Au-delà du mal de Shane Stevens

10 ans, Thomas Bishop est placé en institut psychiatrique après avoir assassiné sa mère. Il s’en échappe quinze ans plus tard et entame un périple meurtrier à travers les États-Unis. Très vite, une chasse à l’homme s’organise : la police, la presse et la mafia sont aux trousses de cet assassin hors norme, remarquablement intelligent, méticuleux et amoral. Les destins croisés des protagonistes, en particulier celui d’Adam Kenton, journaliste dangereusement proche du tueur, dévoilent un inquiétant jeu de miroir, jusqu’à un dénouement captivant. 

Première phrase : Les flammes dévoraient le corps voracement, elles le flétrissaient, ravageaient à toute vitesse la chair et les muscles.

Edition : Pocket

Nombre de pages : 889

Mon avis :

Premièrement, le livre porte bien son titre, ou du moins sa traduction vu qu’en Anglais c’est By reason of insanity, qui fait référence à une notion de droit, mais j’en reparlerai plus tard. Donc oui, son titre français est bien adapté, je n’ai jamais lu un livre aussi noir, et encore noir c’est faible, c’est vraiment un noir charbon, un noir opaque. Tous les personnages ont droit à une description psychologique et caractérielle qui met en avant leurs défauts plus que leurs qualités : les femmes sont vénales et manipulatrices, les politiciens véreux et les médias se servent de sujets chocs dans le but unique de vendre toujours plus. Et ce qui relie tout ce monde, c’est Thomas Bishop, notre tueur fou, un être qui au vu de ses crimes semble totalement inhumain. Et cependant, on s’y attache, on ne peut s’empêcher de ressentir de la compassion, de l’empathie, pour cet homme qui a tant souffert.
Shane Stevens nous offre ici des personnages totalement manichéens, du tueur aux victimes.

Ce qu’il faut également souligner, c’est le fait que le point de départ de l’histoire s’appuie sur des faits réels. Ce qui, à mon sens, rend la lecture plus forte et percutante. Caryl Chessman, accusé de vols, d’enlèvements et de viols, a été condamné à mort en 1948 et a vécu dans le couloir de la mort jusqu’en 1960. Or, notre héros est persuadé d’être le fils de cet homme. Thomas Bishop grandit élevé par une mère folle et traumatisée par les hommes. Entre coups et conditionnement dans la haine des hommes on ne peut pas dire que Thomas Bishop ait eu une enfance heureuse. A 10 ans, il tuera sa mère et sera interné en hôpital psychiatrique où il grandira jusqu’à sa fuite, quinze ans plus tard. Durant ces quinze années, notre héros (ou plutôt notre anti-héros) sera devenu un être froid, capable de manipuler qui il veut sans mal en adaptant ses comportements et réactions à ce que la société considère comme « normal ». Le livre commence donc par l’histoire des parents de notre serial-killer, continue avec son internement et seulement après, débute son périple meurtrier à travers les Etats-Unis, périple ô combien sanglant et grandiose. (Âmes sensibles s’abstenir d’ailleurs.)

Nous sommes donc plongés dans l’intimité d’un serial-killer – intimité légèrement dérangeante vous en conviendrez –  mais pas que, ce livre est un véritable puzzle dont chaque personnage est une pièce qui nous permet de voir l’ensemble. Nous suivons d’un côté, Adam Kenton, journaliste d’investigation qui doit démasquer le tueur qui fait trembler les Etats-Unis, ainsi que d’autres journalistes ; d’un autre côté, des policiers : l’un très scientifique, l’autre plus psychologique ; un académicien passionné par les tueurs en série ; et enfin un politicien qui compte bien profiter de l’évasion de ce « malade mental, ce fou assoiffé de sang, capable d’infliger des souffrances barbares et de semer la mort dans son sillage » pour servir son ambition personnelle en remettant en question la peine de mort.

Car ce livre aborde des réflexions très intéressantes. Il traite avec brio le sujet épineux qu’est la peine de mort en s’emparant d’une affaire qui avait fait des vagues à l’époque. Le titre anglais By the reason of insanity se rapporte au fait qu’un procès peut-être annulé car l’accusé est déclaré irresponsable de ses actes à cause de problèmes de santé mentaux. Peut-on juger quelqu’un qui ne comprend pas ce qu’il a fait de mal ?
A travers les journalistes on aborde le pouvoir des médias qui ne renoncent à rien, ou presque, dans le but de faire vendre leurs reportages, mais est aussi abordé le lien ténu qui relie ces mêmes journaux à la politique. Le thème de la psychiatrie est également abordé, ne nous fondons-nous pas trop sur cette science dans certains cas ? Telle est la question que l’auteur nous pose.

De plus, le roman faisant 900 pages, fait inhabituel pour un thriller, l’auteur prend bien le temps de poser la psychologie de tous les personnages, de nous offrir toutes leurs réflexions et pensées, donnant un rythme assez lent mais réfléchi et creusé au livre.

L’épisode final est horrifiant, mais ce qui m’a le plus marqué ce sont vraiment les dernières pages qui sont tout simplement monumentales. La fin est extrêmement rapide, ce qui fait qu’on se prend vraiment tout en pleine tête sans avoir le temps de se préparer ou de réfléchir à ce qui s’est passé juste avant.

Vous l’aurez compris, ce livre fût un véritable coup de cœur, car ce n’est pas uniquement un thriller, c’est un livre d’action, de politique et même d’histoire. A lire !

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12 réflexions sur “Au-delà du mal de Shane Stevens

  1. Wow, bravo pour ta chronique, elle donne vraiment envie 😀
    Par contre, j’avoue que pour une fois, je trouve le titre français plus percutant que le titre anglais. Je trouve le titre original trop « technique », il éveille pas grand-chose, je trouve, tandis que le français intrigue…

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