La Folie Baudelaire de Roberto Calasso

C’est « la vague Baudelaire » et ses effets dans l’art et la littérature que Roberto Calasso analyse et raconte ici avec l’érudition et le talent narratif qui sont les siens. S’appuyant sur un réseau enchevêtré de citations et de rapprochements, le grand écrivain italien nous propose de déambuler dans un Salon imprévisible où seraient exposées des images de toutes sortes, il nous fait circuler dans les méandres de ce système nerveux qui s’appelait Baudelaire, il nous introduit, enfin, dans un monde réel ou fantasmé peuplé par des personnages comme Ingres, Delacroix, Manet, Courbet, Sainte-Beuve, Flaubert, Rimbaud, Mallarmé, Lautréamont, Degas, Valéry… 

Première phrase : Baudelaire proposait à sa mère Caroline des rencontres clandestines au Louvre : « C’est l’endroit de Paris où l’on peut le mieux causer ; c’est chauffé, on peut y attendre sans s’ennuyer, et d’ailleurs c’est le lieu de rendez-vous le plus convenable pour une femme. »

Edition : Gallimard

Nombre de pages : 418

Mon avis : 

Déjà, attardons nous un peu sur l’édition. J’avoue ne pas être peu fière d’avoir un essai de la collection NRF dans ma bibliothèque… Le livre en lui même est vraiment très soigné. Le papier est extèmement épais et aussi : il y a des images ! Ce qui est quand même bien pratique car l’essai parle beaucoup de peinture, donc les avoir sous les yeux pour en lire l’explication est plus simple. 

Voilà pour le côté esthétique de la chose. Passons au contenu. C’est la première fois que je me lançais dans un essai aussi conséquant et j’étais un peu effrayée au départ, mais au final je l’ai lu en dix jours ce qui me satisfait pleinement vu la densité d’informations présentes.

Il ne faut pas s’attendre à une biographie de Baudelaire par contre, c’est bien un essai qui nous offre un voyage dans la pensée baudelairienne, dans ses influences, dans l’influence qu’il a eu sur « Chateaubriand, Stendhal, Ingres, Delacroix, Sainte-Beuve, Nietzsche, Flaubert, Manet, Degas, Rimbaud, Lautréamont, Mallarmé, Laforgue, Proust et d’autres ». Tous ces artistes vont être abordés plus ou moins brièvement mais toujours de manière juste et intéressante. Particulièrement Ingres, Sainte-Beuve, Degas et Manet qui auront droit à une partie rien que pour eux ou presque.

Le voyage dans la vie artistique du XIXème siècle est très plaisant, nous sommes au coeur d’un pléthore d’artistes tous plus intéressants les uns que les autres. Beaucoup de peintres sont abordés, d’où les reproduction de peinture dans le livre. Petite parenthèse d’ailleurs, j’ai vu il y a peu l’exposition Degas et le nu au Musée d’Orsay (très intéressant par ailleurs !) et c’est assez agréable de voir un tableau en vrai après l’avoir vu et lu son étude dans un livre, on voit des petits détails qu’on ne peut pas voir sur le livre par exemple.

Le terme voyage dit bien ce qu’il dit, on navigue un peu au hasard de la pensée Baudelairienne sans forcément suivre un fil logique mais plutôt en s’attardant quand l’envie en dit à l’auteur, sur un certain aspect du poète.

Pour le style, il est assez alambiqué parfois et ce n’est pas un livre facile à lire, mais quand on s’intéresse à la période on arrive à se plonger dedans sans problème, c’est question d’habitude aussi. Donc, ça ne m’a pas gênée personnellement, mis à part les phrases en latin non traduites qui parsèment le livre ! Si encore c’était des expressions connues, j’aurai compris mais là non, c’est mettre la culture à portée seulement d’une élite qui comprendrait le latin et je ne trouve pas ça très intelligent. Tout le monde ne comprend pas le latin même si on l’a un peu étudié au collège ou lycée. Bref, seul petit bémol du livre.

La thèse défendue par Roberto Calasso qui est que Baudelaire est l’artiste majeur et capital du XIXème siècle, l’artiste qui a eu une influence révélatrice « sur l’obscurité naturelle des choses » est argumentée solidement par un cortège de citations choisies provenant soit d’écrits de Baudelaire, tant de ses poésies que de ses écrits plus personnels tels les lettres, journaux etc… soit d’écrits d’autres artistes le concernant.  Le côté peinture est assuré par les nombreux Salons que Baudelaire a rédigé en tant que critique d’art, cette partie ci m’a beaucoup intéressée. Celle également sur Sainte-Beuve qui était donc le critique littéraire de l’époque duquel tous les écrivains attendaient l’écrit qui les concernerait… 

C’est d’ailleurs assez curieux de voir l’évolution des journaux. A l’époque on n’hésitait pas du tout à descendre sans soucis un artiste quel qu’il soit, au XXième siècle de ce que je lis dans l’autobiographie de Simone de Beauvoir c’était pareil et les artistes se répondaient de journaux à journaux, et pareil pour les journalistes qui s’ils entraient en conflits s’écrivaient des lettres ouvertes ! Aujourd’hui les journaux parlent plutôt de leurs coups de coeur et mettent de côté ce qu’ils n’aiment pas (même s’il y a des exceptions !). 

Et à travers cet essai de nombreux thèmes sont abordés : le rêve, des réflexions sur le beau, sur la modernité, l’imagination, la décandence et bien d’autres encore.

Pour résumer, un livre très instructif sur la vie artistique du XIXème siècle, avec une écriture très érudite et pleine de références, un auteur passionné et emporté par ce qu’il écrit. Un Baudelaire qui nous apparaît comme la figure du XIXème siècle avec sa modernité et son caractère de dandy solitaire.

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8 réflexions sur “La Folie Baudelaire de Roberto Calasso

  1. Ca m’intéresse vachement un livre qui parle des différents artistes du XIX, enfin un peu tout ça en même temps. Bon en même temps il me fait un peu peur, mais je le garde dans un coin de mon esprit quand même !

    • J’avoue qu’il est carrément effrayant ! Le bac et toute la séquence sur Baudelaire que j’avais à apprendre m’ont motivée pour le lire ! Après il peut toujours se lire par petit bout 😉

  2. Il a l’air vraiment très intéressant. Si jamais je le vois, je le feuilletterai certainement. 🙂
    Ce que tu dis pour les journaux est tout à fait vrai. Je viens de terminer un livre où des journalistes critiquaient ou portaient en triomphe des oeuvres – plus pour les artistes que leurs oeuvres d’ailleurs.

    • Tu me diras ce que tu en penses !
      Oui, c’est vrai aussi pour les artistes ! Les journalistes ont quand même une forte subjectivité, par exemple dans Simone de Beauvoir (encore !), lors de la parution d’un essai de Camus jugé peu réussi par tous les gens de l’époque, Sartre demande à ce que l’article dans les Temps Modernes ne soit pas assassin, par amitié pour Camus. Alors qu’il ne se serait clairement pas gêné pour un autre ! En plus, le cercle est tellement fermé, qu’ils doivent tous se connaître, donc forcément l’affection ou les rancunes devaient (doivent ?) ressortir dans les articles… Mais j’avoue que je trouve ça assez fun ! 😛

  3. Je serais capable de le lire rien que pour les pages sur Ingres haha 😛 ceci-dit je préfère me tourner vers une monographie. Les plus de 400 pages je les sens mal pour un bouquin comme ça.

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