La déesse des petites victoires de Yannick Grannec

9782843376665

 

Université de Princeton, 1980. Anna Roth, jeune documentaliste sans ambition, se voit confier la tâche de récupérer les archives de Kurt Gödel, le plus fascinant et hermétique mathématicien du XXe siècle. Sa mission consiste à apprivoiser la veuve du grand homme, une mégère notoire qui semble exercer une vengeance tardive contre l’establishment en refusant de céder les documents d’une incommensurable valeur scientifique. Dès la première rencontre, Adèle voit clair dans le jeu d’Anna. Contre toute attente, elle ne la rejette pas mais impose ses règles. La vieille femme sait qu’elle va bientôt mourir, et il lui reste une histoire à raconter, une histoire que personne n’a jamais voulu entendre. De la Vienne flamboyante des années 1930 au Princeton de l’après-guerre ; de l’Anschluss au maccarthysme ; de la fin de l’idéal positiviste à l’avènement de l’arme nucléaire, Anna découvre le parcours d’une femme confrontée toute sa vie à une équation impossible entre le génie, l’amour et la folie.

Première phrase : A l’exacte frontière du couloir et de la chambre, Anna attendait que l’infirmière plaide sa cause.

Edition : Anne Carrière

Nombre de page : 463

Mon avis :

 En parcourant la liste des romans de cette rentrée littéraire, je suis tombée sur ce livre au nom et à la couverture intrigants. N’achetant d’habitude jamais en grand format principalement à cause du prix (et je trouve pas forcément ça très pratique vu que je me balade constamment avec un livre sur moi), j’ai pourtant craqué pour celui-ci. Le contexte historique y est pour beaucoup notamment, l’entre deux guerres en Europe, l’après guerre aux Etats-Unis, c’était fort tentant ! J’ai donc cédé et je ne le regrette pas !

Yannick Grannec nous narre la vie de deux femmes, Anna d’un côté, jeune femme sans ambition, n’ayant pas une vie follement passionnante va rencontrer Adèle, vieille femme malade et acariâtre vivant dans une maison de retraite. Anna rentre en contact avec Adèle dans le but professionnel de récupérer les archives que le mari d’Adèle a laissé après sa mort, archives qui intéressent fortement l’université de Princeton pour laquelle Anna travaille car ce mari n’était autre que Kurt Gödel, un des plus importants mathématiciens du XXème siècle.

Suite à cette rencontre, va se nouer entre les deux femmes un duel qui va rapidement se transformer en une amitié sincère et profonde malgré quelques dissonances entre elles. Adèle ayant toujours refusé de donner les archives de son mari, un pacte tacite est conclu avec Anna : de l’écoute, des visites contre les archives.

Adèle est un personnage très attachant grâce à sa verve et ses réparties inégalables,  ses échanges avec Anna sont très frais et piquants grâce à ce trait de personnalité qui donne un ton d’humour très agréable au roman. Humour qu’on retrouvera disséminé un peu partout avec des moments plus graves. Adèle est une femme de caractère qui ne se laisse pas faire et qui a de l’énergie à revendre mais qui cependant est très fragile. C’est elle le « personnage-transition » par le lien qu’elle représente entre le passé et le présent. Lorsqu’elle raconte le passé, c’est une sorte de journal intime écrit rétrospectivement qui nous est livré, avec tant ses émotions sur l’instant qu’elle raconte, tant les sentiments qu’elle ressent en le racontant.

A travers ce récit on vit le début de la seconde guerre mondiale en Europe, les premiers lynchages contre les juifs, l’exil de famille en Amérique, le voyage difficile et les ruses qu’il implique et enfin la vie aux Etats-Unis de ce couple disparate dans une société en plein maccarthysme puis l’arrivée de la bombe atomique. 

C’est un amour douloureux, mais très beau. Adèle ne peut se résoudre à quitter cet homme qui l’emprisonne en quelque sorte par toutes ses manies lié aux maladies psychiques dont il est victime. Quelques théorie de ce mathématicien sont expliqués mais je ne me risquerai pas à juger la manière dont l’auteur les expose ne m’y connaissant pas assez du tout pour. Mais je les ai néanmoins lues avec intérêt, ce n’est donc en tout cas pas répréhensible du tout, et puis un livre parlant d’un mathématicien sans parler de mathématiques, ça aurait été un peu gênant. Mais vers la fin de sa vie, Kurt Gödel va se détourner des mathématiques pour travailler plus sur la philosophie des sciences, donc vraiment les maths ne sont pas un obstacle dans ce roman et c’est loin d’en être le sujet principal.  

Personnage important de ce roman, Einstein qui a été le meilleur et seul ami de Gödel, ses apparitions sont toujours savoureuses, amusantes et très justes. Il n’hésite pas à bousculer un peu son ami et c’est bien appréciable.

Anna m’a laissé un peu plus indifférente par contre, si la relation qui s’est liée entre les deux femmes m’a touchée, l’histoire d’Anna est à mon goût assez insipide et son caractère pas assez creusé pour être intéressant. 

Dernier point, la construction du récit. Basique mais qui marche toujours très bien, une alternance de chapitre présent/passé, on est pris dans le rythme et les pages s’enchaînent sans qu’on ne les voit passer.

J’ai aimé ce roman, je me suis laissée emportée et ça fait du bien de lâcher parfois prise avec le réel pour se plonger dans un bon bouquin, ça me changeait agréablement de mes lectures de cours. Cependant ce n’est pas un coup de coeur, il a manqué un petit quelque chose, l’étincelle, le truc qu’on n’attend pas qui fait d’un livre une découverte formidable. Je conseille cependant ce roman sans prétention aucune, à la documentation fouillée, au style fluide mais recherché, pour l’évasion qu’il procure.

Publicités

2 réflexions sur “La déesse des petites victoires de Yannick Grannec

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s