Patrick Bateman, 26 ans, flamboyant golden-boy de Wall Street, fréquente les endroits où il faut se montrer, sniffe quotidiennement sa ligne de coke, et surtout ne se pose aucune question. Parfait yuppie des années quatre-vingt, le jour il consomme. Mais la nuit, métamorphosé en serial killer, il tue, viole, égorge, tronçonne, décapite.
Portrait lucide et froid d’une Amérique autosatisfaite où l’argent, la corruption et la violence règnent en maîtres…
Première phrase : ABANDONNE TOUT ESPOIR TOI QUI PENETRES ICI peut-on lire, barbouillé en lettres de sang au flanc de Chemincal Bank, presque au coin de la Onzième avenue et de la Première avenue, en caractères assez grands pour être lisibles au fond du taxi qui se faufile dans la circulation pour sortir de Wall Street, et à l’instant où Thimoty Price remarque l’inscription un bus s’arrête et l’affiche des Misérables collée à son flanc lui bouche la vue mais cela ne semble pas contrarier Price, qui à ving-six ans et travaille chez Pierce & Pierce, car il promet cinq dollars au chauffeur s’il monte le son de la radio, qui passe Be My Baby sur WYNN, et le chauffeur, un Noir, un étranger, obtempère.
Edition : 10/18
Nombre de pages : 529
Mon avis :
Premièrement c’est un livre violent, très violent. Tant moralement, psychologiquement que physiquement. J’ai lu quelques scènes en diagonales tant c’est parfois insoutenable, donc personnes sensibles, je ne vous le conseille pas vu que c’est principalement cette violence qui sert en tant qu’outil de dénonciation.
Cette dénonciation concerne la société de consommation américaine, l’extrême richesse qui ne s’intéresse qu’à des détails futiles et qui au final, a tellement tout qu’elle ne sait plus quoi faire de ses journées. Alors elle va au restaurant, dans des bars, se fait faire des manucures, va au centre sportif, boit, se drogue, et dans le cas de notre héros, en vient à tuer.
Cette critique est très intéressante mais la manière de faire est parfois un peu lourde. Nous avons le droit à une description détailllée (de la veste aux chaussettes) de ce que porte chaque personne rencontrée, même une secrétaire ou un collègue avec qui il échange à peine deux mots (et ne vous imaginez pas une petite description, on a la matière de chaque vêtement, ainsi que sa marque. Surtout sa marque. Dont je n’ai pour la plupart jamais entendu parler d’ailleurs). Mais se ne sont pas seulement les vêtements qui sont décrits de cette manière là, chaque objet, chaque action est détaillé de manière à bien nous faire comprendre que même l’objet le plus anodin est exceptionnel et demande une grande richesse de la part de Bateman : on ne croise pas tous les jours une bouilloire sifflant Tea for two quand l’eau bout… De ces descriptions s’ensuivent des rencontres toutes plus futiles les unes que les autres : les personnages sont incapables de se reconnaître, ils cherchent tout le temps à savoir qui est qui, en se trompant généralement ce qui montre bien l’interchangabilité de ces derniers, des soirées qui se ressemblent toutes entrecoupées de rails de coke et de cocktails J&B on the rocks. Le monde est séparé en deux : ceux qui savent s’habiller et ceux qui ne savent pas, ceux qui ont les moyens et ceux qui ne les ont pas, et ça change tout.
Parlons un peu du personnage principal, que j’ai un peu de mal à appeler héros. Patrick Bateman est un jeune cadre flamboyant de Wall Street, auquel ses amis et autres connaissances demandent conseil pour savoir avec quoi peut se mettre un costume en laine et autres questions existentielles de ce genre. Toute trace d’humanité est difficile à trouver en lui, si ce n’est son humour glacial et cynique. On se retrouve plongé dans ses pensées, toujours très cadrées et structurées au début du récit, puis il tombe de plus en plus de la folie, ce qui accompagne la montée de la violence qu’on abordera plus tard. Donc par là déjà le récit est très violent, on est quand même dans la tête d’un psychopathe pendant 529 pages, ce qui n’est pas rien. Il ne supporte pas la pauvreté dans laquelle il ne voit que médiocrité et versatilité, ce qui se voit particulièrement lorsqu’il compte les clochards dans les rues. Aucune motivation sur ces gestes nous est donné, si ce n’est l’envie, le besoin. Tuer devient son addiction, car la drogue ne lui suffit plus pour sortir de son ennui.
Mais si ce héros par sa sociopathie n’éveille en nous aucun sentiment, les horreurs commises elles, oui. Et étonnemment, il y a de l’humour. Un humour totalement absurde qui se voit principalement dans les dialogues, tant superficiels qu’ils en deviennent drôles. Entre une conversation de plusieurs pages où des personnages dissertent des bienfaits de l’eau minérale, une autre où Bateman cherche désespéremment le noms des rennes de Noël, ses blagues aux SDF, ou encore la scène où ils restent trois heures au téléphone à tergiverser sur quel restaurant ils iront dîner le soir même, vraiment l’humour est là, absurde, noir et trash mais il est là, après il faut apprécier ce genre d’humour.
Au fil de ma lecture, je trouvais que ça se répétait et pendant les quelques pages du milieu c’est le cas. Ce n’est qu’un étalement du rien, du vide qui en est tellement creux que ça devient lassant. Ensuite on assiste a une montée crescendo de la violence qu’on voit assez clairement par le fait qu’on ne peut plus y croire. Je m’explique, au début du roman, le premier meurtre effraie et horrifie, les derniers ne sont plus que dégoût et écoeurement devant tant d’horreur. C’est tellement trop qu’on n’y croit plus, ce n’est plus crédible.
Mais pour autant, je ne rejoins pas la thèse de ceux qui disent que tout ceci est le résultat d’un fantasme de Bateman qu’il invente pour se sortir de son ennui. En fait, à mon sens, le fait que se soit un fantasme ou pas n’est pas important, ce qui compte c’est de l’avoir écrit qu’on nous le raconte, qu’on visualise, car que se soit vrai ou pas, Bateman le vit et nous, nous subissons ces descriptions aussi précises dans la description des vêtements que dans les actes de tortures, de viols et de meurtres. Et la dénonciation est toujours là.
Pour le style de Ellis, j’ai vu que plusieurs personnes le trouvaient assez exceptionnel,alors certes ses descriptions très minutieuses sont impressionnantes et ils arrive à nous donner un aperçu complet de ce qui se passe en saisissant les moindres expressions des personnages. Mais je n’ai pas été convaincue plus que ça personnellement.Reste que malgré ces descriptions, les pages se tournent très vite.
En résumé, un livre qui marque par la dénonciation de cette société du toujours plus riche et par ses descriptions, mais qui malgré tout s’étalent un peu trop au milieu du roman. Un livre qui part ses premiers et derniers mots, ne laisse aucun espoir. (Et non, je ne vous dirais pas le dernier, il va falloir lire le livre !). Je lirai sûrement un autre livre de cet auteur, mais pas tout de suite. Si vous avez des conseils, n’hésitez pas !

























