, on passe dès lors d’un style épistolaire à un style théâtral. Je n’ai pas été fan de ce mélange des genres, surtout que la pièce ne m’a pas passionnée plus que ça. 

Au final, je sors de ce livre mitigée mais pourtant ravie d’avoir fait cette découverte, d’avoir appréhendé un nouveau style, un nouveau pays, une Histoire qui m’étais inconnue. Ma curiosité a donc été très satisfaite, mais à la découverte d’un prochain pays (je ne sais pas encore lequel), je me documenterai un peu plus dessus si le livre parle d’un sujet politique, histoire de comprendre un peu plus ce que je lis. Je serai curieuse de connaître les avis d’autres personnes l’ayant lu, n’hésitez pas !

Publicités

6 réflexions sur “Grenouilles de Mo Yan

  1. Ce livre ne m’attirait pas vraiment, ni l’auteur d’ailleurs mais ton billet m’a convaincue d’essayer. J’aime beaucoup l’Histoire de la Chine, très riche , intéressante mais très complexe alors ça devrait me plaire.

  2. Oh j’en avais déjà entendu parler, il faudra que je le découvre. 🙂 J’aime beaucoup la culture asiatique mais je ne connais que très peu celle chinoise.

  3. Qui aurait pu penser que je pourrais avoir envie de le lire ? J’avoue que ton avis me donne bien envie, à vrai dire je ne savais même pas de quoi il parlait. En plus il s’inscrit dans mon programme d’Histoire vu que j’ai la Chine, je le lirais surement couplé à Balzac et la petite tailleuse chinoise avant le bac : ça me fera des révisions ludiques 🙂

    • Ah bah ça, pas moi ! :p Moi aussi je suis contente par rapport à mon programme d’histoire, ça rentre pile dedans ou du moins, presque ! Si tu veux que je te le prête n’hésite pas surtout !

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s